Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année C : 1er Dimanche de l'Avent

 

 Bonne année liturgique! En compagnie de saint LUC. 

Que vous souhaiter? 

Passer de la tristesse de ce jeune homme, perplexe d'avoir à tout laisser pour suivre le Christ,  à la joie de disciples le coeur brûlant sur le chemin d'Emmaüs, et pourvoir prononcer, à la fin de notre vie, les paroles du vieillard Syméon prenant le petit enfant Jésus dans le creux de  ses bras: 

"Maintenant tu délies ton serviteur,

Maître, selon ton mot, en paix.

Parce que mes yeux ont vu ton salut

que tu as préparé à la face de tous les peuples:

lumière pour une révélation aux nations

et gloire de ton peuple Israël

 

 

Actualité

Lorsque fut mise en place la réforme liturgique décidée par le Concile Vatican 2, un même schéma fut adopté pour toutes les années, les textes correspondants étant repris des différents évangélistes ou auteurs bibliques.

Le 1er dimanche développe une vision très large du "mouvement" de l'histoire à la lumière d'une triple "venue" du Christ: attente juive et venue historique au début de notre ère… venue actuelle dans l'ouverture de la foi chrétienne… venue à la fin des temps selon un mode qui nous échappe…

Le 2ème dimanche présente Jean-Baptiste en tant que personnage historique préparant la mission du Seigneur et sa révélation aux contemporains de Palestine.

Le 3ème dimanche présente Jean-Baptiste en tant que symbole du chrétien lorsqu'il poursuit la même mission d'annonce et de révélation d'un Christ ressuscité présent à toutes les époques et à toutes les nations.

Le 4ème dimanche présente les artisans de l'Incarnation : Joseph en Année A, Marie (Annonciation) en Année B, Marie (Visitation) en Année C.

A l'usage, ce schéma se révèle un peu artificiel et n'ouvre pas sur la richesse qui jaillit de la totalité des textes. La multiplicité des références au Baptiste aboutit à une répétition des commentaires et, de ce fait, à leur appauvrissement. Il serait plus normal de reprendre et d'expliciter la manière dont chaque évangéliste introduit l'incarnation du Seigneur. Le "thème classique" finit par s'épuiser tandis que ces approches diverses et complémentaires demeurent ignorées d'une majorité des fidèles.

 

Evangile

 

Evangile selon saint  Luc 21/25-28 et 34-36

Jésus disait : (sans interlocuteurs précis)

1. L'avènement final du Fils de l'homme

(les signes avant-coureurs)

" Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les astres

Et sur la terre une angoisse de nations face au bruit de la mer et des flots, tandis que des hommes mourront de crainte et d'attente de ce qui survient à l'univers,

car les puissances des cieux seront ébranlées.

(la venue du Fils de l'homme, signe de la proximité de la rédemption)

Et alors on verra le Fils de l'homme venir en nuée avec grande puissance et gloire

Quand ces événements commenceront, redressez-vous et levez vos têtes pour la raison qu'approche votre rédemption

2. La certitude de sa venue (versets non retenus par la liturgie)  

Il leur dit une parabole : Voyez le figuier et tous les arbres

Quand déjà ils ont bourgeonné, regardant de vous-mêmes, vous reconnaissez que déjà proche est l'été.

Ainsi, vous aussi, quand vous aurez vu ceci en train d'arriver, reconnaissez que proche est le Royaume de Dieu

(allusion à la ruine de Jérusalem)

Amen, je vous le dis, cette génération ne passera pas jusqu'à ce que tout soit arrivé

(allusion à la fin des temps)

Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas

3. Exhortation à la vigilance

Prenez garde sans cesse à vous-mêmes, de peur que

vos coeurs ne soient alourdis dans la débauche, l'ivrognerie et les inquiétudes de l'existence et

que ne survienne sur vous soudainement ce jour-là, car, comme un piège, il s'abattra sur tous ceux qui se trouvent assis sur la face de toute la terre

Gardez les yeux ouverts, sans cesse priant à tout moment,

afin que vous acquériez la force d'échapper à tout ceci qui doit arriver et d'être placés debout devant le Fils de l'homme ."

Contexte des versets retenus par la liturgie

Il est utile de rappeler quelques généralités concernant l'immense service que Luc a rendu à la communauté chrétienne en l'orientant vers l'universalisme.

L'ambiance de "rédaction" de ces versets.

On ne peut ignorer la question qui introduit, dans tous les évangiles synoptiques, le discours dit "de la fin des temps", à savoir la chute de Jérusalem et la destruction du Temple. Au temps de Luc, c'était sans doute chose faite, mais les résonances de ce drame étaient loin d'être éteintes dans des esprits formés initialement par la mentalité juive. Certes la ruine du Temple n'avait pas correspondu à la fin des temps, mais Dieu pouvait-il avoir permis une telle calamité sans intervenir à plus ou moins longue échéance ?

L'avenir était donc concerné alors que, vingt siècles après, nous avons assimilé l'événement comme appartenant au passé. La foi juive et la foi chrétienne ont poursuivi deux cheminements d'histoire qui ont divergé de plus en plus. Il faut avouer que peu de chrétiens sont animés aujourd'hui des sentiments qu'exprimait Paul (vers 57-58) : " J'éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon cœur. Car je souhaiterais d'être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair, eux qui sont israélites, à qui appartiennent l'adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses, et aussi les patriarches et de qui le Christ est issu selon la chair." (Romains 9/2).

Par ailleurs, au temps de Luc, certains chrétiens étaient sans doute tentés, par solidarité raciale, de prêter main forte au groupe pharisien qui, à partir de Jamnia, entreprenait de "sauver" le judaïsme en donnant un nouveau cadre aux rites et à la vie communautaire juive. Les évangélistes ont senti le danger et insistent sur les ruptures avec les origines. Le verset qui précède ce passage est essentiel ; il conclut la ruine de Jérusalem par ces mots : "Jérusalem demeurera foulée aux pieds par des nations, jusqu'à ce que soient accomplis les temps des nations " (21/24). Une question logique se posait : quand seront accomplis les temps des nations ? Auront-ils une fin ?... Luc y répond, ou plus exactement, il n'y répond que par des généralités et des mises en garde.

La vision globale de l'histoire de l'Eglise selon Luc

Elle s'exprime dans l'organisation qu'il donne à l'enseignement de Jésus au Temple à la veille de la passion (20/1-21/38). La portée de ce passage déborde le cadre de la destruction du Temple et de la ruine de Jérusalem. Il embrasse la vie de l'Eglise selon un témoin qui en a vécu les péripéties depuis l'an 30 alors qu'il écrit vers 80.

Une première partie résume l'enchaînement historique des refus et des ruptures émanant du judaïsme et de ses responsables : refus de l'annonce lancée par Jean-Baptiste - meurtre de Jésus-fils et refus de le situer en "pierre d'angle" - refus de la résurrection et de l'ascension - refus du témoignage des disciples et persécutions.

En deuxième partie, Luc aborde ce qu'il en est du temps de l'Eglise. Selon son habitude, il le fait en "enchaînant" une série d'événements qu'il présente en trois temps. Cela lui permet de détacher le récit des perturbations et d'en relativiser l'annonce puisque l'évangéliste écrit après les deux premiers temps.

1. Il résume d'abord les difficultés qu'ont rencontrées les premières communautés chrétiennes. Il est relativement facile de faire le lien avec ce que nous livrent Paul dans ses lettres et l'évangéliste dans les Actes des Apôtres : faux messies, bruits de guerre et bouleversements politiques (peut-être les réactions politiques qui ont suivi la mort de Néron en 68)… Les deuxièmes difficultés ont une portée générale : tremblements de terre, pestes, famines ou dérèglements cosmiques… Les troisièmes témoignent des répercussions que suscitaient les persécutions. Les documents profanes nous renseignent sur leur violence. Au départ, simples oppositions en milieu juif, elles avaient été amplifiées par le pouvoir romain, en particulier celui de Néron.

2. En écho à l'annonce faite du vivant de Jésus, Luc décrit ensuite la ruine de Jérusalem. Il le fait avec une telle précision qu'il est facile de déduire qu'il en connaissait le déroulement historique. Le désastre allait encore plus loin que ce qui avait été sans doute esquissé sous la forme assez vague que nous trouvons chez Marc (13/14). La majorité du peuple n'avait pas été déportée, mais massacrée alors que les juifs étaient rassemblés au Temple pour les fêtes de la pâque. Au cours du siège qui s'en était suivi, le Temple majestueux rénové par Hérode avait été brûlé et ses richesses, même sacrées, avaient été livrées au pillage. A titre d'exemple vis-à-vis des provinces éloignées de Rome, les légions avaient frappé fort. Effectivement, il ne restait pas "pierre sur pierre qui ne soit détruite".

Luc n'entre pas dans les détails. Il justifie indirectement l'attitude de la petite communauté chrétienne lors de la catastrophe. Alors que s'approchaient les troupes romaines, nous savons qu'elle se désolidarisa des responsables juifs et, que sous la direction de Simon, cousin de Jésus, elle fut accueillie par la communauté de Pella, en Décapole.

3. La rupture de style est très nette lorsque Luc aborde la troisième étape qu'il discerne dans la vie de l'Eglise, celle qui la conduit à la fin des temps. A cette place, il ne reprend pas l'espérance qu'il exprimait en 13/34 d'une conversion finale d'Israël. Il passe directement à l'échéance de la "marche de l'Eglise".

Sa présentation des "signes dans les astres" et de l'angoisse qui saisit les nations, adopte le langage habituel des apocalypses. Mais il ne prête pas un intérêt particulier aux anciennes images portées par la tradition, elles illustrent les signes avant-coureurs de l'événement essentiel qu'est "la venue du Fils de l'homme". Il insiste sur l'attitude positive qui doit être celle des chrétiens : "lever la tête" pour accueillir le triomphe définitif de Jésus, étape ultime de la "proximité" du Royaume. Il conclut en exhortant à la vigilance. Chez Luc, il s'agit ici d'une vigilance personnelle puisqu'il recommande "d'être trouvé debout". Au chapitre 12/42, il avait déjà consacré un long développement à "l'intendant fidèle et avisé" qui remplit fidèlement sa mission malgré le retard apparent qui affecte le "retour" de son maître.

" Fils de l’homme "

Actuellement, ce titre symbolique risque de nous paraître étranger. Le christianisme grec ne l’a pas retenu. C'est ainsi qu'il ne figure jamais chez Paul et que nous le trouvons une seule fois dans les Actes. Les raisons nous en échappent, mais le résultat est là : il a disparu du vocabulaire chrétien courant.

Il n'est est pas de même pour les évangiles. Tous les auteurs y font référence. Marc Matthieu et Luc parlent de la fin des temps comme d'une "venue en gloire du Fils de l'homme". Selon la même idée, Jean évoque la résurrection comme une "élévation en gloire" du Fils de l'homme. L'expression est si courante dans l'enseignement de Jésus (70 mentions) que nous pouvons la tenir comme une désignation "historique". Pourtant il est important d'esquisser l'histoire de cette expression et de préciser les différents symbolismes qu'elle a exprimés, car les difficultés viennent de cette pluralité.

1. Dans les textes anciens, y compris les livres bibliques, l’expression " fils de l’homme " ou " fils d’homme " désigne communément l’homme ou une personne référée à sa nature humaine. On pourrait traduire "fils de l'humanité" ou "fils d'adam" puisque, en araméen, adam est le nom commun qui désigne l'homme. Ce terme n'est pas péjoratif, les textes s’émerveillent au contraire de ce que Dieu ait prodigué tant de bienfaits à un être aussi limité que l’homme.

C’est au Livre de Daniel (7/13) qu’apparaît un autre sens qui va désormais prendre le pas sur toute autre signification. Brutalement, en cours de récit, un personnage apparaît "comme un Fils d’homme, venant sur les nuées du ciel. A lui furent conférés empire, honneur et Royaume. Et tous peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit. "

Ce livre fut écrit entre 167 et 164 avant notre ère, au moment de la persécution d'Antiochus IV Epiphane. Dans ce temps de détresse, il cherchait à entretenir la foi et à ranimer l'espérance. Comme tous les écrits prophétiques, il ancre cette espérance au coeur de la foi juive en rappelant la protection particulière de Yahvé et il amplifie la vision de libération dans un déploiement de forces célestes. Il reprend en même temps la grande idée sous-jacente à la pensée juive la plus pure : une mission universelle a été confiée au peuple élu. Cette mission ne se trouvant pas encore réalisée, Yahvé ne peut que sauver son peuple pour qu'il la poursuive.

Le livre de Daniel vise directement la profanation dont s'est rendu coupable le roi séleucide Antiochus IV en 167. Pour imposer au peuple juif sa propre culture, la culture grecque, il avait érigé au cœur du Temple un autel dédié à Zeus olympien, le "Maitre-du-ciel" phénicien (1er livre des Macchabées 1/54).

Son intérêt vient également de la manière dont il envisage l'intervention du Dieu Sauveur en faveur de son peuple. Le contexte du livre oriente le sens de l'expression "Fils d'homme" vers la désignation collective du "peuple des saints du Très-Haut". La vision veut soutenir, pour le Peuple, l’espérance et la confiance en un Dieu qui va bientôt le libérer.

Dans le cadre de nombreuses hésitations, certains commentaires postérieurs reprendront ce thème pour le transposer à l’attente messianique. Ceux qui maintiendront la distinction parleront des attributions du Fils d'homme comme dépassant celles du Messie. L’influence du livre de Daniel n’a fait que grandir aux approches de notre ère. La mention "Fils d'homme" s'est trouvée alors interprétée de façon individuelle et transcendante. Elle évoque un être mystérieux, séjournant auprès de Dieu et appelé à se révéler à la fin des temps Le " Fils de l’homme " devient l’acteur d’une manifestation suprême qui réjouira les justes et remplira d’effroi les impies.

2. Dans les évangiles, au regard du contexte, trois groupes peuvent être isolés :

= Un premier groupe applique ce terme à la venue du Fils de l’homme, pour la fin des temps : juge et sauveur qui doit descendre du ciel sur la terre et mettre un point final au monde perturbé que nous vivons. Il n’est question ni de passion ni de résurrection. Dans ces textes, Jésus distingue son " je " terrestre et le Fils de l’homme qui doit venir.

= Un deuxième groupe exprime les souffrances, la mort et la résurrection du Fils de l’homme selon le plan de Dieu. Le contexte ne mentionne pas de venue à la fin des temps.

= Un troisième groupe pose bien des questions car la mention " Fils de l’homme " porte sur une activité présente de Jésus : il pardonne les péchés … Il est maître du sabbat …Il est raillé comme buveur et ami des pécheurs…

Dans ce cas, le mot ne peut être repris comme désignant tout simplement un homme, par opposition à un être divin et céleste. Il permet, cependant, d’associer deux idées : = Jésus a partagé notre condition humaine totalement, sans se dispenser de ses contraintes, fussent- elles douloureuses… = Et pourtant, celui qui vivait cette humanité s’inscrivait dans un projet de salut : il venait de Dieu … Il portait déjà en lui un jugement selon l’accueil ou le refus de son témoignage … Ce jugement, présentement voilé, éclatera au dernier jour.

Les "doublets" de Luc concernant la venue finale du Fils de l'homme

Nous nous appuierons sur eux pour présenter une réflexion possible, mais il est possible de vous donner un résumé des trois passages importants où Luc fait plus que mentionner cette échéance.

1. chapitre 12/35-46 = "se tenir prêt pour le retour du Maître"

En finale de conseils pour la mission, Luc groupe trois paraboles. La première, les serviteurs vigilants, et la troisième, l'intendant fidèle sont jumelles. Une même recommandation est adressée aux fidèles et aux responsables de communauté. Luc a glissé entre elles la parabole concernant l'imprévu du retour: "Tenez-vous prêts, vous aussi, car c'est à l'heure que vous ne pensez pas que le Fils de l'homme viendra" 12/40

A ce chapitre peut être rattaché le chapitre suivant (13/22) qui souligne le lien entre l'engagement actuel et le jugement final. "Est-ce que sont peu nombreux ceux qui sont entrain d'être sauvés ? - luttez sans cesse afin d'entrer par la porte étroite" L'entrée ne sera pas fonction de l'appartenance héréditaire à un groupe, le rassemblement final sera universel et sera accompagné d'une exclusion. En conséquence, "heureux celui qui mangera le pain dans le Royaume de Dieu" (14/15).

2. chapitre 17/20-21 = "interrogé par les pharisiens sur le moment où arriverait le Royaume de Dieu, il leur répondit : 'La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer et on ne saurait dire : le voici ! le voilà ! Car, sachez-le, le Royaume de Dieu est au milieu de vous" autrement dit il s'agit de vivre le Royaume au présent.

Les nuances de ce petit discours ne sont pas faciles à traduire. Il oppose deux façons différentes de concevoir l'avènement du Règne de Dieu sur terre. Certains pourraient penser à une réalisation extraordinaire et Jésus répond par la négative. Cependant l'expression "au dedans de vous" ne le situe pas en règne purement spirituel. Le règne de Dieu est déjà inauguré parmi les hommes comme en témoigne la foi du lépreux guéri.

3. chapitre 17/22-37 = le texte concernant "le jour du Fils de l'homme" invite à une attention particulière, car il se situe au même plan que le passage d'aujourd'hui et facilite ainsi une comparaison intéressante. Il se compose de quatre éléments plus ou moins bien liés entre eux.

* 23-24 - la manifestation sera d'une visibilité incontestable. "comme l'éclair jaillissant d'un point du ciel resplendit jusqu'à l'autre, ainsi en sera-t-il du Fils de l'homme lors de son jour"

* 26-30 - le déluge et Sodome peuvent servir d'exemple à ce qui arrivera à la fin des temps. " on mangeait, on buvait, on achetait, on vendait… jusqu'au jour soudain où est arrivée la catastrophe"

* 34-35 - il y aura alors séparation des justes et des impies. Les justes seront accueillis par le Fils de l'homme dans sa gloire et dans la gloire de Dieu. Les impies seront laissés dans le monde et périront avec lui.

* 37 - nul n'échappera au jugement selon l'image des vautours qui guettent leur proie.

Les versets que Luc intègre au récit de l'Ascension aident également à saisir la pensée de l'évangéliste.

Dans l'évangile, le "temps de l'Eglise" est nettement orienté vers une mission universelle : "Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts… et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins" (24/46) "Il se sépara d'eux et fut emporté au ciel"(24/51)

Luc y revient au début du livre des Actes. "Sous leurs regards, il s'éleva et une nuée le déroba à leur yeux. Comme ils étaient là, les yeux fixés au ciel pendant qu'il s'en allait, voici que deux hommes vêtus de blanc se trouvèrent à leurs côtés et leur dirent : Pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel? Celui qui vous a été enlevé, ce même Jésus, viendra comme cela, de la même manière dont vous l'avez vu s'en aller vers le ciel" ( 1/9)


Piste possible de réflexion : face à l'avenir selon Luc …

Au premier abord, nous pouvons être déconcertés par le choix des textes que la liturgie propose pour le début d'une nouvelle année. Le calendrier nous tourne vers la fête de Noël, fête de paix, fête rassurante, contrepoids de notre angoisse face aux difficultés journalières. Et voici qu'il nous est parlé d'un monde agité, troublé, ébranlé jusqu'en ses fondements. Et qui plus est, la venue finale de Jésus est située au cœur de ces tempêtes.

Le genre apocalyptique ne nous est pas familier et il conviendrait sans doute de ne pas abuser de la facilité avec laquelle les auteurs anciens maniaient des symbolismes qui ont cessé d'être les nôtres. Ils contribuent le plus souvent à entretenir la vision "classique" d'une religion hors humanité ou d'une religion compensatrice des impuissances humaines. De plus en plus nous percevons que Jésus nous invite à situer autrement notre foi en lui.

L'intention de la liturgie est donc quelque peu trahie par le découpage des textes. Son but théorique est effectivement de nous faire commencer une nouvelle année et de nous rappeler les richesses dont nous disposons. Nous ne pouvons qu'applaudir à cette intention. La force de l'habitude se conjugue avec les préoccupations quotidiennes. De plus l'ambiance actuelle est plutôt morose et ne porte pas à l'optimisme. Il importe donc que, sans perdre de vue cette perspective, nous nous détachions de commentaires pessimistes spontanés pour retrouver l'existence toute simple que Jésus accompagne. Il nous suffit de retrouver le vrai fil de la pensée de Luc en complétant ce court passage et en faisant converger vers lui tout ce que l'évangéliste a précisé au sujet du témoignage de Jésus.

L'originalité de l'expression "Fils de l'homme"

Nous pouvons d'abord prêter attention au "visage" que Luc nous invite à donner à Jésus lorsque celui-ci nous entraîne vers un nouveau monde. Certes, il vient en nuée avec grande puissance et gloire. Mais il ne cesse d'être le Fils de l'homme…

Nous avons perdu l'habitude de nous préciser la portée de cette expression et sa densité lorsqu'elle affecte les rapports entre monde divin et monde humain. Elle est devenue une désignation traditionnelle que nous rangeons avec bonne volonté parmi bien d'autres. Or, si Luc la situe lors de l'étape ultime de notre foi, ce n'est pas parce qu'elle appartiendrait à un autre monde, c'est parce qu'il s'agit du centre actuel de notre foi. Que nous en ayons conscience ou non, Jésus se veut par rapport à nous un "fils d'homme" et c'est d'abord cela qu'il nous faut retenir en réfléchissant sur le passé, en éclairant le présent, en dédramatisant l'avenir.

= Il suffit d'étudier l'histoire ancienne ou de nous renseigner sur les autres civilisations du monde pour prendre conscience de l'immense progrès dont nous sommes bénéficiaires en matière religieuse. Avant même de situer ce progrès en terme d'efficacité de salut, il importe de le situer en progrès de conception. Cette évolution nous paraît naturelle et nous n'avons pas à faire de complexe sur ce point. Il n'empêche qu'en "pensée occidentale moderne", notre génération a "assimilé" des siècles de recherche hésitante, parfois désespérée. Une expression peut illustrer assez justement ce bond dans l'histoire, l'expression "Fils de l'homme" appliquée à Jésus. Elle concentre l'audace de croire en un divin qui s'exprime en humain et de l'accueillir spontanément sans opposer les deux registres.

Dans les textes anciens, y compris les livres bibliques, l’expression " fils de l’homme " ou " fils d’homme " désigne communément l’homme ou une personne référée à sa nature humaine. On pourrait traduire "fils de l'humanité" ou "fils d'adam" puisque, en araméen, adam est le nom commun qui désigne l'homme. Ce terme n'est pas péjoratif, mais il ne venait à l'idée d'aucun auteur de l'affecter au monde divin. Il maintient la distance entre le Créateur et la créature. Comment pourrait-il en être autrement au constat des forces "mystérieuses" qui se liguent à l'encontre d'un être aussi chétif que l'être humain ?

La pensée biblique a été la première que nous connaissions à avoir remis en cause le fonds commun qui s'exprimait en multiples présentations mythologiques. Elle osa présenter l'homme comme "modelé à l'image de Dieu". Par voie de conséquence, elle osa parler de l'intérêt que Dieu portait à son histoire et, pour finir, elle osa parler en termes de bienfaits de l'engagement de Dieu en sa faveur. Les origines nomades du peuple d'Israël influèrent sans doute sur cette proximité. Pourtant le schéma de base restait le même : Israël avait son dieu, présent dans son Temple, d'où il apportait son soutien à son peuple. La Loi se présentait comme un enseignement donné de façon impérative au nom de Dieu même.

Au 8ème siècle avant notre ère, les épreuves s'accumulèrent jusqu'à menacer le peuple juif de disparition. Il s'ensuivit un lent mûrissement de pensée au cours de la période suivante. Les déceptions politiques amenèrent à penser autrement les rapports entre monde divin et monde humain. C'est ainsi qu'apparut la notion de Fils de l'homme, comme mode d'intervention divine.

Le texte de référence reste le livre de Daniel, œuvre d'un auteur inconnu qui cherche à soutenir l'espérance du peuple juif durant la persécution d'Antiochus IV en 167 avant notre ère. Une de ses visions mentionne l'apparition d'un personnage qui se présente "comme un Fils d’homme, venant sur les nuées du ciel. A lui furent conférés empire, honneur et Royaume. Et tous peuples, nations et langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point et son royaume ne sera point détruit. " (7/13)

Nous avons du mal à percevoir la mutation qu'impliquait cette évocation. Le fait que Dieu intervienne dans l'histoire ne suscitait pas de questions, mais il en était tout autrement de la manière dont il intervenait. La preuve en est que les premiers commentaires interprétèrent ces versets en un sens collectif, "le peuple des saints du Très-Haut", et soulignèrent que le Fils de l'homme n'allait pas de Dieu vers les hommes, il allait vers Dieu en vue d'une intronisation solennelle. Pourtant, peu à peu, un autre sens, plus personnel, fut privilégié. Les discussions allèrent bon train pour le situer face à l'espérance en un Messie, fils de David. Mais elles ne firent qu'accentuer son caractère "d'être mystérieux, séjournant auprès de Dieu, révélateur des biens du salut et tenu en réserve pour la fin des temps".

= Jésus reprit telle quelle l'expression "Fils de l'homme". Nous la trouvons à 70 reprises dans l'évangile et le fait qu'elle apparaisse exclusivement sur ses lèvres suppose que ses amis l’ont retenue comme une expression "typique" de la mission qu'il se fixait.

Il s'avère difficile d'unifier les mentions pour en tirer un "portrait-robot qui définirait un personnage. Il s'agit plus de références ponctuelles qui "colorent" une attitude ou un enseignement. Ainsi Jésus use de liberté envers le sabbat en volonté d'être "Fils de l'homme". Selon la même perspective, il fréquente les pauvres et les pécheurs… il présente le pardon des fautes en guérison de paralysie… Et c'est pour donner à son témoignage une résonance de "Fils de l'homme" qu'il accepte de le poursuivre selon l'inhumanité que lui imposent les comportements habituels.

Certaines citations appliquent ce terme à la venue du Fils de l’homme, pour la fin des temps : juge et sauveur qui doit descendre du ciel sur la terre et mettre un point final au monde perturbé que nous vivons. Il n’est question ni de passion ni de résurrection. Un deuxième groupe exprime les souffrances, la mort et la résurrection du Fils de l’homme selon le plan de Dieu.

Un troisième groupe porte sur une activité historique de Jésus et en justifie l'esprit. Deux idées se trouvent associées : Jésus a partagé notre condition humaine totalement, sans se dispenser de ses contraintes, fussent- elles douloureuses…Et pourtant, celui qui vivait cette humanité s’inscrivait dans un projet de salut : il venait de Dieu … Il portait déjà en lui un jugement selon l’accueil ou le refus de son témoignage … Ce jugement, présentement voilé, éclatera au dernier jour.

Lors du mûrissement des souvenirs qui a marqué la réflexion de la première communauté, il semble qu'un certain nombre de pesanteurs religieuses aient altéré cette référence. Nous ne la retrouvons jamais dans les lettres de Paul et les Actes ne la mentionnent qu'à l'occasion du martyre d'Etienne (7/56). A ce moment, le titre de Seigneur fut abondamment évoqué au point qu'il finit pas être intégré à l'expression spontanée de la foi chrétienne. Les évangélistes reprirent l'expression "Fils de l'homme" et invitent désormais leurs lecteurs à en vivre la densité.

La densité de l'expression "Fils de l'homme"

Au long de l'année qui se termine, Marc nous a permis de rétablir l'équilibre entre les titres "grandioses" et les appellations "familières" que Jésus a toujours privilégiées. Nous sommes donc plus à même de donner à l'expression "Fils de l'homme" toute sa densité "ordinaire" et de ne pas attendre la fin des temps pour cela.

Souvenons-nous du cheminement qui nous a été proposé par l'évangéliste pour cheminer de Jésus à Messie, puis de Messie à Fils de Dieu. Il ne reposait pas sur des révélations célestes à partir de faits extra-terrestres. Humanité, efficacité et universalité caractérisaient des activités bien concrètes, activités de guérison, de prédication, de nourriture… émanant de quelqu'un qui se situait en "Fils d'homme" et n'hésitait pas à faire taire toute allusion démoniaque à un autre monde. Le "Royaume de Dieu" était visiblement approché en lui, et le visage qu'il prenait se révélait bien différent de l'imaginaire religieux qui hante habituellement les esprits.

Nous allons retrouver chez Luc, en un style différent, la plénitude que soulignait Marc. Lui aussi insiste sur la profonde humanité du témoignage et l'universalité du message. Toute son œuvre est sous-tendue par l'admiration qu'il porte à Jésus. Il ne convertit pas cette admiration en contemplation "mystique", il la focalise sur l'engagement du Christ dans le mouvement du monde des hommes.

Dimanche après dimanche, nous sera ainsi brossé un portrait très attachant. Luc multipliera les gestes et les paroles qui manifestent la bonté de Jésus, son amour pour les hommes, particulièrement les pauvres, les pécheurs, ceux qu'accablent les misères humaines. Le Jésus qu'il présentera, riche en prévenances et en délicatesses, sera vraiment le berger qui se met inlassablement à la recherche de la brebis perdue… L'évangéliste ne cachera pas certaines exigences mais il les intègrera dans une ambiance d'espérance et de joie. Car toute l'œuvre baigne dans cette ambiance, depuis l'annonciation jusqu'au retour des apôtres à Jérusalem après l'Ascension.

C'est donc en "Fils de l'homme" que Luc nous présentera celui que nous tenons pour Sauveur universel. Certains pourront rêver de le voir "venir en nuée avec grande puissance et gloire". Qu'ils ouvrent les yeux car c'est bien ainsi qu'il ne cesse de venir à nous. La résurrection dont il nous parlera s'appuiera sur une résurrection qui a été vécue personnellement dans le passé, mais qui ne demande qu'à se diffuser en notre actualité, efficacement, au jour le jour. L'essentiel de notre avenir nous est déjà présent.

L'actualité de l'expression "Fils de l'homme"

* Lorsqu'on évoque la fin des temps, il est habituel de se référer au passage que nous venons de lire, comme s'il était le seul à en parler. Or Luc a la particularité de consacrer plusieurs passages à ce sujet et de les "distiller" au long de son œuvre. Ces passages s'éclairent les uns les autres et, surtout, ils apportent des nuances qu'il importe de ne pas négliger.

- Le retour du maître est mentionné antérieurement dans le cadre du témoignage vigilant qui s'impose à tout apôtre. Les persécutions, les pressions environnantes ou les conditions habituelles de l'existence menacent d'altérer le témoignage et les responsabilités communautaires. Il est donc nécessaire de "se tenir prêt pour un retour" dont la date est incertaine. Luc envisage alors une exclusion car "à tout homme à qui il a été beaucoup donné, il sera demandé beaucoup" (12/35-48)

- Le texte concernant "le jour du Fils de l'homme" se situe au même plan que le passage d'aujourd'hui. Pourtant il entre davantage dans le détail : la manifestation sera d'une visibilité incontestable… le déluge et Sodome peuvent servir d'exemple à son caractère imprévu… la séparation se fera entre les justes et les impies : les justes seront accueillis par le Fils de l'homme dans sa gloire et dans la gloire de Dieu, les impies seront laissés dans le monde et périront avec lui… nul n'échappera au jugement (17/22-37)

Il est facile de remarquer que l'ambiance des versets de ce dimanche est totalement différente. Effectivement Luc ajoute quelques exhortations à la vigilance, mais il ne parle plus de condamnation pour les disciples. Il les invite à relever la tête pour accueillir un nouveau mode de présence du Fils de l'homme. La comparaison qui s'impose est celle du figuier qui bourgeonne et annonce l'été. A l'évidence, Luc a tenu à "éliminer" par avance ce qui, à juste titre, pourrait assombrir "la part inconnue" de l'échéance finale et rejaillir de façon malsaine sur la part de présent qui construit l'avenir.

* Nous comprenons alors les deux présentations qu'adopte Luc lorsqu'il parle de la présence de Jésus ressuscité à ses amis. Comme les autres évangélistes, il décrit une présence "officielle" au milieu des apôtres rassemblés dans l'après-midi de Pâques. Mais il la fait précéder de l'épisode individuel de la marche vers Emmaüs. Il ne s'agit pas pour lui d'opposer l'une à l'autre, il s'agit d'exprimer la double richesse dont nous vivons dans nos rapports avec Jésus.

En effet, que serait la vitalité que nous puisons dans notre foi si nous n'avions que l'espérance de la fin des temps ?…Et réciproquement, que serait-elle si notre route actuelle n'était qu'une marche tâtonnante dans le brouillard ?… Notre équilibre s'appuie quotidiennement sur la conviction que le Fils de l'homme accompagne notre marche de toute sa densité d'humanité.

Conclusion : Deux traits complémentaires particuliers à Luc… 

= Nous le verrons plus précisément, Luc adopte un mode de composition en "anneaux" qui s'accrochent les uns aux autres pour constituer la "chaîne de l'histoire". Pour lui, Jésus reste l'anneau force, l'unique "centrale énergétique". Sans cesser d'être un anneau particulier, il en émane un Esprit dont le courant est appelé à se communiquer aux anneaux successifs du fait de leur "entrelacement".

Le thème du "Fils de l'homme" illustre parfaitement cette vision. Il s'enracinait dans le passé sans y trouver d'explicitation précise… en Jésus, il s'est actualisé à la lumière d'un témoignage abondant qui en a précisé les traits et qui en a libéré les dynamismes… dans l'Eglise, il poursuit ce même rayonnement et permet de préciser le "courant" d'une action qui se veut discrète sans cesser d'être efficace.

= Nous pouvons également remarquer que ce modèle de pensée littéraire est en profonde harmonie avec le mouvement de la vie… La création est ainsi faite que toute existence vitale se construit selon des étapes qui "s'enchaînent" les unes aux autres : le passé fournit le germe… le germe fait éclore le nouveau plant… celui-ci déploie sa vitalité et l'épanouit en multiples expressions : feuilles, fleurs, fruits… quelques-uns de ces fruits libéreront les graines qui se sont discrètement formées en eux… et ainsi s'amorcera un nouveau cycle…

L'existence humaine n'échappe pas à ce rythme: "conception", naissance, croissance, déploiement d'activité en attendant que l'anneau se referme… Mais il est donné à notre intelligence et à notre initiative d'en dépasser le fatalisme et de l'intégrer aux niveaux personnel et communautaire. Certes, nous ne partons jamais de zéro, nous sommes nécessairement tributaires d'un passé que nous n'avons pas choisi, qui peut nous lier comme nous enrichir… Pourtant, nous disposons d'un présent remis à notre responsabilité et à notre liberté; nous sommes en droit d'en goûter les fruits, d'y trouver équilibre et épanouissement, d'y investir pleinement les "talents" que recèle chacune de nos personnalités, hors de toute utopie ou de tout repli… Ce faisant, consciemment ou non, nous préparons un avenir qui sera nécessairement issu de nous sans pour autant être comme nous.

Ce qui éclaire ainsi la vie individuelle ne peut manquer d'éclairer la vie communautaire. Luc l'avait bien compris lorsqu'il esquissait l'avenir de toute foi chrétienne.

Mise à jour le Dimanche, 29 Novembre 2015 09:28
 
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