Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : Fête de la Nativité de Jésus


Actualité

Commentaires proposés antérieurement pour la célébration de la naissance de Jésus

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Le texte d'évangile est le même, quelle que soit l'année. Rappelons que Marc et Jean, nos évangélistes "annuels" n'ont aucun texte concernant la naissance de Jésus. Le ministère de Jean-Baptiste débute leur présentation.

En Année A, une piste possible propose une réflexion "à la lumière des contrastes et des signes". Elle invite: 1. à une meilleure connaissance des faits… 2. à une meilleure connaissance du genre littéraire du récit… 3. à approfondir les contrastes: empereur dieu et nouveau-né… empereur dominateur et sauveur… 4. à prendre en compte les signes concernant l'enfant, les bergers et les anges.

En Année B, un rapprochement est suggéré avec deux caractéristiques de Marc: la présentation "chemine" de Jésus à Messie, puis de Messie à Fils de Dieu… par ailleurs, la profonde unité entre le Père et Jésus oblige à changer les idées habituelles sur Dieu. Une piste possible invite à "laisser parler" les trois temps du texte : 1. un récit très sobre au titre de l'histoire ponctuelle… 2. une concentration de l'histoire antérieure et de l'histoire postérieure… 3. un hommage à Celui qui mène l'histoire du salut.

Evangile

Evangile selon saint Luc

messe dite de la nuit

Cadre général de la naissance: datation : en ces jours-là 

Premier mouvement

1er temps : de Nazareth à Bethléem 

il arriva : un décret sortit de chez César Auguste, ordonnant que soit recensé tout l'univers - ceci fut un premier recensement comme Quirinius gouvernait la Syrie - et tous faisaient route pour être recensés, chacun vers sa propre ville

Joseph aussi monta de la Galilée, de Nazareth vers la Judée, vers une ville de David appelée Bethléem - en raison de ce qu'il était de la maison et de la famille de David - pour se faire recenser avec Marie, celle qui lui avait été accordée en mariage, qui était enceinte

2ème temps : naissance de Jésus  

il arriva, pendant qu'ils étaient là, furent remplis les jours de son enfantement - et elle enfanta son fils, le premier-né

à la racine des anneaux suivants

elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire - parce qu'ils n'avaient pas de place dans la salle d'hôtes

Démarche des bergers

Premier mouvement : annonce aux bergers schéma habituel des annonciations  

1er temps : les personnes en présence et leur situation délicate

dans ce même pays étaient des bergers, vivant aux champs - veillant sans cesse les veilles de la nuit sur leur troupeau

2ème temps : intervention du Seigneur 

l'ange du Seigneur survint à eux - et la gloire du Seigneur les enveloppa de clarté - et ils craignirent d'une grande crainte

3ème temps : l'annonce proprement dite 

l'ange leur dit : ne craignez pas, car voici : je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie, laquelle sera pour tout le peuple - il vous fut enfanté aujourd'hui un Sauveur qui est Christ Seigneur - dans la ville de David

4ème temps : le signe 

ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né, enveloppé de langes et couché dans une mangeoire

à la racine des anneaux suivants

soudain arriva avec l'ange une multitude de l'armée céleste - en train de louer Dieu et en train de dire : "Gloire dans les hauteurs à Dieu et sur terre paix parmi les hommes (objets) de bienveillance !"

messe dite de l'aurore

Deuxième mouvement : visite des bergers 

il arriva lorsque les anges se furent éloignés d'eux vers le ciel - les bergers parlaient les uns aux autres : Certes, allons jusqu'à Bethléem et voyons cette parole qui se trouve arrivée, que le Seigneur nous fit connaître

Et ils vinrent s'étant hâtés - et ils découvrirent et Marie et Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire

Troisième mouvement : double témoignage des bergers  

ayant vu, ils firent connaître au sujet de la parole, celle qui leur avait été parlée au sujet de ce petit enfant. - Et tous ceux qui avait entendu s'étonnèrent au sujet de ce qui leur avait été parlé par les bergers

Or Marie conservait avec soin toutes ces paroles, les rencontrant dans son cœur

Et les bergers retournèrent, sans cesse glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, selon qu'il avait été parlé à leur adresse.

Contexte des versets retenus par la liturgie

* Selon son habitude, Luc adopte une présentation en anneaux, mais il entremêle deux anneaux: l'un concerne la naissance de Jésus et l'accomplissement des rites juifs qui y étaient attachés… l'autre développe la démarche des bergers. Le récit qui présente le déroulement même de la naissance de Jésus est très succinct : ordre de recensement, déplacement de Nazareth à Bethléem, naissance ordinaire. Il est facile de le détacher et de constater que son "mouvement" se poursuit dans l'épisode suivant qui insistera sur la présentation au Temple avant de trouver son achèvement en retour à Nazareth. L'anneau qui présente la démarche des bergers se suffit à lui-même; il est longuement développé et constitue le centre de l'ensemble. Luc emprunte à l'Ancien Testament le schéma habituel des annonciations: intervention d'un Ange - message et signe - vérification. La mention du signe revient par trois fois et rythme le récit - la visite des bergers est suivie d'une double proclamation de leur témoignage - à l'évidence, ils anticipent le mouvement de la prédication apostolique après la Pentecôte.

* La piste que nous proposons se présente sous un jour plutôt théorique. Elle correspond à un malaise que l'on observe surtout lors de conversations avec des jeunes, mais qui n'est pas sans répercussion adulte lorsque certains contemporains tentent de justifier leur abandon de la foi. Plusieurs difficultés se concentrent…

= La première réside dans la manière dont les problèmes sont posés, ils sont cohérents avec une nouvelle sensibilité dont les caractéristiques restent encore très floues. De ce fait, beaucoup de chrétiens sont désemparés parce qu'il y a effectivement rupture avec la sensibilité qui était devenue commune et qui constitue encore l'approche des questions religieuses. Un sentiment de "vide" affecte le moral de nombreuses "bonnes volontés".

= En outre, l'évolution du vocabulaire n'a pas suivi ; ce qui ajoute à l'impression d'un dialogue de sourds. Au cours des échanges, le terrain sur lequel s'appuient certaines expressions représente pour les anciens un terrain ferme au nom du passé et d'une certaine unanimité. Pour les jeunes, c'est au contraire cette solidité que remettent en cause de nouvelles perspectives.

Ainsi, en nous limitant aux événements de Noël, nous n'entendons plus d'objections précises portant sur leur réalité historique. Il était alors facile d'évoquer la documentation dont nous disposons désormais en ce qui concerne les faits et le genre symbolique des récits. L'intérêt pour cette histoire ponctuelle tend à disparaître, mais la discussion ouvre à des questions plus vastes qui nous déconcertent sur le moment car nous n'y avons pas spécialement réfléchi.

= Actuellement, beaucoup "abandonnent" sans exprimer leurs objections ou leurs hésitations. Cette attitude rend difficile la perception de handicaps réels qui sont à l'origine de cette rupture mais qui demeurent au stade de l'inconscient. Pour vous aider à mieux les cerner, voici quelques extraits d'un article de Christian Duquoc dans Assemblées du Seigneur 9).

" Au cours de la longue histoire de l'Eglise, la finalité que poursuivaient les formulations conciliaires s'est trouvée altérée. Par nature, elles ont pour but de favoriser la juste compréhension des témoignages portés à Jésus par les apôtres, les évangélistes et les disciples. Elles impliquent donc un retour à la prédication, l'attitude et l'histoire de Jésus de Nazareth. Faute de ce retour, des spéculations hasardeuses risquent d'occulter ou de mal orienter la juste compréhension des formulations dogmatiques.

C'est pourtant ainsi que des théologiens et des spirituels précisèrent quel type de comportement et d'humanité convenait à Jésus en vertu de sa filiation divine. Ils déclarèrent ce qui seyait au Fils de Dieu fait homme, indépendamment du comportement historique de Jésus. La christologie devint ainsi, pour de nombreux théologiens mineurs, une projection de leurs images sur Dieu ou sur l'idéal humain: elle n'était pas le résultat d'une investigation portant sur l'attitude, la parole et l'histoire de Jésus. Ce fut l'idée qu'ils se faisaient de Dieu qui commanda le comportement que dut avoir Jésus, et non pas l'attitude réelle du prophète galiléen qui transforma cette idée de Dieu. Jésus fut une illustration du Dieu déjà connu, il ne le révéla pas.

Le Nouveau Testament témoigne de Jésus comme d'un homme qui, ayant fait le bien, a été livré par certains de ses contemporains pour être jugé et condamné par le pouvoir politique. C'est cet homme qui est le révélateur de Dieu, au sens où il donne à Dieu un visage humain. Celui qui le voit, voit le Père. Il est inutile d'imaginer Dieu agissant autrement que Jésus dans la situation qui fut la sienne. L'attitude et la Parole de Jésus sont les désignations concrètes de l'attitude et de la parole de Dieu. Ce Dieu, nul ne l'a jamais vu : lui, Jésus, le révèle, non par le moyen d'un discours doctrinal ou par la création d'un système philosophique, mais dans une série d'événements, de rencontres, d'actions, de paroles qui évoquent le comportement du Dieu d'Abraham à l'égard de l'humanité tout entière..."

= Nous nous sommes limités à deux "points sensibles" en raison de l'impact chrétien qu'ils conservent et de l'approche relativement facile qui peut en être faite : "l'incognito" et "l'humanité" de l'action divine. Mais il est évident que d'autres sujets ne manqueront pas d'être abordés et de susciter le désarroi entre générations.

= Une ultime remarque peut vous aider à "donner forme" à votre témoignage. Il est certain que les "solutions" aux questions nouvelles ne se présentent pas selon le mode dont nous étions devenus familiers. Il est normal qu'en un premier temps, les chrétiens conscients ressentent parfois leur situation comme inconfortable. A peine sortis des pesanteurs du passé, ils se trouvent en première ligne pour assumer un présent qui se trouve déjà influencé par le futur. Pourtant ils disposent de solides éléments "sur le fond". Il leur suffit très souvent d'un minimum d'intelligence pour "redire autrement" l'essentiel auquel ils croient, en se rappelant que cet essentiel n'a pas changé.

La présentation y fait pour beaucoup. Les progrès scientifiques ont suscité un désir légitime de précision et de justification. Nous n'avons pas à regretter cette influence à l'encontre de certaines présentations qui ont confondu foi chrétienne et crédulité. Il reste d'ailleurs beaucoup à faire dans cette remise en clarté. Mais il nous faut admettre que nous sommes déjà au delà de cette exigence de pensée.

Piste possible de réflexion : Dieu a-t-il "inventé" Noël ou Noël est-il le visage habituel de Dieu ?

Nous avons l'habitude de célébrer la fête de Noël. Et il faut reconnaître que nous le faisons de plus en plus intelligemment. La plupart des chrétiens ne cherchent pas à faire de leurs célébrations une contre-fête s'opposant à la fête des hommes. Ils s'inscrivent sans complexe dans cette étape de joie et de partage, tout en sachant que, comme toutes les manifestations humaines, elle comporte ses élans et ses pesanteurs.

Une meilleure connaissance de l'histoire favorise cet équilibre. Bien avant Jésus, les hommes ont été sensibles aux fluctuations naturelles de leur environnement et ont nourri d'espérance le renouvellement qu'ils en espéraient. Depuis la nuit des temps, des groupes ont saisi cette occasion pour renforcer les liens familiaux et témoigner de leur intérêt pour les nouvelles générations. Quant au rapprochement qui s'est opéré avec la naissance de Jésus, nous sommes mieux renseignés sur sa relativité. Nous savons qu'il date du quatrième siècle et qu'il se situait dans un contexte qui n'est plus le nôtre. Nous comprenons le recours au symbolisme du folklore de cette époque pour contrer un paganisme enraciné depuis des millénaires dans les mentalités. Pourtant, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, nous estimons qu'une page est tournée.

Comme toujours vis-à-vis du passé, nous ne pouvons empêcher des regrets nostalgiques. Mais nous pouvons tout autant nous réjouir de ce retour à plus de clarté dans l'expression de la foi. Après tout, nous ne faisons que nous inspirer d'un exemple fondamental, celui de Jésus. Le style qu'il a adopté en "se glissant" dans notre humanité n'a pas fait de lui un séparé, il a laissé à notre liberté et à notre intelligence le soin d'animer les nombreux champs de relations qui nous sollicitent. Ce qui ne l'a pas empêché d'en appeler à la vérité des choix, démasquant les faux-semblants et les hypocrisies. Il doit en être de même pour nous.

Cette clarté peut favoriser notre dialogue avec ceux qui nous entourent à l'occasion de ces fêtes. Elle peut, en particulier, libérer l'ambiance dans laquelle sont soulevées presque inévitablement des "questions à portée religieuse". Certaines se présenteront sous la forme "classique" des confusions historiques qui marquent encore les mentalités. De façon générale, nous sommes bien "outillés" pour y répondre.

Mais certaines risquent de nous déconcerter, surtout lorsqu'elles sont émises par les générations nouvelles. Nous assistons en effet à une vaste évolution dont l'impact individuel n'est pas facile à percevoir. Il serait bien rare que son écho ne rejaillisse dans le cadre détendu des réunions familiales. Elle surgit à l'occasion de Noël mais elle est révélatrice d'une interrogation beaucoup plus vaste. En positif, elle a rendu le ton du dialogue avec l'incroyance beaucoup moins agressif ou défensif, mais, au plan chrétien, il est rare que ce nouvel état d'esprit soit "assimilé" d'où un net retard des réponses, même récentes.

La mondialisation a mis au contact avec d'autres civilisations et d'autres religions. Après l'attirance qui a marqué la seconde moitié du XXème siècle, vient maintenant le temps de la comparaison et de la réflexion. En quelques années, les thèmes ont changé. Ainsi, la question essentielle était autrefois : "Dieu existe-t-il ?"… Désormais, elle se concentre sur la manière de le concevoir : "quelles sont les différences entre le Dieu des musulmans et le Dieu des chrétiens?…" Le problème qui trouble et inquiète aujourd'hui les esprits ne se situe plus tellement au niveau théorique de l'existence d'un principe créateur. Il porte sur les "visages" différents que les civilisations ont donnés ou donnent à ce principe créateur.

Sans vous sentir contraints de relier votre réponse à Noël, les textes peuvent vous servir de bases. Bien entendu, il est nécessaire de les purifier de tout folklore, ce qui est facile puisque celui-ci n'y figure pas. En outre, nos contemporains ont en tête une connaissance globale des événements fondateurs. Nous pouvons donc faire ressortir deux points qui apparaissent "sensibles" aujourd'hui en rapport au "visage" que les chrétiens donnent à Dieu : la discrétion et l'humanité de l'engagement divin.

Les méprises de l'imaginaire

Sans faire de complexe, il faut reconnaître que notre manière spontanée d'aborder le domaine religieux est marquée actuellement d'un à priori contestable. En raison de notre éducation et de notre environnement, nous avons même perdu conscience de l'inversion que nous effectuons.

En effet, nous sommes devenus très dépendants d'une certaine image de Dieu. Elle emprunte à ce que nous voyons de plus puissant, de plus autoritaire, de plus "dominant", dans la nature et dans l'humanité. En un mot nous avons construit - ou on nous a inculqué - un portrait-robot concernant l'invisible. Ensuite seulement, nous abordons le témoignage historique de Jésus, témoignage concret dont nous estimons, à juste raison, qu'il nous aide à saisir quelque chose de ce monde inconnu.

En tout autre domaine, nous critiquerions cette manière d'opérer en l'estimant trop fragile pour servir de base à une conviction solide. Car, quoi de plus rationnel, de plus "logique" que partir du connu vers l'inconnu, du visible à l'invisible. Nous procédons ainsi à longueur de temps et nul ne peut nous le reprocher. Pourquoi faut-il que cette "logique" s'arrête lorsque nous abordons le domaine de Dieu. Nous laissons à sa porte tout ce qui fait notre richesse de pensée, tout ce qui est source de notre richesse d'activité. Nous nous prêtons à rêver, sachant que ce rêve comporte nombre d'incertitudes mais y revenant sans cesse en oubliant combien sont hasardeuses les spéculations de notre imaginaire.

Passe encore pour l'homme primitif qui, écrasé par les forces inconnues de son environnement, leur avait donné visage humain en pensant conjurer leur action et s'attirer leur bienfait. Passe encore pour certaines civilisations qui éprouvent quelque mal à assimiler les conclusions que multiplient les progrès de nos analyses. Passe encore pour certaines religions centrées sur un regard intérieur ou un regard mystique toujours sujets à caution.

Mais, l'originalité de la foi chrétienne vient du fait qu'elle repose sur un témoignage concret, témoignage dont le caractère "historique" ne peut être remis en cause, indépendamment de l'intérêt qu'on lui porte. Les chrétiens partagent avec leurs contemporains une "évidence" : le monde dans lequel ils sont plongés est marqué d'inconnu. Malgré les immenses progrès des civilisations, cet inconnu demeure "mystérieux". En un mot, Dieu, nous ne savons pas qui il est. Nous ne pouvons rien en dire, rien en penser qui ne soit hypothèse. Non que ce soit sacrilège, mais parce que c'est impossible. Au nom de l'évidence, les chrétiens doivent être les premiers à l'admettre. C'est d'ailleurs pourquoi ils choisissent comme point de départ vers l'inconnu la prédication, l'attitude et l'histoire de Jésus de Nazareth. La valeur qui lui est accordée peut être contestée, les conclusions qui en sont tirées peuvent être discutées, mais ce cheminement de pensée s'impose par "logique" de conviction chrétienne.

Or, si nous regardons autour de nous, nous constatons l'inversion que nous venons de préciser et de déplorer. Elle résulte d'une longue histoire. Aussi nous ne devons pas regretter une contestation actuelle qui met en évidence les pièges dans lesquels sont tombées les présentations du passé. Ce n'est pas que le "Dieu des philosophes" soit impensable, certains raisonnements "tiennent" debout sans "forcer" notre pensée humaine. Mais leur "unanimité" cache leur fragilité. Ils transposent en langage humain ce qu'ils admettent par ailleurs comme inconnu inabordable. Car, il ne suffit pas d'évoquer des "raisons de convenance" pour structurer des modèles de pensée très divers selon les époques et l'environnement.

Pour départager ces hypothèses relatives, humainement parlant, il n'y a pas de solution "absolue", même si certaines contribuent davantage que d'autres à l'équilibre personnel et à l'équilibre social. La seule solution possible est de donner crédit à la voie que Dieu semble avoir choisie pour "se dire". On ne peut le faire qu'à ses risques et périls. C'est ce que font les chrétiens. Ils ne discutent pas d'abord sur le mystère de Dieu et les motivations de l'incarnation…ils accueillent le témoignage de Jésus comme un fait et ils cherchent à vivre de sa densité humaine tout en estimant qu'ils en vivent simultanément la densité divine. Ils se fixent comme exigence première la fidélité aux présentations des évangiles, quitte à faire appel aux connaissances dont ils disposent sur cette époque pour mieux les percevoir.

Bien entendu, il nous faut souligner la parfaite homogénéité entre le récit de la naissance de Jésus et ce qui sera présenté ensuite dans le cadre de l'engagement adulte. Mais ce récit fait ressortir plusieurs traits qui marqueront l'évangile ultérieur. Parmi ceux-ci, nous pouvons en retenir deux comme plus significatifs : la discrétion et l'humanité de cet événement.

Premier "point sensible": Noël = discrétion d'une présence …

= Le premier trait qui ressort du récit de Noël est en effet celui de la discrétion, de l'incognito qui affecté les événements comme les personnes en cause. Un jeune foyer se mêle à la foule de ceux et celles qui viennent se faire inscrire pour le recensement… un petit garçon naît dans le cadre très simple de la famille de Joseph… quelques parents et amis se réjouissent de cet heureux événement… puis la vie reprend son cours habituel.

Rien de plus. En raison du témoignage vécu trente-six ans plus tard, Luc n'aura pas tort de projeter ce qui était en germe mais sa vision ne doit pas nous induire en erreur. Lorsque Jésus a pris place dans notre monde, seuls Marie et Joseph soupçonnaient le caractère exceptionnel de cet événement. Lorsque Jésus quittera Nazareth et son métier de charpentier, personne n'évoquera sa naissance comme une nuit mémorable qui avait marqué les souvenirs. Bien au contraire, il lui sera reproché de prétendre être messie sans apporter de preuves spectaculaires. Et Jésus ne le contestera pas.

= Ceci ne devrait pas nous étonner, car, si nous prenons le temps d'y réfléchir, nous retrouvons cet incognito tout au long des manifestations de Dieu au long de l'histoire des hommes. La création en est le premier exemple. Il a fallu attendre une période récente pour saisir la complexité de notre environnement, que ce soit la complexité du cosmos ou la complexité de la moindre molécule. Pourtant depuis des millions d'années nous bénéficions d'une régularité astrale à toute épreuve et d'un cadre qui favorise notre épanouissement tout autant que notre survie.

Cet incognito a accompagné l'histoire d'Israël. Une meilleure connaissance des civilisations orientales et de leurs écrits nous aide à percevoir la formation discrète de ce peuple et la lente évolution de sa pensée. A juste raison, nous refusons aujourd'hui de donner valeur historique à certaines images merveilleuses. Pourtant il est indéniable qu'au début de notre ère, la foi des patriarches et des prophètes avait contribué à une avancée certaine au plan humaniste comme au plan religieux.

Nous ne manquons pas de récits pour illustrer cette discrétion comme une constante du ministère de Jésus. Il lui aurait été facile de récupérer l'enthousiasme populaire selon l'interprétation qui était donnée aux espérances prophétiques. Il préféra l'action personnelle et recommanda souvent le silence à ceux et celles qui bénéficiaient de cette action. Souvent il rappela à ses amis que ce comportement était un signe essentiel de la mission qu'il poursuivait. Il le vivra jusqu'à la croix en unité profonde avec un Père tout aussi discret dans le soutien qu'il lui apporta. Sa résurrection elle-même se limitera à l'intimité de ses amis et s'affirmera en un minimum de signes.

L'histoire de l'Eglise reste marquée d'un Esprit qui l'accompagne sans la dispenser des tempêtes extérieures et des tensions internes. Une saine étude historique ne peut taire certaines collusions entre religieux et politique, certains contre témoignages ont souvent occulté les valeurs de l'évangile. Pourtant, au sein de ce flux et reflux, la foi en l'accompagnement discret de Jésus a toujours suscité des réveils et contribué à un rayonnement progressif.

= Nous ne pouvons ignorer les révoltes et les désespoirs qui se sont insurgés à l'encontre de cette discrétion et l'ont souvent rangée parmi les illusions. Le monde reste plongé dans les mêmes malheurs, les mêmes catastrophes. Des innocents sont toujours victimes de la violence et de l'injustice. Nous-mêmes en faisons l'expérience et sommes interpellés par la réflexion habituelle : "Qu'est-ce que Dieu attend pour intervenir ?"

Il n'est pas facile d'y répondre directement. Face à certaines situations de souffrances, le risque est grand de "retourner le couteau dans la plaie" en rappelant le poids du malheur. Il serait possible d'équilibrer ce pessimisme en aidant à percevoir l'influence positive qui s'est souvent poursuivie et continue de se poursuivre derrière cette discrétion. Mais la détresse fausse souvent le regard et l'écoute. Car, l'efficacité ne revêt pas nécessairement un aspect spectaculaire. Cependant, nous pouvons tempérer tout jugement abrupt en évoquant le deuxième trait qui ressort de la naissance de Jésus, à savoir son humanité.

Deuxième "point sensible": Noël = humanité d'une présence …

Pourquoi les cantiques parlent-ils toujours d'abaissement lorsqu'ils célèbrent la naissance de Jésus ? Comme si, pour Dieu, le fait d'exister humainement était un état de violence, en un mot un état "contre nature"… Comme si, par sa naissance, Jésus avait quitté un monde douillet qui le situait jusque là en une place éternelle insensible au monde de violence et d'injustice qui est le nôtre.

Ce n'est pas l'impression qu'il donnera plus tard et ce n'est certainement pas l'ambiance qui prévalait à sa naissance. Même si la situation de l'enfant a évolué positivement dans notre société, ne laissons pas soupçonner une inhumanité des anciens à ce sujet. En tout temps l'enfant a impressionné par sa nouveauté et les espérances qu'il porte. C'est grand un petit aux yeux de celle qui l'a porté et peut désormais le contempler et l'entendre. C'est grand un petit lorsqu'elle peut le nourrir, calmer ses cris et le faire admirer par son entourage. C'est grand un petit pour ceux et celles qui lui font place et contribuent à l'ambiance tamisée de ses premiers jours.

Sans doute des problèmes viendront ensuite mais l'optimisme est de rigueur. Il n'y a aucune raison de soupçonner qu'il en fut autrement à la naissance de Jésus. En bon juif, Matthieu n'a pas eu tort, dans sa présentation postérieure, de rapprocher cette naissance du drame qu'exposait le "conte de Moïse". Heureusement, nous percevons plus exactement aujourd'hui qu'il s'agissait d'un genre littéraire. Nous sommes reconnaissants à Luc d'avoir appliqué la rigueur grecque à inscrire cet événement dans l'humanité ordinaire de la Palestine.

Le témoignage adulte de Jésus ne contredira pas l'impression de simplicité et de spontanéité que nous livre l'unique texte relatant la naissance. Bien au contraire, Jésus vivra en plein dans une humanité ordinaire, solidaire des aspirations, des souffrances, des désespoirs, des haines et des solidarités de ses contemporains. Il s'y montrera à l'aise, adoptant leurs mœurs et leur langage, exprimant la nouveauté de sa pensée dans les modèles de pensée qui étaient les leurs.

Lorsqu'on lit les évangiles, on ne peut qu'être frappés par l'influence de ce partage "ordinaire". Les auteurs reviennent sans cesse sur une tranquillité de présence, une absence totale d'affectation, de jeu obscur. Ce qui plus est, ils affirmeront que c'est bien ce qui leur a posé peu à peu question et les a amenés à soupçonner le mystère de la présence dont il se voulait le témoin. Son identité de Fils n'a jamais été pour lui vertige, absence, angoisse, mais au contraire plénitude simple, élan dans la réalité de sa condition humaine.

Noël ne permet pas d'aborder directement les autres "lignes de force" qui enrichissent le témoignage dont nous vivons. Il n'est d'ailleurs peut-être pas nécessaire que nous les abordions en détail au terme d'une conversation. "Trop d'infos tue l'info" et les chrétiens sont souvent soupçonnés d'exploiter la faible influence qu'ils conservent dans le monde occidental. Il semble que ces deux points sensibles peuvent actuellement trouver une écoute favorable. Nous pouvons en rester à cette espérance.

Conclusion

Malheureusement, tout ce que nous venons de dire peut apparaître en double contradiction : contradiction avec ce que beaucoup de nos contemporains pensent spontanément sur Dieu. N'accusons pas trop vite les anciens catéchismes. Même sans cette première formation, ils partageraient sans doute le même "imaginaire". Ce qui est plus préoccupant, c'est "le malentendu avec Dieu" qui affecte nombre de chrétiens. Il n'est pas question de mettre en doute leur foi en la Toute-puissance de Dieu, sa maîtrise du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible. Il s'agit de leur faire prendre conscience de la fragilité d'un déisme devenu courant. Il a provoqué un éloignement à l'égard du "centre" que Jésus doit demeurer pour notre foi. Et il s'en est suivi une "perte en humanité" qui n'a servi ni la cause du Christ, ni celle de Dieu.

Il peut être bon de conclure en soulignant la multiplicité des questionnements qui circulent en milieu chrétien tout autant qu'en milieu "neutre". Tous partagent plus ou moins la conviction qu'exprimait J.C. Eslin dans un ancien article de "Croire aujourd'hui" :

" Sur le visage humain du Christ se déchiffre un Dieu non conformiste qui ne craint ni les hasards, ni les lenteurs du temps, qui connaît les émotions et les déceptions, les revirements et les changements… un Dieu bon et ami des hommes … bref un Dieu qui n'est pas en retard, si j'ose dire, sur l'humanité de son Christ et d'ailleurs aussi sur l'humanité des hommes et des femmes de chair et d'os que nous rencontrons tous les jours. "

Mise à jour le Samedi, 26 Décembre 2015 13:51
 
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