Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 3ème Dimanche de Carême

Année A : 3ème Dimanche de Carême

 

 

Sommaire 

Actualités : le carême pièce ne cinq actes (3/5)

Evangile : Jean 4 : 5-42 

Contexte des versets retenus par la liturgie : quelques éclairages 

Piste de réflexions : faire parler Jésus avec le monde d’aujourd’hui 

 

Actualité : Carême une pièce en cinq actes (3/5)

Au Mercredi des Cendres, la page de Matthieu proposée comme Prologue au Carême nous laisse finalement une grande liberté d’organisation. A l’indicatif de jeûner, prier et faire l’aumône, est joint le seul impératif de discrétion, mieux de délicatesse, condition sine qua non d’une récompense (comprenez : ‘une plus grande joie’) dans le Royaume des Cieux.

Trois domaines sont privilégiés : la valeur du partage avec l’aumône, l’importance de temps forts pour rencontrer le Seigneur avec la prière, l’exigence d’un certain renoncement avec le jeûne.

Les cinq dimanches qui suivent sont comme cinq actes où se joue la dramatique divine et dont le dénouement sera Pâques.

Acte Premier : au désert, pour y être tenté.

Acte 2 : sur la montagne, pour y être transfiguré

Acte 3 : au bord du puits, pour émerger

Acte 4 : à Siloé, pour enfin voir

Acte 5 : à Béthanie, pour sortir du tombeau

La distribution des personnages est la suivante:

Le  jeune premier du Carême, c’est le corps

Le personnage principal, c’est le pauvre

Le serviteur fidèle, l’adjuvant, c’est le Christ, bon Samaritain (et son Eglise)

Le méchant, l’opposant, c’est le Diable, le Tentateur, le Démon (et ses Légions)

L’héroïne c’est l’humanité, sous la figure de la Samaritaine

L’unité de lieu, c’est le désert, l’unité de temps, une quarantaine, l’unité d’action, la conversion.

La Bonne Nouvelle finale, qu’il ne faut pas seulement comprendre ou entrevoir, mais qu’il faut épouser, c’est que Le Christ a anéanti toute fatalité tragique : par Lui, le péché et la mort sont vaincus…Pour tous!  Cela mobilisera notre être dans une marche unanime vers une fin qui le ramasse tout entier : nous sommes des ressuscités.

3/5 L’héroïne du Carême c’est l’humanité, sous la figue de la Samaritaine

Pour aimer, il faut aller vers quelqu’un !

D’impur extatique on devient pur dynamique le jour où l’on sait vers qui l’on va.

Cette pensée de Jankélévitch trouve son incarnation dans le Christ. Le Christ est celui qui marche vers quelqu’un.  Est-ce L’homme qui marche de Giacometti. Mais vers qui marche-t-il ? On ne sait. L’œuvre ne le dit pas. L’art n’est pas assigné à nous répondre mais à suggérer. Il faut qu’il marche.

Le Christ sait vers qui il marche car où qu’il marche il y aura l’homme.

Et nous maintenant, nous marchons vers le Christ, ou à sa suite…Et nous marchons vers les hommes.

La rencontre avec la Samaritaine. Pour Jésus,  « Il lui fallait passer par la Samarie ». Il marche vers quelqu’un. Et elle ? Qu’est-ce qui la fait marcher ? Vers ce puits, à une heure impossible, improbable, interdite.

C’est peut-être le problème de Vladimir et Estragon. Ils attendent, ils ne se bougent pas d’un pouce. Le secret, c’est d’être disponible et de se mettre en marche.

Les Samaritains, ils s’étaient faits leur petit Babel.  Prétention d’être par une force spirituelle,  une unité unique contre le dessein de Dieu.

Et la Samaritaine, elle s’était fait un petit Babel amoureux. Prétention de toucher à l’amour absolu, par la seule force de son désir. Petite projet des désirs mal orientés.  Oui mais elle a désiré. Comme Madame Bovary ? Non car Madame Bovary désire à travers le désir de l’autre. Morsure fatale ! La Samaritaine  désire par elle-même, quand même son désir se plante….

Elle a eu cinq maris, et en ce moment un sixième qui n’est pas le bon. Mais elle a eu l’audace du mariage, et de toujours réessayer ; en dépit des échecs qui la conduisent, morte de soif aux bords de ce puits. Madame Bovary s’empoisonne….

Sans doute, selon le mot de René Char, a-t-elle erré « le long de margelles dont on a ôté le puits. »

Deux aventures, deux longues aventures  convergent :

L’aventure tâtonnante des hommes dans leur recherche de Dieu ; l’aventure étrange de Dieu dans sa présence au cheminement des hommes.

L’épisode de la Samaritaine est l’épisode de cet étrange rencontre.

Le regard du Christ désaltère, décape et recrée. Et déplace notre désir là où meurt l’inextinguible.

© 2014 Franck Laurent

 

Evangile

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Evangile selon saint Jean 4/5-42

Cheminement de la religion païenne à la foi en la personne de Jésus

Jésus laissa la Judée et s'en alla de nouveau en Galilée. Or il lui fallait passer par la Samarie.

1ère étape : premier contact surmontant les ruptures héritées du passé et traduisant un appel discret

= Il arrive à une ville de Samarie dite Sykar, prés du terrain que Jacob avait donné à Joseph, son fils. Il y avait là la source de Jacob. Jésus, fatigué par la route parcourue, était assis près de la source. C'était environ la sixième heure.

= Vient une femme de Samarie, pour puiser de l'eau. Jésus lui dit: " Donne-moi à boire." (Ses disciples, en effet, s'en étaient allés à la ville afin qu'ils achètent des vivres.)

= Donc, la femme samaritaine lui dit: "Comment toi qui es juif, me demandes-tu à boire, à moi, une femme qui suis samaritaine ?" (Les juifs, en effet, n'ont pas de relations avec les samaritains.)

2ème étape : Jésus situé par rapport au passé = plus grand que notre père Jacob?

= Jésus répondit et lui dit: "Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: Donne-moi à boire, c'est toi qui lui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive. "

= Elle lui dit : "Seigneur, tu n'as pas de seau et le puits est profond; d'où l'aurais-tu, l'eau vive? Es-tu plus grand que notre père Jacob qui nous a donné le puits et lui-même en a bu, et ses fils et ses troupeaux?"

3ème étape : passage à un plan spirituel universel

= Jésus répondit et lui dit: "Quiconque boit de cette eau aura encore soif; mais qui boira de l'eau que moi je lui donnerai n'aura plus jamais soif, mais l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source jaillissant pour la vie éternelle."

= La femme lui dit: "Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n'aie plus soif et que je ne vienne plus ici puiser."

4éme étape : reconnaître le vide de la religion passée (les maris) et situer Jésus en prophète

= Il lui dit: "Va, appelle ton mari et reviens ici." La femme répondit et dit: "Je n'ai pas de mari."

= Jésus lui dit: "Tu as bien dit: je n'ai pas de mari, car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai."

= La femme lui dit: "Seigneur, je vois que tu es un prophète."

5ème étape : dépassement de la référence historique à Jérusalem, ouverture universelle nécessaire pour situer Jésus en Messie

= Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous, (les juifs), vous dites qu'à Jérusalem est le lieu où il faut adorer "

= Jésus lui dit : " Crois-moi, femme, l'heure vient où vous n'adorerez le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem.

Vous (les samaritains) adorez ce que vous ne connaissez pas; nous (les juifs) adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des juifs

Mais l'heure vient - et maintenant elle est là - où les véritables adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Car tels sont les adorateurs que recherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent doivent adorer en esprit et en vérité"

= La femme lui dit: "Je sais que le Messie vient, qui est dit Christ; lorsqu'il viendra, lui, il nous annoncera tout." Jésus lui dit: "C'est moi, qui te parle."

6éme étape : dimension missionnaire (les passages concernant les disciples ont été ajoutés par le dernier auteur)

Là-dessus, ses disciples arrivèrent: ils s'étonnaient qu'il parlât avec une femme. Nul toutefois ne lui dit: "Que cherches-tu? ou Pourquoi parles-tu avec elle?"

=  La femme alors laissa là sa cruche et s'en alla à la ville et elle dit aux gens: "Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait. Est-ce que celui-ci ne serait pas le Christ?" Ils sortirent de la ville et ils venaient vers lui.

- Entre temps, les disciples le priaient en disant: "Rabbi, mange!" Mais lui leur dit: "J'ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas."

- Les disciples se disaient entre eux: "Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger?" Jésus leur dit: "Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et de parfaire son œuvre.

- Ne dites-vous pas: encore quatre mois et vient la moisson? Voici que je vous dis: levez vos yeux et voyez que les campagnes sont blanches pour la moisson.

- Déjà le moissonneur reçoit un salaire et amasse du grain pour la vie éternelle, si bien que le semeur se réjouit en même temps que le moissonneur.

En effet, en ceci le proverbe est vrai qui dit: autre est le semeur et autre est le moissonneur. Je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas peiné; d'autres ont peiné et vous êtes entrés dans leur peine."

= De cette ville-là, beaucoup parmi les samaritains crurent en lui à cause de la femme rendant témoignage: 'Il m'a dit tout ce que j'ai fait'.

7ème étape : Jésus reconnu par les samaritains comme le Sauveur du monde

= Lors donc que les samaritains vinrent vers lui, ils le priaient de demeurer chez eux. Et il y demeura deux jours.

= Et beaucoup plus crurent à sa parole. Et à la femme ils disaient: " Ce n'est plus à cause de tes dires que nous croyons; nous-mêmes en effet nous avons entendu et nous savons que celui-ci est vraiment le Sauveur du monde."

Contexte des versets retenus par la liturgie 

Quelques éclairages

1er point: Chez Jean, comme chez les autres évangélistes, l'enseignement, la pensée et le comportement de Jésus constituent un message d'ensemble cohérent et réfléchi. Il est certain que certains éléments ont été retouchés ou doublés avant d'être inscrits dans la composition finale. Mais globalement une "ossature" soutient celle-ci.

Il est relativement facile de situer le texte dit "de la samaritaine" dans son cadre et de présenter ce cadre en quelques mots. Le passage appartient à la deuxième section du quatrième évangile. La première section a été organisée en semaine inaugurale "créatrice", inspirée du premier chapitre de la Genèse. Elle a culminé dans le signe de Cana.

La deuxième section souligne les évolutions nécessaires pour "passer" à la nouveauté qu'apporte Jésus. Les premières communautés regroupaient des chrétiens issus du judaïsme et des païens convertis. En raison de "points de départ" différents, les cheminements ne pouvaient donc pas être les mêmes. Dans l'exemple de Nicodème Jean résume le passage du judaïsme à la foi chrétienne et dans l'exemple de la Samaritaine, il illustre le passage du paganisme à la foi chrétienne. Par souci de fidélité historique, Nicodème est présenté en premier.

Les deux développements ne sont pas complémentaires, ils sont parallèles mais la personnalité de Jésus les domine. Ils présentent un "dialogue" seul à seul avec lui, qu'il s'agisse de Nicodème ou de la femme de Samarie. Ils se rejoignent au terme de leurs déroulements. Tous deux ont été introduits par l'expulsion des vendeurs du Temple. Il ne s'est pas agi d'une simple purification. Jean était très net: Jésus annule le Temple; désormais la foi doit se centrer sur la personne du ressuscité.

2ème point: Pour clarifier ce rapprochement, voici un résumé des étapes concernant les deux cheminements: 3/1-21 et 4/1-42. Psychologiquement, ils sont tout à fait concevables. La difficulté que présente la composition finale du premier vient de doublets ou de compléments. Le second est relativement clair si l'on isole ce qui concerne les disciples. Cette inclusion s'explique facilement: la femme anticipe la mission qui reviendra aux disciples lorsqu'ils seront amenés à évangéliser la Samarie après la résurrection. Nous y reviendrons.

Le cheminement juif : 1. au départ, il faut admettre une rupture radicale avec le "cadre religieux juif" symbolisé par le Temple… 2. il s'agit ensuite de reconnaître Jésus comme le Maître qui vient de la part de Dieu, en se fondant sur des signes qui remettent en question la vision traditionnelle du Messie… 3. cette évolution doit être poursuivie sous l'animation de l'Esprit qui se dégage des paroles et des actes de Jésus.; il s'agit d'une résurrection, d'une "nouvelle naissance"… 4. la foi se centre ainsi sur Jésus, Fils-aimé du Père et prononçant les paroles de vie…

Au terme du mouvement, la réponse personnelle de Nicodème reste en suspens. Un supplément a été glissé et met en valeur le rôle de Jean-Baptiste, premier artisan de ce "passage" en milieu juif.

Le cheminement païen: 1. au départ, il faut accueillir l'appel que Jésus lance de façon universelle… 2. à la différence des religions païennes qui se centrent sur un utilitarisme magique, cet appel ne doit pas être "récupéré" en perspective matérielle… 3. il importe également de ne pas enliser cet appel dans la religiosité dont sont imprégnés les anciens cultes en rites et lieux sacrés… 4. même le judaïsme est désormais dépassé malgré les valeurs qu'il portait jusque-là et le cadre juif dans lequel Jésus a vécu son témoignage historique… 5. le païen accède à la même foi que le juif, il lui faut se centrer sur la personne de Jésus et sur sa Parole… 6. un dernier obstacle peut venir de la différence de culture avec le donné initial; il est nécessaire de la dépasser et d'accueillir Jésus en Sauveur universel…

Bien avant la fin, la femme amorce un élan de foi missionnaire: elle court à la ville et témoigne. Comme précédemment, un complément évoque alors le rôle des apôtres. L'auteur tient à rappeler qu'ils ont fortement contribué à ce "passage" en milieu païen.

3ème point: S'il était besoin, voici quelques éléments "littéraires" pour vous convaincre de la cohérence de présentation. Bien entendu, si nous voulons en traduire le contenu au service de nos contemporains, il nous faut choisir une autre forme et adopter un autre langage

En comparant plusieurs grands "exposés" présentés dans le quatrième évangile, nous pouvons remarquer un "canevas littéraire" commun. Un jeu de paroles, de questions et de réponses permet à la pensée de progresser et de se préciser. Cette disposition se retrouve particulièrement dans la composition des "discours sur le Pain de Vie" et dans quelques pièces du "discours après la Cène".

Un tel schéma se dégage du passage d'aujourd'hui:

Parole énigmatique: "Si tu savais le don de Dieu, c'est-à-dire celui qui te demande à boire, tu l'aurais prié et il t'aurait donné de l'eau vive."

Demande d'explicitation: "Où prendrais-tu cette eau vive?"… Premier temps de la foi: "serais-tu plus grand que notre père Jacob?"

Ré-affirmation plus précise: Il ne s'agit pas d'une eau matérielle. Il s'agit d'une eau qui jaillit en vie éternelle.

Question: Comment faire pour l'avoir?… autrement dit: "Donne-la moi!"…

Etat d'esprit: Il faut laisser le passé et ses confusions, particulièrement la fausse querelle Jérusalem-Samarie… Deuxième temps de la foi: "serais-tu le Messie?"

Clarification: 1. Il faut admettre qu'en Jésus le salut vient des juifs… 2. mais ce salut brise les cadres étroits dans lesquels les juifs l'enserraient… 3. en sa personne, Jésus réalise ces deux aspects…

Extension: la femme court à la ville et témoigne… les habitants sortent vers Jésus… Troisième temps de la foi. "Jésus est vraiment le Sauveur du monde"…

4ème point: l'inclusion concernant les disciples semble quelque peu confuse, surtout dans la manière dont l'auteur joue des références aux semeurs et aux moissonneurs.

a) vous pouvez d'abord remarquer que cette inclusion est construite suivant le schéma dont nous venons de parler et en lien étroit avec la rencontre précédente

Elle est introduite par une même réaction d'étonnement: "il parle avec une femme"… La première réponse se présente en parole énigmatique: "j'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas!"… Cette phrase suscite une incompréhension: "quelqu'un lui aurait-il apporté à manger?"… D'où une ré-affirmation: "ma nourriture c'est de parfaire l'œuvre de celui qui m'a envoyé".

b) A cet endroit, il faut nous arrêter sur le mot "parfaire". Avec le recul des siècles, nous assimilons facilement l'un à l'autre les "deux temps" qui ont contribué à l'universalité du message. Dans le cadre d'Israël, Jésus a vécu ce qui nous paraît en être l'essentiel puisque notre foi se nourrit de la densité historique du témoignage. Mais nous en bénéficions grâce à l'engagement de ceux qui ont "parfait" l'œuvre initiale en contribuant à son rayonnement universel. Sans eux tout aurait certainement été emporté par le désastre de 70.

c) Les Actes des Apôtres (chap. 8) parlent de la Samarie comme de la première province qui bénéficia d'un élargissement de la mission. Aussi étonnant que cela puisse nous paraître après coup, aux premiers temps qui ont suivi la Pentecôte, la vie de la communauté chrétienne s'est centrée sur Jérusalem. La Samarie était pourtant à moins de 40 kilomètres de la capitale.

Il fallut l'opposition violente des autorités juives et le martyre d'Etienne (vers 36) pour "provoquer la dispersion des frères en Judée et en Samarie". De sa propre initiative, Philippe, l'un des diacres, profita alors des circonstances pour "proclamer Jésus en cette région". "les foules unanimes s'attachèrent à ses paroles et aux signes qui les accompagnaient"… C'est alors que "les apôtres qui étaient à Jérusalem, apprenant que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean"…

d) Il est alors facile de saisir la portée de l'inclusion. En ce qui concerne l'évangélisation de la Samarie, les "semeurs" comme Philippe ont été différents des moissonneurs qui sont intervenus après leur défrichage: "autre a été le semeur, autre a été le moissonneur". Leur action est donc préfigurée dans l'initiative de la femme qui, bien que femme et sans "pouvoir officiel", entraîne "les gens de sa ville" vers Jésus. Mais, lorsque Philippe et ses compagnons se lancèrent dans la prédication, la réussite des premières années en milieu juif était incontestable et ne pouvait que les encourager. "Une première moisson s'amassait déjà"…

e) Il est possible que l'évangéliste dissipe également certaines interprétations concernant l'extension de la foi. Elle pouvait être lue comme une "compensation" à l'échec auprès des frères de race. A son encontre pouvait être évoqué le fait que Jésus n'était pas sorti des frontières de

f) En simple remarque, nous retrouvons la suite du schéma dont nous parlions précédemment. Il s'agit de l'état d'esprit qui préside à l'extension. "Levez les yeux et voyez l'universalité du champ d'apostolat"… "Ne vous reposez pas sur une première réussite pour vous dispenser de semer en de nouveaux terrains"… En rayonnement missionnaire, semeur et moissonneur sont solidaires.

5ème point : la question des cinq maris

Ce point étant le sujet des plus grandes confusions dans les commentaires, il importe de vous fournir les éléments qui vous permettront de percevoir et de confirmer son symbolisme.

a) Le terme de "mari" induit en erreur un esprit moderne, car il ne nous viendrait pas à l'idée de l'appliquer aux rapports entre Dieu et nous. Il n'y a pas si longtemps, le romantisme en jugeait cependant autrement, l'exemple le plus connu est celui des religieuses qui se présentaient comme "fiancées" à Jésus.

Pour développer l'idée d'alliance entre Yahvé et le peuple juif, certains prophètes avaient recouru aux mêmes comparaisons. Osée, prophète au Royaume du Nord, donc en Samarie, vers 750, compare le Royaume à une femme adultère qui trompe Yahvé son époux (2/4).

b) Il suffit de se référer à l'histoire de la Samarie, mieux connue aujourd'hui, pour percevoir, au plan religieux, cinq changements successifs parmi les multiples tribulations dont cette province avait été victime.

1. Bien entendu, à l'origine, il n'y avait qu'un seul peuple, un seul culte et, théoriquement, les ancêtres des samaritains avaient été des membres authentiques du peuple de Dieu. Il importe cependant d'ajouter que leur région, la Palestine centrale, avait été le lieu où s'était opérée la fédération de tribus qui donna ensuite naissance au peuple d'Israël. La majorité des épisodes attribués à l'histoire des patriarches se situaient en Samarie. La prépondérance des régions du Sud était intervenue bien plus tard, au temps de David.

2. A la mort de Salomon (933), le schisme politique s'était consommé en schisme religieux. Inquiet des pèlerinages qui valorisaient Jérusalem, Jéroboam avait érigé deux centres religieux concurrents, l'un à Dan, l'autre à Béthel et il y avait organisé un nouveau culte. La proximité de cultures différentes avait ensuite facilité l'intrusion de divinités étrangères. Celles-ci avaient même été prépondérantes à certaines époques. Les noms d'Achab (874) et de sa femme Jezabel restaient attachés au développement du culte de Baal.

3. Certains rois avaient réagi ultérieurement contre les influences païennes, mais ils n'avaient pas remis en cause le schisme de Jeroboam.

4. En 722, le pays avait été envahi par Salmanasar, roi d'Assyrie. La population avait alors été dispersée à travers l'empire. Les vainqueurs implantèrent des esclaves païens qui se mêlèrent aux quelques israélites restés dans leur patrie. Ces colons apportaient avec eux leurs divinités mais ils ne cherchèrent pas à éliminer les croyances et les pratiques essentielles de la religion mosaïque. Bien souvent ils les adoptèrent au titre de leur ancienneté. Celles-ci survécurent en se concentrant principalement sur les cinq livres de Moïse (le Pentateuque). Ce mélange contribuait à faire des samaritains un peuple mi-juif, mi-païen.

5. L'antagonisme entre juifs et samaritains remontait surtout au retour de l'exil de Babylone (538). Le territoire de Jérusalem avait été rattaché à la province perse de Samarie. Les rescapés apparaissaient comme des intrus et ne trouvèrent pas beaucoup d'appuis pour relever leurs ruines. La rupture avait été accentuée lorsque le gendre du gouverneur Manassé (334) avait obtenu d'Alexandre le Grand la permission de bâtir un Temple sur le mont Garizim, lieu sacré fort ancien en territoire samaritain. .

6. Jean Hyrcan avait détruit ce Temple en 129 avant notre ère. Mais, les samaritains n'en continuaient pas moins d'adorer en ce lieu et de regarder cette colline comme la plus sainte du monde. Il semble cependant que leur culte manquait de structures et se réduisait à des pratiques individuelles. Sans doute est-ce pour cette raison que l'évangéliste élimine l'appellation de "mari" au sens où le prophète Osée l'entendait.

c) faute de documents, la foi des samaritains nous est peu connue. Ils se considéraient comme les continuateurs légitimes de la foi israélite. Ils professaient un monothéisme intransigeant et se centraient principalement sur Moïse. Ils ne reconnaissaient comme Ecriture que le seul Pentateuque selon leur propre version. Dans le passage d'aujourd'hui, la samaritaine évoque l'ancêtre Jacob, le conflit sur le lieu de culte et l'attente d'un Messie. Mais les textes tardifs que nous possédons ne présentent pas ce messie au sens juif, il s'agit d'un prophète "comme Moïse" qui révélera la vérité.

Il est également délicat de préciser les rapports entre les galiléens et les samaritains. En Luc (9/53), un village samaritain réserve un mauvais accueil à Jésus "parce qu'il faisait route vers Jérusalem". Mais la proximité territoriale et l'importance commerciale de la Galilée devaient favoriser de nombreux contacts. Les antagonismes étaient sans doute moins nombreux.

 

Piste possible de réflexion : faire parler Jésus avec le monde d'aujourd'hui…

Le dialogue entre Jésus et une femme de Samarie mérite une grande attention. Certes, c'est du "saint Jean", mais cette référence ne nous oblige pas à le ranger d'emblée parmi les écrits hermétiques ou mystiques. Il est évident qu'il ne s'agit pas d'un reportage qui nous livrerait un dialogue secret. Et, par ailleurs, ce serait l'appauvrir de façon affligeante si nous le limitions à une initiative de "gentillesse" envers une étrangère.

Eclairages préliminaires

Avant que nous ne l'examinions de près, ce passage peut être relié à deux données historiques qui permettent de le rapprocher de notre situation actuelle.

a) Les Actes des Apôtres fournissent des renseignements assez précis sur l'adhésion des samaritains à la foi chrétienne.

1. Du vivant de Jésus, il est difficile de se prononcer sur l'attitude collective des samaritains vis-à-vis de son engagement. L'accueil bienveillant dont il est question ici contraste avec le refus dont Luc parle lors d'un voyage à Jérusalem pour célébrer la fête de la pâque. Il est vraisemblable que l'opposition qui s'était accentuée au long des siècles entre juifs et samaritains ne permettait au mieux qu'une simple indifférence. Certes, les samaritains parlaient d'un messie à venir, mais ils le concevaient de façon très différente des juifs et encore moins originaire de Galilée.

2. Pour bien comprendre certaines réactions de la femme, notre texte exige également une rapide information sur l'histoire de la nation israélite. On a  tendance à accentuer les différences entre juifs et samaritains, mais il importe de ne pas oublier tout ce qui les rapprochait et rend les seconds difficilement assimilables à de purs païens.

En un lointain passé, les deux groupes n'avaient constitué qu'un seul peuple. Les patriarches dont ils se réclamaient était les mêmes, même si le Nord insistait davantage sur l'ancêtre Jacob. La libération d'Egypte, l'aventure de l'Exode, la révélation de Sinaï, l'implantation en Palestine étaient des bases communes conservées soigneusement dans l

es cinq livres tenus pour sacrés par les uns comme par les autres. La version du Pentateuque samaritain était proche de la version juive et la Loi de Moïse réglait la vie religieuse comme la vie sociale des deux provinces. L'opposition portait sur l'implantation du Temple mais ne portait pas sur son importance. Les samaritains ne manquaient d'ailleurs pas d'arguments, car la majorité des lieux sacrés établis par les ancêtres communs l'avaient été sur leur territoire.

La rupture s'était amorcée à la mort de Salomon en 933. Au départ, elle avait été surtout politique. Mais dans les conditions de ce temps, elle s'était rapidement doublée d'une concurrence religieuse. Il est relativement facile de retrouver le symbolisme des cinq maris dont il est parlé dans le cours de dialogue. Cette mention correspond assez exactement aux "variantes" religieuses qui ont affecté le culte du groupe samaritain après la séparation.

Le terme de "mari" induit en erreur nos esprits modernes, car il ne nous viendrait pas à l'idée de l'appliquer aux rapports entre Dieu et nous. C'est pourtant de cette façon que s'exprimaient certains prophètes, particulièrement Osée, prêchant au Royaume du Nord, donc en Samarie. Dans ses écrits, il compare le peuple à une femme adultère qui trompe Yahvé son époux (2/4).

Pour contrer l'attirance de Jérusalem, le roi Jéroboam avait érigé deux centres religieux concurrents. L'influence des cultes païens avait entraîné ensuite bien des confusions… Sous l'influence de prophètes comme Elie, une purification s'était opérée, mais sans remettre en cause la rupture initiale. C'est alors, vers 722, que le pays avait été envahi par les assyriens. Une grande partie de la population avait été déportée et remplacée par des esclaves libérés de lointaines régions de Mésopotamie. Ceux-ci avaient amené leurs propres divinités et avaient contribué à mélanger croyances et pratiques. En raison de leur ancienneté, la pensée et la religion mosaïque avaient survécu tant bien que mal à une crise qui aurait pu être fatale. Vers 334, les samaritains avaient obtenu d'Alexandre le grand la permission de construire leur propre Temple sur le mont Garizim, lieu sacré fort ancien. Malgré la destruction de l'édifice en 129 de notre ère, ce lieu restait un centre influent en unité religieuse.

Ces précisions introduisent une première similitude entre la femme de Samarie et nombre de nos contemporains. Héritiers de ce que l'on appelle la civilisation judéo-chrétienne, il est bien difficile de les situer actuellement. Ils ne peuvent être assimilés aux cultures étrangères que nous fait connaître la mondialisation ou aux systèmes athées qui ont marqué de leurs convulsions le siècle dernier. Mais il est illusoire de compter sur les vagues références dont ils héritent en histoire ou en première formation pour parler à leur sujet de foi chrétienne, même naissante.

3. Les Actes des Apôtres abordent également les conditions concrètes de l'adhésion de la Samarie à la foi chrétienne. Ce nouveau point mérite d’être considéré, car les conditions particulières dont la Samarie fut la première bénéficiaire ne sont pas sans valoriser notre engagement actuel.

En raison des oppositions historiques que nous venons de mentionner, il semble que la première communauté chrétienne ne comptait aucun samaritain dans ses rangs. Les renseignements que Luc  fournit  présentent une communauté de style typiquement juif, qui s'organise sur des bases juives inspirées de la pensée prophétique "des derniers temps". Sans aucun doute, cet attachement au judaïsme permit après Pâques une bonne compréhension de ce qui avait été vécu si rapidement et si dramatiquement auparavant. Mais il n'était pas sans danger pour l'avenir.

Luc nous décrit de façon très vivante la triple poussée qui orienta vers l'universalité. Il y eut d'abord le mûrissement de pensée qui guida peu à peu les souvenirs vers cette ouverture. Il entraînait et justifiait l'évolution qui simplifia de plus en plus l'admission des païens en les dispensant d'un passage par les rites juifs d'incorporation au peuple élu. Et, en troisième lieu, intervint l'événement inattendu qui fut déterminant pour l'éclatement missionnaire, à savoir le rejet brutal manifesté par Jérusalem à l'encontre des chrétiens.

La Samarie était à moins de 40 kilomètres de la capitale et pourtant pendant de nombreuses années les difficultés de son évangélisation semblaient insurmontables. Sur ce, les oppositions prirent un tour violent et aboutirent au martyre d'Etienne (vers 36). Les frères furent obligés de se disperser. Ce ne fut pas un apôtre, mais un des diacres, Philippe, qui, de sa propre initiative, profita des circonstances pour "proclamer Jésus en cette région". Le contact était établi et le résultat fut inattendu. "Les foules unanimes s'attachèrent à ses paroles et aux signes qui les accompagnaient"… Alors seulement "les apôtres qui étaient à Jérusalem, apprenant que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean"…

L'Eglise samaritaine était ainsi reconnue à part entière et ouvrait l'espérance des missions futures. Elle témoignait que le Message pouvait susciter la foi en des terrains nullement préparés.

Ceci permet également de saisir la portée de l'inclusion sur les semeurs et les moissonneurs. En ce qui concerne l'évangélisation de la Samarie, les "semeurs" comme Philippe avaient été différents des moissonneurs qui étaient intervenus après leur défrichage: "autre avait été le semeur, autre avait été le moissonneur". Mais, lorsque Philippe et ses compagnons s'étaient lancés dans la prédication, la réussite des premières années en milieu juif était incontestable et ne pouvait que les encourager. "Une première moisson s'amassait déjà"… L'initiative de la femme préfigure donc leur action, car, bien que femme et sans "pouvoir officiel", elle entraîne "les gens de sa ville" vers Jésus.

b) Le texte d'aujourd'hui se situe en continuité de date et de perspective. La question qu'il éclaire ne déborde pas du travail d'évangélisation. Jean ne fait qu'entrer dans les difficultés concrètes qui se présentaient en son temps comme elles risquent de se présenter en tout temps. Avec l'extension de l'Eglise, l'évangéliste a conscience du fossé que les nouveau chrétiens sont amenés à franchir du fait qu'ils appartiennent à des cultures de plus en plus distantes de la culture initiale. Aux temps historiques du ministère de Jésus, l'évolution s'était appuyée sur la formation juive des disciples. Au temps de Philippe, elle s'était accélérée et vers la fin du premier siècle, elle s'étendait de façon universelle.

Les premières communautés regroupaient des chrétiens issus du judaïsme et des païens convertis. Cette diversité de "points de départ" illustrait parfaitement la possibilité d'aboutir à l'unité au terme de cheminements différents selon les cultures. L'évangéliste sélectionne donc deux exemples qui lui paraissent significatifs: l'exemple de Nicodème et l'exemple de la Samaritaine. Lorsqu'il écrit, ces exemples ont été multiples et "historiques" au sens large. A ses yeux, l'exemple de Nicodème résume le passage du judaïsme à la foi chrétienne, l'exemple de la Samaritaine illustre le passage du paganisme à la foi chrétienne. Par souci de datation, Nicodème est présenté en premier.

Il ne s'agit donc pas d'une "description" qui n'aurait pour nous qu'un intérêt anecdotique, il s'agit d'une vaste réflexion: 1. au temps de l'évangéliste, tous savaient que la conversion de la Samarie, comme la conversion des nations païennes, s'était opérée après la résurrection… 2. Il ne s'était pas agi d'une initiative "revancharde" pour compenser les circonstances dramatiques de la mort de Jésus; il s'était agi d'une mission qui étendait ce qui était en germe et en volonté dans le témoignage initial… 3. elle avait été menée selon un "style" qui s'inspirait du style de Jésus mais qu'il avait été nécessaire de "repenser" en fonction de nouvelles circonstances et de nouveaux milieux… 4. une certaine réussite avait été au rendez-vous, il n'était pas question d'en tirer un "mode d'emploi" infaillible, mais d’éclairer un chemin possible…

De même qu'il est facile de résumer les étapes qui concernent Nicodème, il est facile de résumer les étapes qui concernent la Samaritaine. L'exemple peut sembler restreint, pourtant il est facile de faire ressortir les lignes d'un dialogue très large. Nous ne pouvons que l'esquisser mais chacun peut faire le rapprochement. Autrefois, d'un côté Jésus et, indirectement, les apôtres associés à sa mission… de l'autre un monde semi-païen, marqué d'une religiosité ancienne devenue inefficace. Aujourd'hui, les chrétiens attelés à la mission d'évangélisation… de l'autre le monde vaguement christianisé au milieu duquel nous vivons.

Lumières sur la "forme" : quelques "flashs"

* Le dialogue commence par être individuel et il le restera longtemps malgré de multiples périodes d'incompréhension. Cette patience n'exclut pas l'intelligence pour diriger la discussion avec pédagogie, mais elle crée spontanément une ambiance d'amitié.

* Le point de départ bouleverse les habitudes sociales et les préjugés religieux. Jésus passe "au-dessus". Il redistribue les cartes en donnant priorité au réalisme et à la simplicité susceptibles d'amorcer le dialogue. Il s'agit de donner efficacité à un "ballon d'essai" jeté en un terrain incertain …

* Au long de la discussion, Jésus se garde de remise en cause directe ou de reproche intempestif. Il témoigne d'un grand respect de l'autre et de ses choix. Il en appelle à l'intelligence plus qu'il ne se réfère à l'autorité qu'il détient. Le jugement semble porter sur un groupe, même si la personne appartient à ce groupe et ne peut manquer de se sentir concernée.

* Pourtant, au long de ce dialogue, Jésus "ne baisse pas la barre". Son vocabulaire se fait plus concret mais la pensée qui le soutient ne va pas dans le sens de concessions. Obstinément, il poursuit ses invitations à progresser dans la réflexion.

Lumières sur le fond

Il est possible de suivre plusieurs progressions et il est recommandé d'user de cette liberté selon nos interlocuteurs. Parmi ces progressions, nous pouvons esquisser celle qui se présente en appel à "émerger"…

émerger des convenances religieuses, inspiratrices de certaines convenances sociales. Fort heureusement nous nous en libérons de plus en plus lorsqu'il s'agit d'initiatives de solidarité ou de dialogues…

émerger des questions matérielles, pesanteurs inévitables mais dont Jésus témoigne qu'il n'en est pas dispensé miraculeusement. Un certain utilitarisme magique, hérité du Moyen Age, menace la foi chrétienne tout comme il caractérise la plupart des religions païennes.

émerger du poids de l'histoire, particulièrement dans les questions religieuses. Deux images gardent leur valeur. En raison des vingt siècles qui nous séparent du témoignage initial, le "puits peut sembler profond" et Jésus pourrait être assimilé à "un ancêtre". Il nous faut sans cesse souligner que sa parole se présente en "eau vive", jaillie d'une humanité semblable à la nôtre et susceptible d'irriguer les nouveaux terrains que défrichent les hommes.

émerger des formes anciennes adoptées par les communautés chrétiennes de façon relative mais fréquemment évoquées avec nostalgie… L'attachement n'est pas loin d'avoir la même intensité que l'attachement conjugal.

émerger des questions ecclésiales, centrées sur le monde occidental pendant deux millénaires. L'opposition entre Jérusalem et le mont Garizim n'est pas sans rappeler la rupture entre Rome et Constantinople alors que la vision de Jésus élargit à un culte en esprit et en vérité.

émerger des confusions entre religion et foi en Jésus. Nous pouvons être étonnés que le dialogue porte essentiellement sur la personne de Jésus. Historiquement, nous savons que ce n'était pas son habitude. Rappelons qu'il s'agit de notre propre échange avec les autres. Comme la samaritaine, nous risquons d'enliser Jésus dans le passé ou dans la "religion". Il s'agit au contraire de la faire découvrir ou re-découvrir en tant que personne, désireux de dialoguer et non d'imposer. La progression du texte est très pédagogique : le sortir d'une mémoire poussiéreuse, souligner la valeur de sa Parole éclairant le monde des hommes comme le monde de Dieu, Parole d'où émerge un esprit qui oriente vers la vérité, Parole actuelle qui émane d'un ressuscité se voulant compagnon de nos routes.

émerger de la répartition des "rôles" dont est souvent tirée la notion de "hiérarchie". La moisson d'autrefois ne doit pas bloquer les semailles d'aujourd'hui. Les routes sont nécessairement différentes et parfois inattendues comme celle dont la femme prend l'initiative.

émerger de la conception d'une communauté "standard". Il s'agit bien de réaliser une communauté pour que Jésus puisse y demeurer, mais la foi demeure le ciment d'une unité qui doit rester ouverte…

Vaste programme auquel nous sommes déjà attelés mais dont l'évangéliste tenait à rappeler la réussite passée, source d'espérance et de dynamisme pour aujourd'hui.

 
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