Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : Ier Dimanche de carême

Année A : 1er Dimanche de Carême

Sommaire

Actualité : Carême, une pièce en cinq actes (1/5)

Evangile : Matthieu 4/1-11

Le Carême au sein de l'année liturgique

Généraltés sur le carême    

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste possible de réflexion : déjouer les "mirages" qui menacent nos routes humaines…

Table récapitulative pour éclairer sa vie 

 

Actualité : Carême, une pièce en cinq actes (1/5)

Au Mercredi des Cendres, la page de Matthieu proposée comme Prologue au Carême nous laisse finalement une grande liberté d’organisation. A l’indicatif de jeûner, prier et faire l’aumône,est joint le seul impératif de discrétion, mieux de délicatesse, condition sine qua non d’une récompense (comprenez : ‘une plus grande joie’) dans le Royaume des Cieux.

Trois domaines sont privilégiés : la valeur du partage avec l’aumône, l’importance de temps forts pour rencontrer le Seigneur avec la prière, l’exigence d’un certain renoncement avec le jeûne.

Les cinq dimanches qui suivent sont comme cinq actes où se joue la dramatique divine et dont le dénouement sera Pâques.

Acte Premier : au désert, pour y être tenté.

Acte 2 : sur la montagne, pour y être transfiguré

Acte 3 : au bord du puits, pour émerger

Acte 4 : à Siloé, pour enfin voir

Acte 5 : à Béthanie, pour sortir du tombeau

La distribution des personnages est la suivante:

Le  jeune premier du Carême, c’est le corps

Le personnage principal, c’est le pauvre

Le serviteur fidèle, l’adjuvant, c’est le Christ, bon Samaritain (et son Eglise).

Le méchant, l’opposant, c’est le Diable, le Tentateur, le Démon (et ses Légions)

L’héroïne c’est l’humanité, sous la figure de la Samaritaine

L’unité de lieu, c’est le désert, l’unité de temps, une quarantaine, l’unité d’action, la conversion.

La Bonne Nouvelle finale, qu’il ne faut pas seulement comprendre ou entrevoir, mais qu’il faut épouser, c’est que Le Christ a anéanti toute fatalité tragique : par Lui, le péché et la mort sont vaincus…Pour tous!  Cela mobilisera notre être dans une marche unanime vers une fin qui le ramasse tout entier : nous sommes des ressuscités.

1/5 Le héros du Carême, c’est le corps

Le héros du Carême, c’est le corps.

Ce corps, nous allons le faire jeûner; ce corps, nous allons le faire veiller. Jeûner et veiller ! Pourquoi ?

Non par ascèse vaine ou mortification orgueilleuse. Non pour châtier la chair, mais pour la spiritualiser. Il est bon d'éprouver par tous nos sens que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes, que nous sommes dans la main de Dieu. Or le sommeil et la satiété nous le font oublier. Nous allons donc jeûner pour décoller du biologique, jeûner pour ressentir la vraie soif ; nous allons veiller pour terrasser l’obscurité, veiller pour mesurer l’irréalité de nos songes.

Le Carême invite notre corps à imiter le Christ, à passer de son corps affamé au désert à son corps transfiguré au Thabor, de son corps défiguré au Calvaire à son corps ressuscité au Jardin  de Pâques.  Pour nous, cela signifie devenir le corps désaltéré de la Samaritaine, le corps dessillé de l’Aveugle-né, le corps réveillé de Lazare.

Tel est le sens du jeûne: non un jeûne  de crainte et de privation, mais un jeûne d’amour et de préférence. Amour de Dieu et de la vraie vie en Dieu, qui suppose un changement radical d’état d’esprit: en Grec  on l'appelle  métanoia. On comprendra les bienfaits du Carême en considérant l’antonyme de ce mot: paranoia !

(c) 2014 Franck Laurent

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 4/1-11

Les débuts de Jésus à la lumière des prophètes - séjour au désert

Alors, Jésus fut conduit vers le désert par l'Esprit pour être tenté par le diable

(Deut. 8/2 Tu te souviendras de toute la route que le Seigneur ton Dieu t'a fait parcourir durant quarante ans afin de te mettre dans la pauvreté; ainsi il t'éprouvait pour connaître ce qu'il y avait dans ton cœur...)

a) tentation matérialiste

Ayant jeûné quarante jours et quarante nuits, plus tard, il eut faim.

Et venant auprès de lui, celui qui tente lui dit: "Si tu es Fils de Dieu, dis que ces pierres deviennent des pains."

Mais, répondant, il dit: "Il est écrit: 'Non de pain seul vivra l'homme, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu'."

(Deut. 8/3 Le Seigneur t'a fait avoir faim et il t'a donné à manger la manne que ni toi ni tes pères ne connaissiez, pour te faire reconnaître que l'homme ne vit pas de pain seul, mais qu'il vit de tout ce qui sort de la bouche du Seigneur…

reprenant Exode 16/1 "le matin, sur la surface du désert, il y avait quelque chose de fin comme du givre… ils se dirent l'un à l'autre: "Man hou", "qu'est-ce que c'est?", en réponse au doute: "Est-ce bien le Seigneur qui nous a fait sortir d'Egypte?"

b) tentation religieuse déiste

Alors le diable le prend auprès de lui vers la ville sainte (Jérusalem), et le place sur le sommet du Temple

et il lui dit: "Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit: 'A ses anges, il commandera à ton sujet' et 'sur leurs mains ils te lèveront de peur que tu ne heurtes ton pied à une pierre' (Psaume 91/11) "

Jésus lui déclara: "De nouveau Il est écrit: 'Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu'."

(Deut. 6/16 "Vous ne mettrez pas à l'épreuve le Seigneur votre Dieu comme vous l'avez fait à Massa"

reprenant Exode17/1 Le peuple querella MoÏse : "Donnez-nous de l'eau à boire".  Moïse leur dit: "Pourquoi me querellez-vous ? Pourquoi mettez-vous le Seigneur à l'épreuve ?". Le Seigneur dit à Moïse: "Tu frapperas le rocher et il en sortira de l'eau."... Ils mirent le Seigneur à l'épreuve en disant: "Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ?"… )

c) tentation politique

De nouveau le diable le prend auprès de lui vers une montagne extrêmement élevée. Et il lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.

Et il lui dit: "Tout ceci je te le donnerai, si, tombant, tu te prosternes devant moi."

Alors Jésus lui dit: "Pars, Satan ! car il est écrit: 'Devant le Seigneur ton Dieu tu te prosterneras et à lui seul tu rendras un culte'."

(Deut. 6/13 Quand le Seigneur ton Dieu t'aura fait entrer dans le pays qu'il a juré à tes pères de te donner … garde-toi bien d'oublier le Seigneur qui t'a fait sortir du pays d'Egypte, de la maison de servitude. C'est le Seigneur ton Dieu que tu craindras, c'est lui que tu serviras, c'est par son nom que tu prêteras serment...

reprenant Exode 23/23 Quand mon envoyé t'aura fait entrer chez les peuples que j'aurai anéanti, tu ne te prosterneras pas devant leurs dieux, ni ne les serviras…)

Alors le diable le laisse. Et voici: des anges vinrent auprès de lui et ils le servaient.

Sens des mots

tentation : le mot est courant dans l'Ancien Testament. A l'origine, il signifie "mettre à l'épreuve", autrement dit chercher à connaître la réalité profonde au delà des apparences; il n'a pas systématiquement le sens péjoratif qu'il évoque habituellement car il reste toujours possible de dominer l'épreuve. Employé par rapport à Dieu, le mot "tenter Dieu" admet deux sens complémentaires: soit désobéir à Dieu pour voir jusqu'où ira sa patience, soit user de sa bonté dans un but intéressé.

diable : le mot évoque l'idée de diviser, accuser, calomnier. Son sens est légèrement différent de "Satan", l'adversaire. Pierre sera traité de Satan (16/23) en précisant le sens d'obstacle sur la route de Jésus.*

 

Le carême dans l'année liturgique

Répartition des thèmes et des textes entre les dimanches de Carême selon les années liturgiques

Les deux premiers dimanches sont centrés sur le Christ. Le premier évoque le séjour au désert selon la présentation particulière de chacun des évangélistes: A = selon Matthieu, B = selon Marc (récit le plus succinct), C = selon Luc. Le deuxième rapporte la Transfiguration selon la même diversité.

Les trois autres dimanches préparent plus immédiatement aux célébrations pascales. En année A, nous parcourons trois grands "ensembles" selon Jean : l'eau-vive promise à la Samaritaine, l'accession à la lumière de l'aveugle de naissance, la vie rendue à Lazare. En année B, nous sont proposés également des textes de Jean: l'expulsion des marchands du Temple, la venue de la lumière en Jésus, la glorification de Jésus par accueil universel. En année C, la liturgie a retenu deux textes de Luc : l'activité présente du vigneron, l'accueil que le Père réserve au fils perdu, et elle y ajoute l'épisode de la femme adultère selon Jean.

Documents concernant le carême et présentés au cours des autres années

Les documents de l'année B ne s'attachaient pas à la courte mention du séjour au désert que l'évangéliste insère dans sa présentation de "l'entrée du Royaume approché en Jésus".

Les documents de l'année C proposaient trois pistes possibles de réflexion. La première faisait le point sur le texte lui-même: texte symbolique… correspondant aux choix réels qui ont marqué l'ensemble du ministère vécu par Jésus et dont les apôtres ont perçu l'originalité surtout après la résurrection… En raison de la formation biblique des premiers chrétiens et pour prévenir toute fausse interprétation, certains thèmes des Ecritures ont été repris et soulignent le contraste entre l'engagement de Jésus et les pesanteurs de l'histoire passée…

La deuxième se référait à l'optique missionnaire de Luc. Celui-ci porte deux préoccupations: l'assimilation du message par de nouvelles civilisations et l'organisation de l'Eglise en vue de poursuivre son premier rayonnement. Les tentations affectent la mission: tentation d'un appel au miracle… tentation de puissance… tentation d'une déformation "déiste" à propos de Jésus.

La troisième situait le texte comme une "carte dans le désert". "Que choisir?" en évitant les pièges habituels de la vie ordinaire relativement à la question des "nourritures" indispensables…à l'engagement dans la diversité des activités… à l'héritage d'une religion…

Généralités sur le carême

Le sens profond du carême a été peu à peu absorbé par la forme relative que lui ont donnée les siècles passés dans un cadre de vie différent du nôtre. Il s'ensuit une opinion péjorative chez la majorité de nos contemporains, qui s'en dissocient de plus en plus. Il s'ensuit également une gêne chez les chrétiens authentiques qui aspirent à plus de clarté, plus d'intelligence.

L'Evangile laisse une grande liberté en ce qui concerne son organisation. Elle souligne seulement la valeur du partage (l'aumône), la nécessité des temps forts de rencontre avec le Seigneur (la prière) et l'exigence de certains renoncements (le jeûne), toutes choses essentielles et permanentes.

Le recours à l'histoire permet de remettre à leur vraie place les moyens pédagogiques proposés à certaines époques. Ces moyens s'harmonisaient avec les conditions de vie, majoritairement rurales jusqu'au développement industriel récent… Ils s'harmonisaient également avec le niveau de culture et d'instruction de la plupart des chrétiens. Peu de gens savaient lire et l'information se limitait à des horizons restreints… L'action sociale était à base de charité dans le cadre de la communauté locale. Son efficacité était limitée alors que maladies et épidémies laissaient planer une mortalité précoce. Il en résultait une sensibilité bien différente. Par ailleurs, les rouages politiques et économiques étaient monopolisés par quelques-uns: rois, seigneurs ou moines.

Evolutions

* Aux premiers siècles, la vie de l'Eglise a été marquée de persécutions qui ont entretenu un attachement très fort à la foi. Chaque dimanche était vécu comme "jour du Seigneur", "jour de la résurrection". La fête de Pâques était, bien entendu, l'anniversaire essentiel mais chaque communauté vivait sa préparation en toute liberté.

* L'édit de Milan, promulgué par l'empereur Constantin vers 315, ouvrit la grande période de paix où l'Eglise s'organisa en "chrétienté". Il était donc normal que la vie des communautés soit harmonisée puisque la chose était désormais possible. Les Conciles s'y employèrent et le Concile de Nicée (325) fut le premier à parler du carême.

Il reprenait un usage de la communauté romaine relatif au baptême des adultes, le seul en usage à cette époque. Celui-ci était célébré, une fois par an, durant la nuit pascale; la préparation des catéchumènes était assurée par un dernier temps de réflexion, au long des quarante jours précédents. Beaucoup de fidèles avaient pris l'habitude de s'associer à ce temps de préparation marquant ainsi leur solidarité avec les nouveaux chrétiens. En outre, c'était le jeudi-saint que les "pénitents publics" étaient admis une fois par an à la réconciliation. Eux-aussi devaient s'y préparer et se trouvaient associés aux réunions d'enseignement et de prière.

Le sens premier du Carême (simple contraction du chiffre Quarante) a donc été influencé par le baptême et la pénitence publique pour des raisons pratiques et compréhensibles. Son caractère communautaire s'est trouvé accentué dans un esprit d'engagement et d'accueil. L'exemple des "nouveaux" chrétiens invitait à un renouvellement personnel au souvenir du choix personnel qui avait marqué l'adhésion au Christ et à la foi.

Au plan pratique, la durée du carême a beaucoup varié d'une Eglise à l'autre. Aux 5ème et 6ème siècles, l'unanimité semble s'être faite pour commencer au sixième dimanche avant Pâques et s'achever au soir du jeudi-saint. Cette durée a été sans doute inspirée par le souvenir des quarante jours attribués au séjour de Jésus dans le désert, au début de sa vie publique.

La coupure entre l'Eglise et la synagogue étant consommée, le rapprochement était facile avec les épisodes de l'Ancien Testament, car les auteurs bibliques jalonnent du nombre "quarante" les événements majeurs de l'histoire sainte … temps du déluge… âge de Moïse lorsque Dieu lui confie sa mission… temps de l'Exode avant l'entrée du peuple juif en Terre promise… temps du séjour de Moïse, puis du prophète Elie, sur la montagne de Dieu… temps accordé aux habitants de Ninive pour leur conversion… temps du règne de David…temps du règne de Salomon…

* Un autre facteur historique doit être attaché à l'évolution progressive de l'esprit du carême. La fin des persécutions et l'influence grandissante des responsables de l'Eglise conduisaient à un changement d'ambiance quant au choix et à l'exercice de la foi. La "sociologie" l'emportait souvent sur la conviction. De ce fait, la "conversion" des mentalités était loin d'être toujours réalisée et les influences pesaient davantage dans le sens d'une religiosité mi-païenne, mi-chrétienne. Tout naturellement, ce qui était tiédeur et relâchement dans l'exercice de la foi se retrouvait dans la vie courante.

* C'est alors que le carême doubla sa référence "chrétienne" d'une perspective moralisatrice.

Les 8ème et 9ème siècles insistèrent sur des pratiques ascétiques très rigoureuses, issues du stoïcisme. La référence au Nouveau Testament interpréta la pensée de Paul dans ce qu'elle peut avoir de plus négatif : sens pessimiste de l'homme, insistance sur le péché et sa nécessaire réparation, présentation d'un Christ marqué de mort et de jugement plus que de résurrection.

Naquit alors l'obligation stricte du jeûne et de l'abstinence. Comme le dimanche dispensait de cette obligation, un calcul plus scrupuleux des quarante jours de pénitence amena à commencer le carême au mercredi qui précède le premier dimanche et à le marquer de l'imposition des cendres, coutume reprise de l'Ancien Testament. Au long de cette période, la cérémonie pénitentielle, réservée d'abord aux "pénitents publics", s'étendit à toute l'assemblée chrétienne.

* A partir du 12ème siècle, des assouplissements intervinrent sous la pression du changement des mentalités et de nouvelles conditions de vie. Il en fut de même dans la suite des siècles et c'est pourquoi le détail de cet adoucissement progressif présente peu d'intérêt pour saisir l'état d'esprit qui a marqué l'enfance de nombreux contemporains. Il date d'un lointain passé. La multiplication des dispenses a souvent contribué à entretenir un esprit très "pharisien" chez certains chrétiens et à favoriser des critiques justifiées de la part des incroyants. Ceux-ci contribuent d'ailleurs à entretenir bien des confusions à son sujet, assimilant ramadan musulman et carême chrétien et les rangeant tous deux au rang de coutumes désormais dépassées.

Les quelques efforts réalisés, au moment du Concile, pour "sauver le carême" en orientant son esprit dans le sens du partage n'ont guère eu d'impact hors des milieux vraiment chrétiens. Ils ne sont pas négligeables, mais ils se présentent comme des "emplâtres" qui dispensent de reprendre la question à la base. Nous restons tributaires des siècles de chrétienté dans le vocabulaire comme dans l'état d'esprit qui marquaient leur époque.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* La disposition de Matthieu est semblable à celle de Marc et de Luc. Jean ne parle pas d'un séjour de Jésus au désert. Les synoptiques situent l'affrontement immédiatement après l'épisode du Jourdain: baptême de Jean et voix céleste… et avant l'engagement de Jésus en son activité publique.

Mais les compositions diffèrent légèrement entre les trois auteurs. Marc mentionne l'affrontement sans en aborder le détail. Matthieu précise un enchaînement: pain, manifestation du haut du Temple, domination des royaumes du monde. Luc bouleverse l'ordre adopté par Matthieu en inversant les deux derniers affrontements.

* Les appels aux Ecritures sont nombreux, aussi bien de la part de Jésus que de la part du Tentateur. Celui-ci semble bien s'y connaître en exégèse et propose sa propre méthode d'interprétation. Nous sommes donc au cœur d'une discussion rabbinique "ordinaire" où sont échangées deux argumentations. Sans en faire un long exposé d'exégèse, plusieurs remarques s'imposent à ce sujet.

= Même sans être des spécialistes en Ecriture Sainte, le thème du désert et les épreuves auxquelles est confronté Jésus nous font rapprocher ce passage de la fuite des esclaves hébreux au sortir de l'Egypte. Nous nous souvenons alors des difficultés qu'ils rencontrèrent pour leur survie, leur organisation religieuse et la conquête de la Palestine. Nous nous souvenons également de la place centrale de Moïse pour les résoudre "par un dialogue avec Dieu". En lisant Matthieu, il importe d'être plus précis et de ne pas se contenter d'un simple repérage. Nous avons déjà parlé de l'état d'esprit qui sous-tend chez lui l'évocation des événements anciens.

1. Plusieurs livres bibliques rapportent les événements de l'Exode. Le livre qui porte ce nom fournit d’abord  le détail de la fuite et les épreuves des premières étapes, puis il s'étend sur le séjour au Sinaï. Il le présente en deux volets: conclusion de l'alliance et renouvellement de cette alliance après la rupture du veau d'or. Pour avoir la fin de l'aventure, il faut y joindre le livre des Nombres. Un autre livre, le Deutéronome (traduction grecque signifiant "deuxième loi") reprend et approfondit les traditions que rapporte le premier. Il a été écrit beaucoup plus tard à l'intention des descendants qui sont désormais installés en Palestine. Il se présente sous forme d'une longue élaboration littéraire qui déborde le récit initial et cherche à éclairer la destinée du peuple juif de Moïse à l'exil.

2. A partir des "renseignements" que fournissent ces différents livres a été tirée la présentation coutumière qu'une première formation inscrit dans les esprits au cours du catéchisme. Il s'agit d'une présentation simplifiée. Les écrits sont beaucoup plus complexes, ils entremêlent diverses traditions et surtout ils impriment à leur rédaction une forte dose de symbolisme.

La "clarté" de la présentation de Matthieu ne doit donc pas nous laisser croire à une même "clarté" dans la présentation biblique. Bien que l'évangéliste fasse loyalement appel à des textes anciens, le mérite de l'enchaînement "logique" des trois tentations lui revient. Il s'agit là d'un travail "rabbinique" selon les méthodes en usage chez les commentateurs juifs. Nous avons déjà parlé de ce modèle de pensée juif. Matthieu part du témoignage ultérieur qu'a vécu Jésus et il nous invite à percevoir son lien de "continuité et rupture" avec le passé.

Nous ne pouvons donc être étonnés d'un ordre de présentation qui prend beaucoup de liberté avec les textes bibliques. Il paraît suivre globalement l'ordre du récit de l'Exode, mais il emprunte les citations d'Ecritures au livre du Deutéronome selon un ordre inverse à l'exposé de ce livre. En citant la première référence selon le texte grec, il introduit le thème de la Parole qui désignera par la suite l'enseignement de Jésus.

3. De l'ensemble des traditions anciennes se dégage un schéma "touristique" en trois temps: fuite jusqu'au Sinaï… séjour au Sinaï en deux volets : conclusion de l'alliance et renouvellement après la déviation du veau d'or… difficile conquête de la Terre Promise… Il apparaît de plus en plus que ce schéma a été reconstitué par les auteurs israélites qui ont regroupé les traditions aux environs de l'exil. Mais, il apparaît également de plus en plus que l'esprit de cette reconstitution n'a pas été celui d'une enquête historique. S'il en était besoin, l'absence de résultats positifs au terme des fouilles archéologiques le confirme aujourd'hui. Il est de plus en plus évident que le déroulement de toute vie humaine a influencé symboliquement ce travail littéraire.

Quarante ans n'était-il pas le chiffre habituel qu'on accordait à une génération… l'existence humaine n'est-elle pas un "exode" de la naissance au repos final en "paradis"… les obstacles qui surgissent sur cette route ne peuvent-ils pas être groupés autour des trois thèmes: affronter l'existence concrète et donc se situer par rapport à soi-même, choisir un idéal et donc se situer par rapport à Dieu, participer à la civilisation ambiante et donc se situer par rapport aux autres.

Matthieu avait-il reçu sa formation juive dans un cadre qui percevait ainsi la rédaction ancienne ou le contact avec Jésus l'a-t-il rendu plus sensible à cette vision du passé?… Nous ne le savons pas mais il est certain que  cet état d'esprit  nourrit sa composition.

4. Le symbolisme des " trois épreuves" comme épreuves universelles qui affectent toute vie humaine est donc à situer à un carrefour. Les anciens les avaient déjà abordées dans ce qui apparaît comme le schéma directeur du livre de l'Exode: "contestations" à propos de la nourriture… difficultés pour admettre un sens de Dieu qui ne soit pas celui du "veau d'or"… lutte contre les contaminations inévitables au milieu de civilisations ambiantes étrangères.

De par son incarnation, Jésus s'y est trouvé affronté. Comme l'écrit l'auteur de la lettre aux Hébreux (2/14) : "puisque les hommes avaient en commun le sang et la chair, il y participa pareillement" et le même auteur éclaire notre passage en précisant "en vue de réduire à l'impuissance celui qui a puissance de mort, c'est-à-dire le diable, et affranchir tous ceux qui, leur vie entière, étaient tenus en esclavage."

En raison de sa sensibilité juive, de sa sensibilité chrétienne et de sa sensibilité humaniste, Matthieu ne pouvait que composer le passage que nous lisons en "éclairage préliminaire" au témoignage public de Jésus.

Piste possible de réflexion : déjouer les "mirages" qui menacent nos routes humaines…

Lorsqu’arrive le premier dimanche de carême, il importe de prendre quelques instants pour bien "accrocher" notre montée vers Pâques à la réflexion que nous avons poursuivie depuis le changement d'année liturgique. Les multiples recommandations et autres appels qui monopolisent les commentaires, risquent de constituer une vague déferlante qui submerge les valeurs dont un nouvel évangéliste avait commencé à nous enrichir.

1er point: Rappelons d'abord les points communs aux différentes compositions qui rapportent le séjour de Jésus au désert. Il est bon de rappeler quelques éléments pour mieux percevoir l'originalité de Matthieu

1. Nous n'avons pas là un enregistrement de dialogues perceptibles par un quelconque témoin. Il ne s'agit pas plus de confidences ou de révélations que Jésus aurait faites à ses amis lors de leur vie commune. A l'évidence il s'agit d'un texte symbolique dont il faut situer avec exactitude le réel qu'il cherche à traduire.

Il paraît naturel que Jésus ait aspiré à un temps de réflexion entre sa vie professionnelle et son engagement de prédication. Alors qu'il décidait de donner à sa mission une orientation plus explicite, ces jours ne pouvaient se situer qu'en dominante de l'Esprit dont il vivait depuis toujours. Mais, c'est après la résurrection, en partant de souvenirs qui portaient sur la totalité de "ce qui avait été vu et entendu", que les apôtres ont perçu l'homogénéité du témoignage et ont cherché à l'exprimer.

2. Bien entendu, des dates assez précises surgissaient dans leur mémoire et il était normal qu'ils les mentionnent. Bien entendu, ils étaient sensibles à la richesse de la pensée et ils s'apprêtaient à en développer longuement les "lignes de force" et les nuances. Mais, ce qui les impressionnait au plus haut point, c'était la volonté personnelle qui avait orienté et dominé le cours des événements. Cette volonté ne s'était pas forgée au hasard des circonstances. Même si cette détermination s'était de plus en plus affirmée, il était possible de repérer dès l'origine les choix précis qui émanaient d'une mûre réflexion. La tournure dramatique qu'avaient pris ensuite les événements faisaient ressortir leur permanence, leur orientation et surtout leur "source personnelle". C'était là le fil conducteur qui allait guider la présentation du détail concret concernant le témoignage.

3. Les évangélistes assignent donc à l'épisode du désert une "fonction bien précise". Il ne s'agit pas pour eux d'un vague renseignement, ni d'un simple prologue littéraire, il s'agit d'un éclairage qui vise à faciliter l'interprétation des actions et des paroles qui seront ensuite présentées. Celles-ci concerneront l'engagement concret de Jésus, mais, du fait de circonstances marquées par le contexte de l'époque et de la région, leur sens risque de ne pas apparaître clairement ou de susciter un commentaire trompeur.

Les auteurs précisent donc, par avance, la ligne de réflexion de Jésus,  qui doit être la nôtre lorsque nous avons tendance à hésiter dans le commentaire. Il ne suffit pas "d'admirer" le témoignage de Jésus, il s'agit de repérer les options, nettes et précises qui furent les siennes.

2ème point : Tout ce que nous avons dit précédemment sur Matthieu  permet de compléter cette première approche

Nous avons mentionné une des clés du premier évangile, à savoir l'enchaînement qui caractérise sa pensée. L'ensemble est dominé par l'admiration profonde que l'auteur porte à Jésus en raison de la densité d'humanité qui ressort de son témoignage historique. Matthieu en a été profondément marqué au plan personnel, mais, pour lui, il ne peut être question de s'enfermer dans les souvenirs. Il rebondit sur eux en une double direction : le passé et l'avenir.

Le cadre historique de ce témoignage le pousse à mettre cette réalité vécue en lien avec le passé de son peuple, le passé des promesses faites aux ancêtres, le passé des valeurs portées par la Loi et les prophètes, la longue histoire d'une attente. Selon un modèle de pensée sémite familier à sa première formation, il inscrit le témoignage de Jésus dans le mouvement de l'histoire. Passé, présent et avenir s'enchaînent. A ses yeux, Jésus n'a pas annulé les valeurs que la spiritualité biblique portait déjà, en contraste avec le paganisme ambiant. Bien au contraire, il les a portées à leur "accomplissement"… Ce dont il témoigne peut et doit être lu dans ce sens.

Cette progression par rapport au passé l'invite à poursuivre le mouvement vers l'avenir. Jésus avait certainement orienté ses amis vers de nouveaux horizons et les premiers succès en milieu païen incitaient à cette ouverture. Mais Matthieu y était d'autant plus sensible que la tournure d'esprit juive suggérait la présence de germes d'avenir dans toute situation présente.

L'histoire juive avait été l'exemple même d'une première évolution en humanisme. Les prophètes avaient beaucoup œuvré pour faire émerger leur peuple des pesanteurs qui marquaient les civilisations ambiantes. Ils avaient ainsi dégagé trois points de contaminations dont ils percevaient l'universalité, personnelle et collective: le matérialisme, le paganisme et la violence. Leurs efforts avaient revêtu l'aspect d'un long combat pour les prévenir et les résultats avaient été loin de répondre à leurs attentes. Aux environs de notre ère, force est de reconnaître que ces mêmes pesanteurs avaient infiltré l'idéal que traçait la Loi et l'avaient rongé en replis nationalistes et religieux... Pourtant, dès les origines, la pensée juive avait élargi les horizons de l'histoire.

L'engagement de Jésus était donc intervenu dans un cadre historique dont les grandes lignes étaient déjà tracées, même si c'était en constatation d'impuissance et souvent d'échec. Avec le recul que lui donne une réflexion nourrie de souvenirs précis, Matthieu situe cet engagement comme une deuxième évolution proposée à l'histoire des hommes. En assumant personnellement notre condition et en la revêtant d'un style nouveau, Jésus avait amorcé une progression en humanisme et l'on pouvait situer celle-ci en révélation ultime. Malgré des ruptures et des choix inévitables, ce témoignage s'inscrivait dans la continuité du passé mais il ouvrait également la marche vers le futur.

3ème point : Il nous est alors facile de saisir la portée du cadre dans lequel Matthieu développe sa pensée. Les "impasses juives" lui paraissent susceptibles "d'éclairer" à la fois les "points sensibles" de l'action de Jésus et les "impasses universelles"

1. Il reprend donc en "toile de fond" ce qui constitue le cœur de l'histoire juive, à savoir l'aventure de l'Exode. Il suppose connu le schéma qui résume cette période. Après avoir opéré leur libération d'Egypte, Moïse avait conduit les hébreux à travers le désert et ils y étaient restés quarante ans avant d'entrer dans la Terre Promise. Le livre de l'Exode présentait cette "aventure" en trois volets marqués chacun d'une épreuve… Sur les premières étapes avait pesé l'épreuve de la faim, elle avait été résolue par l'eau jaillie du rocher et le don de la manne… Le mont Sinaï avait été ensuite le lieu privilégié où Dieu avait parlé à Moïse et lui avait dicté la Loi, mais la déviation du veau d'or avait altéré l'alliance et exigé son renouvellement… La dernière partie de l'itinéraire avait été parsemée de doutes et de craintes devant la puissance des nations qui occupaient la Palestine, l'épreuve politique s'amorçait …

2. Nous avons tendance à réduire cet Exode à une simple migration. Il en était tout autrement pour les auteurs qui, au 8ème siècle avant notre ère, rassemblèrent de vieilles traditions. Le don de la Loi restait au cœur de cet Exode, mais il lui était donné une perspective beaucoup plus vaste que le moralisme de dix commandements. Quarante ans n'était-il pas le chiffre habituel qu'on accordait à une génération… l'existence humaine n'est-elle pas un "exode" de la naissance au repos final en "paradis"… les obstacles qui surgissent sur cette route ne peuvent-ils pas être groupés autour des trois thèmes qu'illustrent les principaux épisodes: affronter l'existence concrète et donc se situer par rapport à soi-même, choisir un idéal et donc se situer par rapport à Dieu, participer à la civilisation ambiante et donc se situer par rapport aux autres.

L'esprit de cette reconstitution n'avait pas été celui d'une enquête historique. En fait, ce que nous prenons pour des épisodes de détail est chargé d'un symbolisme universel. Matthieu témoigne donc d'une grande fidélité à l'égard des anciens lorsqu'il fait ressortir trois "épreuves" dont les résonances concrètes et universelles sont incontestables.

3. Nous en venons ainsi au texte d'aujourd'hui. Il est certain que nous ne sommes pas familiers du vocabulaire employé et de la tournure habituelle des discussions rabbiniques à partir des références d'Ecriture. Il est donc nécessaire d'atténuer ce décalage pour bien percevoir les nuances de la présentation.

Le mot tenter a pris un sens péjoratif. En expression juive, il évoquait simplement une "épreuve", c'est-à-dire une situation qui amène une personne ou un groupe à révéler la réalité profonde de son "être", au delà des apparences. Par le jeu de la liberté, la réaction face à l'épreuve explicite la "vraie" personnalité. En ce sens, point n'est besoin de recourir à un petit diablotin. Le cours habituel de l'existence se présente en "épreuve permanente" puisqu'il nous situe face à nous-mêmes, face à Dieu et face aux autres.

Ce passage en appelle au style habituel des controverses rabbiniques et nous ne devons pas nous étonner de voir le diable très expert en joutes orales concernant les Ecritures. Les enseignants juifs procédaient toujours ainsi. Tous accordaient une importance prioritaire à la Torah, la Loi écrite. Mais leurs discussions portaient sur son interprétation et sa mise en œuvre pratique, ce qu'ils appelaient la Loi orale et cherchait à répondre à l'évolution des temps.

4. Concrètement, Matthieu unit plusieurs perspectives.

= Il rappelle les échecs passés. Il reprend le schéma du livre de l'Exode et y concentre l'approfondissement ultérieur qui s'exprime dans le livre du Deutéronome. De ce fait, il les souligne doublement et il invite à y réfléchir.

= Il dénonce les fausses espérances que pouvaient entretenir certains milieux judéo-chrétiens. Au temps de la rédaction, la destruction de Jérusalem est effective, mais, comme au retour de l'exil, il n'est pas utopique d'envisager une reconstruction du judaïsme qui ouvrirait un avenir religieux et politique. Certains textes prophétiques n'évoquaient-ils pas la domination du peuple choisi au terme de l'histoire humaine?

= L'auteur de formation juive s'attaque à la racine de ces illusions en présentant une autre interprétation qui respecte tout autant la lumière des Ecritures. La référence de ce dialogue aux premiers chapitres de la Genèse est évidente. En éclairage du premier thème, Matthieu évoque la Parole créatrice et le style de la mission que l'homme a reçu de Dieu dès l'origine… En éclairage du deuxième thème, il évoque les rapports de proximité qui devaient éclairer l'épanouissement personnel et qui ont été bouleversés par la "tentation" originelle … En éclairage du troisième thème, nous pensons à l'esprit de domination que souligne la suite des récits bibliques, depuis le meurtre d'Abel jusqu'au rêve de Babel.

= En cette joute oratoire, l'évangéliste glisse la perspective chrétienne en continuité et rupture avec le passé. Dans la suite de son œuvre, il reprendra abondamment le thème de la Parole. Nous avons eu, dans le Sermon sur la montagne, un premier exemple des regroupements qui mettent en évidence cette richesse. Et les paraboles ne feront que renforcer cette priorité de la Parole, semence et levain à engager dans le concret de l'existence.

Le refus de la grandiloquence du Temple et du partage de la condition humaine commune ressortait de tout ce qui était dit de la manière dont Jésus avait été "engendré" et reconnu par déplacement de Jérusalem à Bethléem. Matthieu ne manquera pas de "glisser" dans la présentation qu'il fera de la vie publique de multiples précisions à ce sujet.

Seule, la troisième "tentation" se doublait peut-être d'une préoccupation concernant la construction de l'Eglise. A ce moment, l'évangéliste ne disposait que des hésitations de la première communauté dans un contexte où le monde politique marquait son refus de toute influence. Nous connaissons l'importance que prendra cette "tentation" par la suite dans le monde occidental.

4ème point : l'universalité qui éclaire nos routes humaines

Pas plus que Jésus, pas plus que les penseurs juifs antérieurs, pas plus que nous-mêmes, Matthieu ne "crée" les trois secteurs qui ressortent de ce passage. Ceux-ci ne viennent pas de l'extérieur, ils sont notre lot quotidien. La pensée juive les avait sortis de l'ombre. C'est sous cet angle que Jésus les a abordés et définitivement éclairés.

Son exemple ne nous suggère pas d'abord un engagement à l'action… bien entendu, il l'entraîne. Mais auparavant, il nous invite à réajuster les conceptions qui guident et animent cet engagement pour lui donner toute son efficacité. Car ces trois "mirages" peuvent être inconscients. La saturation de biens matériels ou d'activités fort légitimes risque d'étouffer la nécessité de "faire le point" et de nous référer au témoignage de Jésus afin de ne pas nous égarer dans des impasses ou des sables mouvants. La formation chrétienne que nous avons reçue et un environnement vaguement religieux risquent d'entretenir en nous le sens d'un Dieu faussement transcendant, nous dispensant des "risques" de notre humanité et de celle des autres. Notre propre dynamisme risque de nous rendre impatients et de nous entraîner à composer ou à brûler les étapes inhérentes à la condition humaine.

Table de vie

Ce tableau en cinq colonnes pourra vous servir pour traverser les épreuves de la vie et mieux combattre les mirages qui nous guettent et sortir des impasses où nous nous engouffrons.

Cinq colonnes : la première à gauche résume les trois tentations du Christ au désert, les suivantes rapportent successivement ces trois épreuves à l’expérience de salut des juifs, l’expérience vécue par chacun de nous, son enracinement dans le texte symbolique de la Genèse  et enfin les perspectives d’action évangélique et missionnaire qu’elles ouvrent.

Tentation.

Séjour de Jésus dans le désert.

Impasse juive.

Exode, désert, terre promise.

Schéma touristique en 3 temps.  3 épreuves.

Impasse universelle.

Symbolisme des épreuves juives affecte toute vie humaine.

A la racine de nos illusions : la Genèse.

Impasses personnelles

3 pesanteurs qui marquent l’homme et la civilisation

Sortie d’Egypte

Séjour Sinaï (alliance et renouvellement de l’alliance après le veau d’or)

Difficile conquête de la terre promise

40 ans : 1 génération

Existence humaine : un exode entre naissance et paradis

Obstacle sur cette route : 3 thèmes.

Parole créatrice de Dieu

Serpent

Violence : Abel / Babel

3 mirages inconscients

Tentation matérialiste

Matérialisme et poids des questions matérielles

1) Egypte Sinaï

Epreuve de la faim. Contestation à propos de la nourriture ;

Résolue par l’eau jaillie du rocher et le don de la manne

1) Affronter l’existence concrète.

Se situer par rapport à soi-même.

1) Mt évoque la parole créatrice et le style de mission que l’homme a reçu dès l’origine

1) Saturation des biens matériels, des activités légitimes risquent d’étouffer la nécessité de de nous référer au témoignage de Jésus afin de ne pas nous égarer dans des impasses ou des sables mouvants

Tentation religieuse (déiste)

Paganisme

Rêves qui émanent souvent des conceptions religieuses

2) Mont Sinaï

Epreuve des déviations religieuses

Lieu privilégié : Dieu parle à Moïse et dicte sa loi ; mais déviation de veau d’or altère l’alliance et exige son renouvellement

Difficulté pour admettre un sens à Dieu qui ne soit pas celui du veau d’or

2) Choisir un idéal

Se situer par rapport à Dieu

2) Mt évoque les rapports de proximité avec Dieu qui doivent éclairer l’épanouissement personnel et qui ont été bouleversés par la tentation originelle

2) Formation chrétienne reçue et un environnement vaguement religieux risque d’entretenir en nous le sens d’un dieu faussement transcendant nous dispensant des risques de notre humanité et de celle des autres

Tentation politique

Violence

Désir de domination qui contamine le rapport aux autres.

3) Terre promise

Epreuve politique

Doutes et craintes devant la puissance des nations qui occupent la Palestine

Lutte contre les contaminations inévitables au milieu des civilisations ambiantes étrangères

3) Participer à la civilisation ambiante.

Se situer par rapport aux autres

3) Esprit de domination que souligne la suite des récits bibliques depuis le meurtre d’Abel jusqu’au rêve de Babel

3) Notre propre dynamique risque de nous rendre impatients et de nous entraîner à composer où à brûler les étapes inhérentes à la condition humaine

 
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