Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : Fête de la Famille de Jésus

 

Actualité

Références aux autres années liturgiques

En Année A, le texte d'évangile est emprunté à Matthieu et porte sur la fuite en Egypte. Il parle de tout autre chose que la famille puisqu'il s'agit de présenter Jésus comme un nouveau Moïse qui récapitule l'aventure du monde et d'Israël depuis la création.

Nous prenons nos distances avec ce texte et orientons la réflexion possible vers une approche actuelle : Parents et foi chrétienne - 1ère source : un état d'esprit centré sur la personne, la valeur et le devenir de chacun - 2ème source : le "vivier" pédagogique de l'Evangile - 3ème source : une "adaptation concrète" permanente dans le cadre de la messe.

En Année B, le texte d'évangile est emprunté à Luc et porte sur la présentation de Jésus au Temple. La célébration a été jusqu'à présent supplantée par la célébration de la maternité de Marie. La réflexion est donc à venir.

Evangile

Evangile selon saint Luc 2/41-52

A6. "visitation" de Jésus au Temple composition en anneau

datation d'ensemble:  

le petit enfant croissait et se fortifiait, s'accomplissant en sagesse et la grâce de Dieu était sur lui.

Premier mouvement : croissance de la personnalité de Jésus  

1er temps : bases religieuses traditionnelles

ses parents faisaient route chaque année vers Jérusalem à la fête de la Pâque

quand il arriva douze années, comme ils montaient selon la coutume de la fête et qu'ils avaient terminé les jours, pendant qu'ils retournaient,

2ème temps : dépassement du cadre rituel

Jésus, l'enfant, demeura en arrière, à Jérusalem et ses parents ne le connurent pas

S'étant imaginé qu'il était dans la caravane, ils allèrent un jour de chemin et ils étaient à sa recherche parmi ceux de leur parenté et leurs connaissances

Ne l'ayant pas trouvé, ils retournèrent à Jérusalem, étant sans cesse à sa recherche

3ème temps : à la source de la pensée juive

il arriva, après trois jours, qu'ils le trouvèrent dans le Temple étant assis au milieu des enseignants et en train de les entendre et de les questionner

à la racine des anneaux suivants

Et tous ceux qui l'entendaient étaient hors d'eux-mêmes à cause de son intelligence et de ses réponses.

Deuxième mouvement : le "mystère" de la personnalité de Jésus

1er temps : conscience "personnelle" de sa filiation divine

L'ayant vu, ils furent stupéfaits et sa mère lui dit :

" Enfant, pourquoi nous as-tu fait ainsi ? Vois : ton père et moi, étant tourmentés, nous te cherchions "

Il dit : " Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? "

Et eux ne comprirent pas la Parole qu'il leur avait dite .

2ème temps : vécue dans le cadre humain de toute éducation

Et il descendit avec eux et il vint vers Nazareth

et il leur était sans cesse soumis.

Sa mère conservait constamment toutes les Paroles dans son cœur

fermeture de l'ensemble Jésus

Jésus grandissait en sagesse, en taille et en grâce chez Dieu et chez les hommes

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Malheureusement, les choix liturgiques de l'année C appellent les mêmes critiques et les mêmes réserves que ceux de l'année A. Nous ne pouvons qu'acquiescer au thème proposé qui est celui de la famille. Au terme de l'année écoulée après les orientations de la rentrée de septembre, en connaissance plus exacte des possibilités grâce à la lecture des premiers carnets scolaires, une réflexion s'avère judicieuse.

Mais les deux premières lectures sont dépendantes des conditions culturelles qui étaient celles de leur milieu et de leur temps. Il est évident que des évolutions importantes sont intervenues et il serait coupable que les parents ne les prennent pas en compte. L'attitude chrétienne n'a jamais consisté à reproduire des modèles standards sur cette question comme sur beaucoup d'autres. Bien au contraire…

Quant au texte d'évangile, il n'est pas loyal d'appuyer sur lui une réflexion "sérieuse" concernant la famille. Il parle d'autre chose et il importe de ne pas tomber dans le travers passé qui "jonglait" avec les textes. Ceux-ci ne doivent pas être réduits à de simples illustrations faussement justificatives d'une "pensée conventionnelle". Les rapprochements entre l'acte de "rupture" que pose Jésus et la crise d'adolescence des jeunes doivent être nuancés en raison de la perspective très précise que se fixe l'évangéliste.

L'épisode est centré sur Jésus et son "mystère. La sagesse dont Jésus fait preuve en cette occasion présage du rôle qu'il remplira plus tard. L'intelligence qu'il a de la volonté divine à son égard jette quelque lueur sur le lien mystérieux qui l'unit au Père. Cet épisode permet d'en fixer très tôt la conscience et l'étonnement de son entourage élimine toute influence "artificielle" de son milieu à ce sujet.

Il peut être cependant utile pour les parents de ne pas faire l'impasse sur une réflexion qu'ont pu raviver les conditions favorables des fêtes. Au cours de l'année liturgique, les textes n'en donnent pas souvent l'occasion alors qu'il s'agit d'un engagement permanent pour une grande majorité de fidèles.

Nous ne cherchons pas à dissiper systématiquement la morosité qui prévaut actuellement. Mais nous croyons que les chrétiens disposent "d'atouts" liés à l'originalité de leur foi. Il ne leur est pas facile de les discerner car ils sont liés au renouvellement qui dégage peu à peu l'humanité de l'évangile des séquelles déistes. En outre, les bouleversements évidents qui marquent notre civilisation provoquent souvent une peur instinctive et contrarient toute velléité de recherche.

Piste possible de réflexion : chrétiens face à l'animation de leurs familles, aujourd'hui…

En entendant le texte de ce dimanche, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à nos situations personnelles ou à celles de nos proches lorsque les enfants grandissent et que nous voyons ces "chers petits" prendre leur envol vers leur épanouissement adulte. C'est un lieu commun de constater les ruptures qu'engendrent les mutations actuelles. Il ne manque pas de bonnes analyses pour en parler, mais le rythme de la vie moderne est tel que nous manquons souvent de temps et d'ambiance pour les "assimiler" et surtout en éclairer des cas personnels très diversifiés.

Nous pouvons donc profiter de ces quelques instants pour "respirer" lucidement en ambiance de foi. A chacun de puiser dans ces quelques éclairages avec beaucoup de liberté. Précisons simplement que nous le faisons entre parents chrétiens soucieux de vivre leur foi alors que leurs enfants arrivent au temps de l'adolescence. Il est certain que le temps de la petite enfance et le dialogue au temps adulte se présentent sous des aspects différents. Aujourd'hui l'importance de l'adolescence vient du fait que des conditions nouvelles ajoutent aux préoccupations qui l'ont toujours affectée mais que le passé semblait avoir tempérées.

Beaucoup évoquent ces conditions nouvelles en insistant sur les bouleversements qu'elles provoquent. Ils n'ont pas tort et il n'est pas question de se bercer de fausses espérances. Effectivement, la situation actuelle va souvent à l'encontre de l'idéal que, très légitimement et très spontanément, de nombreux foyers s'étaient fixés. Les serrures sont brisées et les échos de l'univers envahissent la maison. Les enfants poussent, non plus dans un jardin, mais en plein vent, pour ne pas dire en pleine tempête et il s'avère bien difficile de filtrer leurs fréquentations. L'influence parentale est submergée par le flot incohérent des influences extérieures… L'autorité est présentée comme une forme d'oppression… etc…

Pourtant, les évolutions vont-elles toutes dans un sens négatif ? De façon peut-être indirecte, d'autres évolutions contemporaines ne fournissent-elles pas de nouveaux instruments susceptibles d'aborder ce torrent sous un angle d'attaque moins destructeur ? Un torrent est susceptible d'entraîner tout sur son passage, mais son énergie peut aussi être convertie en meilleure utilisation. Il ne s'agit pas d'un miracle, il s'agit d'une réflexion calme et d'un travail d'adaptation. En raison de l'originalité de leur foi, les chrétiens sont plus à même de se préciser ce renouvellement. Sans chercher à en préciser toutes les virtualités, nous pouvons en esquisser quelques-unes.

Un premier point positif : les deux "sources" en matière d'éducation chrétienne …

Dans la manière d'aborder le domaine familial, il semble que se dissipe peu à peu la séparation abrupte que l'on évoquait autrefois entre valeurs chrétiennes et valeurs humaines. Au plan personnel de leur activité adulte, la majorité des chrétiens ont équilibré ces deux dimensions sans nuire à l'une ou à l'autre. Face à leurs enfants, il est légitime qu'ils se posent la question. Doivent-ils envisager deux domaines distincts, la formation d'une personne humaine, capable de vivre et de s'épanouir dans le monde… et la formation d'une personne chrétienne, s'ouvrant à Jésus-Christ et s'intégrant à la communauté de l'Eglise ?

Au nom d'une référence au témoignage "historique" du Christ, quelques évidences se sont maintenant imposées :

1. Dans la foi chrétienne, il est très ambigu d'opérer une séparation entre valeurs qui seraient chrétiennes et valeurs qui seraient humaines. Il est plus exact de parler de "secteurs" de vie dont les activités peuvent être différenciées, mais dont les acteurs participent à une même humanité. Toutes les valeurs, surtout en éducation, sont des valeurs humaines parce que vécues par des parents humains en faveur de futurs hommes et femmes qui en animeront leur pensée et leurs engagements.

2. La foi chrétienne n'échappe pas à cette condition. Elle y échappe d'autant moins qu'elle situe le Christ et son témoignage au centre de ses références. Une plus grande attention à la matérialité historique des évangiles a fortement enrichi ce témoignage en densité d'humanité. L'incarnation a cessé d'être un dogme pour revêtir un visage. Personnellement, Jésus a concrétisé une unité entre humain et divin et il l'a intégrée à la mission de service qu'il fixait à ses disciples. Il ne les a ni retirés, ni séparés du monde. Il les a envoyés poursuivre une même mission d'humanité au nom de leur foi en Dieu créateur.

3. Par ailleurs, les sciences humaines se sont libérées de l'ambiance confuse qui avait marqué leur émergence. Leurs conclusions mêlent désormais rigueur d'analyse et nuances d'application. Le sens de la personne et de son "mystère" prédomine face aux "profondeurs" de tout être pensant. En outre, malgré le style rapide des revues, elles permettent à un grand nombre d'aller au delà d'un jugement sommaire.

Les parents chrétiens bénéficient donc d'une double "source" pédagogique. Ils n'ont aucune raison de suspecter les conseils judicieux utiles en toute activité d'éducation. Non seulement il leur est possible de s'y référer, mais ils y trouvent confirmation de la densité évangélique. Celle-ci ajoute harmonieusement son caractère "vécu" en rayonnement de Jésus et encourage à investir comme lui pour mettre en valeur des dynamismes souvent cachés. C'est bien ce même Jésus qui accompagne de son Esprit les parents au long de leur réflexion. Il s'ensuit une nouvelle attitude de confiance et de partage. Point n'est besoin de se tourner vers le ciel pour demander une suppléance ou une heureuse échéance. Il leur suffit de laisser "venir à eux" ce double courant.

La foi ne supplante donc pas le travail de réflexion qui s'impose spontanément à ceux qui se sentent responsables d'un avenir. Elle le soutient et l'anime, en même temps et dans la même mesure où il se nourrit d'affection et de pédagogie, toutes deux richesses humaines.

3. Ce qui est exact, c'est que la foi chrétienne privilégie certaines valeurs humaines, au point d'en faire des exigences pour tout chrétien. Elle projette les intéressés vers ces valeurs à un double titre : elle y voit d'abord un programme épanouissant pour chacun en particulier et pour l'humanité en général. Elle fait en outre de la référence au Christ et à son témoignage le centre de la foi.

Un deuxième point positif : foi de l'enfant différenciée de la foi des parents …

Pendant longtemps, en raison d'une relative stabilité des civilisations, l'éducation chrétienne a été présentée avant tout comme une transmission de la foi. Les choses allaient de soi : après un temps d'apprentissage, la foi des enfants ne pouvait que rejoindre la foi des adultes et s'intégrer à la communauté qui en vivait. Beaucoup auraient été choqués si l'on avait évoqué la nécessité de susciter la foi et surtout d'en diversifier le visage pour mieux traduire son rapport à la situation concrète de ceux qui s'y réfèrent.

Nombre de parents en restent à cette conception en évoquant son efficacité passée. Ils considèrent la foi chrétienne sous l'angle d'un "système" fondé sur un enseignement moral et une pratique religieuse. C'est en cet esprit d'ailleurs que certains en vivent personnellement. Ils comptent donc sur la valeur de cet exemple pour que leur enfant entre dans la "structure" chrétienne et en accepte les contraintes comme les avantages. A leurs yeux, leur responsabilité se limite à l'information et à une "mise en route" progressive." Nous faisons notre devoir ! Plus tard, il fera ce qu'il voudra !"

Fort heureusement, d'autres parents ont conscience que la foi chrétienne éclaire de façon plus positive le cheminement et l'objectif qu'elle fixe en chemin-vérité-vie accessible à chacun. Il est possible de discerner trois secteurs où la foi joue son rôle, selon des modalités dont il ne sert à rien de tamiser les différences, particulièrement au temps de l'adolescence.

1. Au départ, il importe de mentionner ce qui concerne la foi des parents. Certes elle est acquise mais elle se trouve supplémentée et modulée par le "champ nouveau" qu'ouvre l'éducation d'un enfant. Même si les étapes en seront progressives, elles ne sont pas prédéterminées. Il va s'agir de créer une ambiance familiale qui facilite l'éveil du petit… puis il s'agira d'aider à la formation de sa personnalité en harmonie avec le monde ambiant… enfin, s'ouvrira l'immense chantier de l'adolescence, temps incertain "d'échange et dialogue" qui en appellera aux valeurs profondes que les parents portent en eux.

2. Au long de ce parcours, il est impossible que ne se soit pas opéré, dans l'esprit des parents, un clivage entre le visage de la foi dont ils vivent et le visage de la foi dont ils pensent qu'elle correspondra à une nouvelle époque. A juste raison, ils prennent conscience de la souplesse de la foi chrétienne et de son originalité d'évolution.

Dans le domaine religieux encore plus que dans les autres secteurs éducatifs, une image est amenée à disparaître. L'apparente stabilité des civilisations passées a souvent engendré dans les esprits le "rêve" d'une construction solidement implantée à laquelle chaque génération ajouterait un étage supplémentaire en apportant à l'ensemble un minimum de modification. Or cette image se révèle inadéquate en transmission de la foi chrétienne. Elle doit céder la place à une autre image, celle de la croissance discrète qui règle la continuité de la nature. Jésus l'a souvent suggérée dans ses paraboles et nous percevons la mise en garde qu'il nous signalait.

A la manière d'une graine - ou, plus techniquement, d'une "marcotte" - les parents transmettent un "pouvoir de vie", un patrimoine qui va bien au delà de ce qu'ils en perçoivent. Leur première activité consiste à l'implanter, à lui faire prendre racine dans le terrain de leur couple, représentatif d'une nouvelle "aventure". Cet enracinement est indispensable, le jardinier peut le faciliter, mais, pour une part, il lui échappe, car il jaillit des profondeurs les plus secrètes de la personne. C'est alors qu'apparaissent feuilles, fleurs et fruits, selon un enchaînement de croissance sur lequel il est bien difficile d'avoir prise. Il en est de même des aléas de l'environnement. Leur menace demeure en permanence à l'encontre des soins qui sont patiemment apportés. En quelques instants ils sont susceptibles de ruiner bien des espérances.

Vient ensuite le temps de la récolte. Mais tout au long de ce parcours, il est difficile de préciser les multiples visages qu'ont adoptés le bouillonnement et l'influence de la sève. Ainsi en est-il de la foi au temps de l'adolescence. Elle a le visage imprécis qui marque la plupart des orientations pré-adultes. La foi des parents leur suggère à eux-mêmes les multiples soins qui sont envisageables au titre d'une pédagogie "globale". Mais la foi de leurs enfants ne peut que leur échapper comme elle échappe souvent à l'intéressé lui-même. Elle est d'une autre nature que la foi adulte et elle est d'une autre nature que la foi de l'enfance.

3. C'est alors que vient le temps de la récolte, mais là aussi gardons-nous d'uniformiser les générations. Il est certain que, à ce moment, la foi chrétienne des jeunes adultes se rapproche de la foi chrétienne des "vieux" adultes, ce qui permet un dialogue moins animé et une communauté d'engagements. Mais, présentement, nombre de différences demeurent entre générations. La chose est sensible dans les présentations, dans les références aux évangiles et dans certaines expressions liturgiques.

Malgré leurs incertitudes, les adolescents expriment une "sensibilité" proche de celle qui leur fera militer pour des orientations nouvelles. Dès lors, il est possible de discerner dans leurs réactions quelque chose de la foi de demain. Mais il s'agira nécessairement de fruits nouveaux.

Un troisième point positif : valeurs positives d'une situation négative

Lors de nos conversations, il est facile de constater qu'il est souvent fait référence à une image "idéale" de la famille. Quelques grands traits semblent recueillir l'unanimité de nos contemporains.

a) Beaucoup présentent la cellule familiale d'abord comme un espace "protégé". Leur rêve est de la voir s'épanouir dans un pavillon de banlieue, avec son jardin et sa résidence plus ou moins ouverte sur l'extérieur. Ils ne conçoivent pas nécessairement ce domaine comme replié sur lui-même. Mais ce cadre doit favoriser des relations équilibrées, les parents ont pour mission de filtrer des influences étrangères, avec un prudent libéralisme, jusqu'au jour où les enfants pourront sans danger voler de leurs propres ailes et fonder à leur tour un nouveau foyer, centre de lumière et de chaleur pour un nouveau groupe humain.

b) Dans cet espace, l'influence parentale se doit d'être, sinon unique, du moins privilégiée. En elle se trouve renforcées - ou au contraire purifiées par la critique - les influences extra-familiales: école, relations amicales ou de loisirs, église. Un "esprit de famille" doit s'exprimer dans une adhésion aux opinions et aux croyances du père et de la mère, eux-mêmes héritiers de toute une tradition.

c) Cette influence est mise en œuvre sous forme de contrôle et d'impulsion. Elle requiert donc une autorité qui ouvre et ferme les issues extérieures. Toute baignée qu'elle soit de tendresse et d'amour, cette autorité se conçoit comme une force au service de la croissance des enfants. Comme tout pouvoir, elle comporte des éléments législatif, judiciaire et exécutif dont les parents sont dépositaires. Ils se règlent sur les grands principes qu'ils se sont fixés ou que partage leur milieu. A partir de là, ils jugent et corrigent au besoin le comportement de leurs enfants.

d) Ce modèle acquiert une valeur de solidité en étant référé à "l'expérience" du passé. Il tend ainsi à se figer selon un type déterminé admettant le moins d'altérations possibles, malgré des retouches de détails. Il contribue à maintenir une certaine cohésion entre des familles issues d'une même souche ou appartenant à un même milieu social. D'où la perception d'un appui émanant d'une large homogénéité dans les domaines de la foi comme dans ceux de la vie de l'esprit et des engagements sociaux.

Tous conviennent du "chantier" quotidien qui en résulte et qu'assument les parents. Car, pour la plupart, leur affection se charge d'un immense désir de "réussir" leur mission éducative. Ils y investissent des trésors d'intelligence pédagogique, de réflexion en couples ou entre amis, de références à leur foi. Ils se trouvent alors désorientés lorsque la "réussite" semble ne pas se trouver au rendez-vous, particulièrement lorsque les enfants arrivent à l'adolescence.

Car c'est un fait : les évolutions actuelles ouvrent une brèche dans cet idéal. Pourtant, tout en reconnaissant loyalement le "négatif" de leur influence, est-il impossible de percevoir également le positif ? Peut-être est-il plus discret, mais son impact n'en est pas moindre.

a) La famille reste le lieu privilégié où se construit la dimension intérieure propre à chaque personne. En son sein, "prennent toujours visage" les relations interpersonnelles fondamentales, la paternité-maternité, la filiation, la fraternité. Quelle que soit la physionomie "visible" de leur influence, elles dépassent le temps de leur enracinement. De façon diffuse s'édifie l'espace intérieur qui marquera à jamais la personnalité.

Nul ne peut sous-estimer l'influence du dynamisme familial pour l'équilibre et la vitalité de cet espace. Il reste un "mystère" en raison de la complexité des facteurs auxquels il recourt. Son analyse se limite nécessairement à une expression extérieure parfois difficile à déchiffrer. Il n'empêche que l'apport familial s'avère être le terrain irremplaçable qui conditionne à échelle humaine le futur de chacun.

b) La famille reste également une création continue où se diffusent les valeurs d'amour. La variété et la permanence des acteurs, père, mère, frères et sœurs, contribuent à cette perception et donnent un premier témoignage de son amplitude vitale. Face aux menaces extérieures l'espace familial est plus qu'un refuge, il est le lieu spontané auquel l'enfant a recours pour trouver sa sécurité, qu'elle soit matérielle ou affective. C'est là qu'il découvre le supplément d'être auquel il aspire, d'abord intuitivement, puis consciemment.

Quelles que soient les difficultés qui surgissent pour en témoigner, l'amour conjugal continue de transmettre une force que rien ne pourra détruire totalement. Son écho ne sera jamais totalement étouffé. C'est pourquoi tout projet éducatif dépasse le simple plan pédagogique. Les sciences humaines insistent sur l'importance des multiples acteurs "naturels" qui contribuent à l'équilibre d'un nouvel être. Elles ne manquent pas de préciser les composantes charnelles, affectives, culturelles ou spirituelles, qui participent à cette harmonie avant qu'elle ne s'exprime en stabilité adulte.

c) Au sein de la famille continue de se jouer un approfondissement "tamisé" des relations sociales, ne serait-ce qu'en cohabitation de personnes différentes. Les conditions actuelles n'ont pas supprimé ce rôle. Elles invitent simplement à une attention plus grande pour l'ouverture de la famille sur l'extérieur. Les temps forts de communauté continuent d'être sources d'intimité et leur ambiance se nourrit spontanément d'échanges exclusifs.

d) Ce dialogue entre générations permet aux parents de conserver leur autorité, même si c'est de façon nouvelle. Car, pour l'essentiel, leur fonction reste identique. Il s'agit toujours de rendre l'enfant capable d'unifier sa personnalité, d'assimiler les dynamismes vitaux qui le font accéder à l'âge adulte, d'assurer la coexistence stable des libertés dont il disposera progressivement.

e) Autrefois il était courant d'éviter certains sujets lorsque les enfants se mêlaient au groupe. Ce silence est aujourd'hui impossible ou illusoire. Mais, en échange, apparaît la possibilité de doubler progressivement ces instants d'un regard et d'une réflexion qui portent sur les autres relations, alors que celles-ci sont de plus en plus nombreuses.

Un quatrième point positif : les "points d'appui" de la foi chrétienne des parents

Notre réflexion étant menée en communauté chrétienne, il est possible de nous référer plus directement à ce que nous apporte notre foi. Nous en avons déjà parlé, mais il est bon d'y revenir pour mieux saisir comme Jésus participe aujourd'hui à la route d'Emmaüs qui nous mène vers la maturité de nos jeunes.

La plus grande de nos richesses émane de l'engagement "historique" précis vécu par Jésus. Cet engagement a intégré une activité éducative, celle des apôtres et, de cette activité, est né l'avenir de l'Eglise. Certes, les évangélistes n'en ont pas tiré directement un enseignement moral ou religieux, mais ils nous en ont rapporté suffisamment de détails pour nous permettre d'observer une réalisation éducative concrète "digne d'être appelée humaine".

Nos réflexions dominicales nous mettent fréquemment au contact de cet exemple. Elles nous éclairent de son intelligence et, en nous référant à lui, nous bénéficions déjà de ses orientations pédagogiques. Pourtant il y a plus et il ne tient qu'à nous de lui donner sa pleine dimension en l'incorporant à la présence actuelle de Jésus. Car nous avons là l'essentiel du soutien divin. Comme l'écrit saint Jean de la Croix, "en Jésus, Dieu nous a tout dit et il n'est point d'autre Parole qui puisse maintenant le révéler davantage. Il importe de le regarder, lui qui ne parle plus, et nous y trouvons encore plus que nous demandons et pouvons souhaiter. Tout cela a déjà été fait et donné en une seule fois".

En rapport avec notre situation de parents, nous pouvons donc nous arrêter particulièrement à trois lignes d'espérance qui ont marqué le témoignage de Jésus : l'influence du témoignage, l'apport du dialogue, le partage d'activités

1. L'influence diffuse du témoignage

La première manière pour les parents de valoriser l'éducation qu'ils construisent consiste dans leur témoignage. Bien entendu, il ne s'agit pas de l'évoquer sans cesse, avec orgueil et suffisance. Les parents n'ont pas à cacher leurs recherches, leurs hésitations, leurs difficultés pour en dépasser les contraintes. Il ne s'agit pas plus d'exhiber devant les jeunes un masque de vertu qui ne correspondrait pas à la réalité. Il suffit d'être fidèle à la vérité. D'ailleurs, les enfants ne peuvent manquer de la découvrir à longue échéance, parfois brutalement. En outre, en la leur présentant, nous la découvrons souvent nous-mêmes avec réalisme et nous sommes ainsi amenés à y réfléchir au delà de notre dialogue avec eux.

2. L'apport du dialogue

Ce témoignage suscite normalement un besoin d'explication. En étant bien orienté, il en résulte une ambiance de sincérité permanente, rayonnant tous azimuts, entre époux, entre parents et enfants, entre les enfants eux-mêmes et avec leurs amis, entre parents et éducateurs. Il est toujours délicat de dépasser les déballages d'idées ou les confidences sentimentales, mais les adultes sont plus à même d'y intégrer la justification de décisions communautaires ou l'analyse d'opinions divergentes.

Lorsque les enfants sont jeunes, ce dialogue tend à justifier des décisions déjà prises, mais, dès que l'adolescence paraît, il est susceptible d'être plus personnel pour recueillir avis et conseils, pour bâtir des projets, en un mot pour faire participer à ce qui préfigure le monde de demain.

3. Le partage d'activités et d'initiatives

En lisant les évangiles nous pouvons trouver naturelle la présence des apôtres auprès de Jésus dès les premiers engagements de sa mission. Nous percevons que les évangélistes dénonçaient ainsi les reproches d'invention ou d'affabulation qui auraient pu être adressés à leur récit. Mais, nous pouvons repérer également une progression : explications d'abord… puis demande de services matériels multiples, que ce soit la barque de Pierre, l'hospitalité de Marthe ou de Zachée… un court apprentissage mettra au contact de la réalité dans des conditions favorables… le tout dans une ambiance positive, forgeant les tempéraments tout en évoquant un avenir "à part entière".

Malgré ses efforts pour préparer ses amis aux événements de la passion, Jésus ne pourra leur éviter le choc que représentait ce drame. Nous pouvons cependant remarquer sa discrétion sur leurs défaillances et son souci d'en appeler aux perspectives de résurrection que confirmera l'avenir…

Conclusion 

Dans une lettre pastorale qu'il envoyait à ses diocésains d'Ajaccio en 1972; Monseigneur Coffy précisait les perspectives que nous pouvons adopter en conclusion

"La transmission de la foi ne peut plus se concevoir de façon quasi automatique comme le legs d'un héritage, comportant une somme définitivement inventoriée de richesses doctrinales ou spirituelles. En rigueur de termes, la foi ne se transmet pas. Seul, l'appel à la foi peut se communiquer comme une heureuse nouvelle portée par ceux qui en vivent et sont capables d'en rendre compte.

La réponse à cet appel appartient au domaine mystérieux et incommunicable de la conscience personnelle… Dieu lui-même ne force pas cette liberté qu'il a créée précisément pour qu'elle soit maîtresse du oui ou du non. Ce respect divin de la liberté de l'homme nous a valu la croix de Jésus, mais elle nous a valu également sa résurrection…

La famille ne peut plus être imaginée comme une "chrétienté" en miniature. Elle se présente en "espace missionnaire" où le salut en Jésus est signifié à l'intérieur comme à l'extérieur. La mission éducative de la famille chrétienne est de favoriser la rencontre de la génération montante avec le Christ, mais elle ne peut prétendre plus. Aujourd'hui, la vraie question que peuvent se poser les parents semble être celle-ci : "Sommes-nous en toutes choses pour nos enfants les témoins - peut-être malhabiles mais sincères - de l'amour que le Père nous témoigne en Jésus-Christ ?"

Mise à jour le Vendredi, 04 Janvier 2013 17:51
 
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