Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année B : Sainte marie, Mère de  Dieu

  

Actualité

La liturgie propose de centrer sur Marie et a axé cette référence sur le titre de "Marie, Mère de Dieu". Nous y reviendrons. Mais, le 8 Décembre 1967, le pape Paul VI a demandé de faire du 1er Janvier une journée mondiale de la paix. Dans les circonstances actuelles, on ne peut sous-estimer la valeur de cette mission. Cependant les textes ne servent qu'indirectement une réflexion sur ce thème.

 

Evangile 

Evangile selon saint Luc 2/13-21  

Deuxième mouvement visite des bergers (la liturgie ne retient que les derniers versets)

il arriva lorsque les anges se furent éloignés d'eux vers le ciel - les bergers parlaient les uns aux autres : Certes, allons jusqu'à Bethléem et voyons cette parole (-événement) qui se trouve arrivée, que le Seigneur nous fit connaître

Et ils vinrent s'étant hâtés - et ils découvrirent et Marie et Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire

Troisième mouvement double témoignage des bergers

ayant vu, ils firent connaître au sujet de la parole (-événement), celle qui leur avait été parlée au sujet de ce petit enfant. - Et tous ceux qui avaient entendu s'étonnèrent au sujet de ce qui leur avait été parlé par les bergers

Or Marie conservait avec soin toutes ces paroles   (-événements), les rencontrant dans son cœur

Et les bergers retournèrent, sans cesse glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, selon qu'il avait été parlé à leur adresse.

Conclusion et Transition vers la présentation au Temple

Quand furent remplis huit jours pour le circoncire, alors son nom fut appelé Jésus, le nom appelé par l'ange avant qu'il eut été conçu

"Marie, mère de Dieu"

Il serait tentant d'inviter à une réflexion sur l'invocation "Marie, mère de Dieu". Intégrée à la prière du "Je vous salue Marie", elle a pris rang parmi ces multiples "formules" que beaucoup répètent machinalement, sans jamais s'être arrêtés quelques instants pour en saisir le sens. Marie mérite mieux "qu'un bourdonnement de libellule à propos duquel il ne faut surtout pas se poser de questions".

La question est tellement complexe qu'il semble impossible de l'aborder de façon équilibrée en quelques mots. Ceci n'empêche pas de se référer à la maternité de Marie sous l'angle plus direct de la mission qu'elle a accomplie en son engagement "historique" et que Luc expose avec soin en soulignant certaines étapes.

Il peut être alors utile de mesurer les handicaps qui pèsent sur l'expression "Marie, mère de Dieu".

Nous touchons là à la méprise concernant le langage religieux habituel. Que les théologiens le veuillent ou non, les mots ne sont pas indépendants de leur utilisation courante et de l'imaginaire qu'ils suscitent, d’abord, avec cet aspect concret. De multiples facteurs influent sur les conceptions d'une époque et contribuent à modifier l'image qui jaillit d'une même expression. La "phonétique" reste la même mais le sens "spontané" est nettement différent. Aujourd'hui les deux "mots" qui composent l'expression "mère de Dieu" ne sont plus porteurs d'une juste évocation de la réalité qu'elle voulait exprimer à l'origine.

Nos esprits modernes ne contestent pas les éléments qui resteront toujours mystérieux dans l'apparition de la vie lors de la conception d'un enfant. Ils ne contestent pas plus l'interinfluence psychologique entre mère et enfant. Mais les progrès des connaissances médicales et les évolutions de société ont engendré un nouvel état d'esprit face à cet inconnu. Cet état d'esprit a étendu la maternité en deux sens: d'une part il prend davantage en compte la "matérialité initiale"… et d'autre part, il insuffle dans l'activité éducative les notions de personne et de devenir en liberté… Nous n'avons pas à craindre ces perspectives dites nouvelles, car l'évangile est témoin de ces qualités tant dans l'éducation que Jésus a reçue de Marie et Joseph que dans l'éducation que les apôtres ont reçue ensuite de Jésus.

Mais nous ne pouvons empêcher que des séquelles demeurent et nous pouvons regretter que Marie en fasse les frais. La piété manque souvent de discrétion. La référence "mère de Dieu" est généralement conçue au titre de "pouvoirs exceptionnels" susceptibles de libérer des "grâces supplémentaires" en faveur des hommes. Par ailleurs, le mot "Dieu" a été déformé par l'imaginaire déiste. Le Dieu des philosophes et du sentiment religieux, l'Etre suprême isolé dans son ciel, a pris la place du Dieu de Jésus-Christ. Or Marie ne peut pas être dite la mère de ce Dieu-là puisque sa participation à l'incarnation en est la vivante contestation.

De ce fait, l'évocation "mère de Dieu" est marquée aujourd'hui de nombreux handicaps. Elle paraît être le plus bel hommage qu'on puisse rendre à Marie et elle l'est effectivement à condition qu'on la charge d'un minimum d'intelligence.

Il suffit pour cela de connaître quelques points d'histoire. L'expression "Marie, mère de Dieu" ne se trouve pas dans les évangiles. Par ailleurs, il importe de la distinguer des nombreux titres qui furent avancés au siècle dernier pour rendre compte des qualités de Marie. La présentation "Marie, mère de Dieu" est très ancienne, mais à l'origine il ne s'est pas agi d'un enseignement sur Marie, il s'est agi d'un enseignement sur le Christ.

De nombreux conflits internes ont déchiré l'Eglise lorsqu'il a fallu expliciter en Jésus l'unité de l'humanité et de la divinité. Ces conflits s'étendirent du milieu du IVème siècle à la fin du VIIème siècle. Deux conciles se consacrèrent à ramener la paix en réaffirmant cette unité: le concile d'Ephèse en 431 et le concile de Chalcédoine en 451. Ils le firent dans le cadre philosophique de leur époque, sans vouloir apporter une explication ultime à ce qui restera toujours mystère. Marie se trouvait nécessairement concernée par ce conflit. Jésus étant une seule personne unissant nature humaine et nature divine, la "participation de Marie" à l'incarnation ne pouvait être réduite au simple rôle de mère de l'homme Jésus… Et, dans ce cas, comment en parler ?

Deux expressions différentes émergèrent des discussions. La plus ancienne insistait sur l'enfantement et se répandit en premier: Théo-tokos = Déi-para = celle qui enfante Dieu, ou plus précisément "celle qui accouche de Dieu" (suffixe pare dans ovipare). La formule "Mère de Dieu" affirmait la même vérité par le biais de la relation unique de Marie à Jésus Fils de Dieu. En Occident, elle fut préférée au point d'exclure peu à peu la première.

Marie, mère du Christ homme et Dieu…

Le conflit des origines est toujours latent et il serait illusoire de penser qu'il suffit de répéter des formules pour le conjurer. Bien au contraire, ce sont les formules qui se trouvent souvent contaminées et diffusent le virus de façon inconsciente. Ou bien on accentue en Marie le divin et on minimise son apport en humanité… ou bien, à l'encontre de cette première tendance, on ne repère pas comment Marie a vécu en plénitude "l'aventure de la foi"…

Emile Mersch, dans le tome 1 de son livre sur le Corps Mystique (p.206), aborde la question théologique de la maternité de Marie. La clarté de sa présentation mérite une attention particulière. L'étude datant de 1944, il peut être utile d'en transcrire quelques extraits intitulés "Marie inséparable de Jésus".

"Dans ce qu'il faut dire du Christ, ce qui est premier et essentiel, c'est ce qu'il est. C'est cela aussi qui est premier, qui est essentiel, dans ce qu'il faut dire de sa mère.

L'essentiel, pour lui, c'est d'être Dieu, homme, un; parfaitement Dieu, parfaitement homme, parfaitement un. L'essentiel pour la Vierge, c'est de faire qu'il soit cela, en faisant qu'il soit parfaitement homme… Sans elle, Dieu aurait bien pu créer une humanité pour son Fils, mais elle n'aurait pas été de notre race; il aurait pu créer en cette humanité toutes les ressemblances possibles, mais ces traits communs auraient été comme des mensonges…

C'est en elle, en elle seule, que l'incarnation est l'assomption du genre humain concret, notre assomption à tous en un des nôtres. Sans elle, l'Homme-Dieu ne serait pas mon frère, il n'aurait pas mon sang dans ses veines et mon hérédité derrière lui, et ce ne serait pas l'homme réel et concret qui serait, en lui, pleinement uni à Dieu.

Aussi, sans elle, le christianisme serait-il altéré comme religion. Ce qui fait de lui la religion absolue et parfaite, c'est qu'il est le lien parfait de Dieu et des hommes, et il est ce lien par l'Homme-Dieu; qui est un avec Dieu, un avec les hommes, et un en lui-même. Or, sans la Vierge, l'Homme-Dieu ne serait pas totalement un avec les hommes; le lien avec Dieu ne les prendrait pas en eux-mêmes, ils ne deviendraient pas, en lui, pleinement participants de la nature divine, de la grâce, de la divinisation...

Sans elle, encore, par le fait même, l'unité divine qui vient incorporer en elle tous les hommes ne serait pas intérieure à la race même des hommes ; elle se superposerait en quelque sorte à eux, mais ne serait pas leur unité à eux. Le corps mystique, en d'autres ternies, n'aurait pas sa dernière perfection, le Christ ne serait pas " total " en plénitude…"

Contexte des versets retenus par la liturgie

Le passage de ce dimanche est le type même du passage "découpé" pour mettre en valeur un seul verset, "Marie conservait avec soin toutes ces paroles, les rencontrant dans son coeur".

La même attitude de Marie sera mentionnée lorsque Jésus, à l'âge de 12 ans, demeurera au milieu des enseignants dans le Temple. Marie ne comprendra pas la réflexion de Jésus soulignant "qu'il lui faut être chez son Père".

En traduction, il est difficile de rendre les nuances qui différencient les deux mots employés par l'auteur au sujet de "ce qui est dit". Le mot "logos" désigne le discours au sens commun d'échange verbal sur tous sujets. Le mot "rêma" se réfère à l'annonce ou à la réalisation d'un événement. Il importe de donner cette extension à la "Parole" qui a été adressée aux bergers et que Marie médite en son esprit.

Le mot "cœur" doit être commenté en même "réajustement". Bien que le sens physiologique de cet organe était le même autrefois, ses résonances n'étaient pas identiques. Actuellement, il évoque surtout la vie affective. En un sens plus large, les anciens y concentraient le "dedans de l'homme", souvenirs et idées, projets et décisions. Ils en faisaient "la source même de notre personnalité consciente, intelligente et libre, le lieu de nos choix décisifs et de l'action mystérieuse de Dieu".

Piste de réflexion : "mettre au monde" une nouvelle année  à la lumière de Marie

Lorsque débute une nouvelle année, les thèmes d'animation et de réflexion ne manquent pas et nous n'avons pas à le déplorer. Notre sensibilité chrétienne se conjugue à notre sensibilité humaine pour envisager les mois qui viennent et réfléchir à notre propre engagement. Tenant compte de cette aspiration, la liturgie nous propose d'éclairer notre réflexion grâce à la maternité de Marie.

Première "approche" des textes

Bien entendu, les textes auxquels nous pouvons nous référer sont bien connus. Pourtant, en recueillant la note personnelle qu'ils nous livrent sur Marie, il nous est facile de la situer au premier rang des parents et amis qui nous adressent leurs vœux en ce jour. Elle rejoint nos routes, non comme un modèle inabordable, mais comme une mère, soucieuse de nous témoigner son affection et de communier à nos projets. Loin de nous écraser au nom de la mission unique qui fut la sienne, elle n'a de cesse d'en rapprocher la nôtre, quelles que soient nos incertitudes et nos limites.

Pour libérer cette densité de présence, il importe de reprendre les textes dans leur ensemble

1. Tout d'abord, ils se répartissent tout au long d'une vie. Les premiers éclairages nous mettent en familiarité avec la jeune fille de Nazareth promise à Joseph. Les derniers nous situent avec elle au sein de la communauté chrétienne naissante. Dans l'évangile, il n'est pas de personnage dont nous puissions suivre aussi totalement les différentes étapes d'existence. Et, comme le disait sainte Thérèse, "on sent bien que cette existence, à Nazareth et plus tard, fut tout ordinaire".

2. Les évangiles ont également le grand mérite d'adopter pour chaque étape une présentation diversifiée. Quel que soit notre âge, nous pouvons donc nous assimiler à Marie selon les conditions concrètes qui sont les nôtres comme elles ont été les siennes. Marie ne nous enrichit pas d'une maternité standard. Elle a vécu une maternité évolutive et elle l'a assumée en investissant des qualités fort diverses, inspirées de sa foi. Elle a su être mère lorsque s'imposait sa participation active, elle a su être mère de façon différente au temps de l'engagement public de Jésus et elle est restée mère lorsque les amis de son fils ont sollicité son souvenir. Il est donc possible à chacun de se préciser l'étape personnelle où il se sent parvenu et de laisser Marie l'éclairer d'un exemple plus adapté que toute autre recommandation théorique.

3. Aucune existence ne s'est trouvée aussi intimement liée avec le monde divin que celle de Marie et pourtant il n'est pas de destin qui se soit trouvé plus humainement engagé. Nous sommes redevables aux évangélistes de la manière dont leur présentation fait ressortir cet équilibre et suggère l'universalité de ce témoignage. Ils ne se perdent pas en contemplation et ils se montrent très discrets sur le dialogue intérieur qui a émané du lien unique que Marie a incarné. Ils ne s'égarent pas plus en détails extérieurs. Et pourtant ils nous livrent l'essentiel d'une existence qui a uni le plus extraordinaire au plus ordinaire. D'ailleurs nous n'éprouvons aucune gêne à les compléter à partir de ce que nous livrent nos connaissances sur le milieu palestinien du première siècle. L'équilibre et l'universalité de Marie en sortent même renforcés.

Lorsque nous abordons une nouvelle année, nous sommes soucieux de cette unité entre notre foi et notre vie. Nous pensons à la multiplicité de nos activités, de nos responsabilités, de nos engagements. Nous désirons que notre foi ne se situe pas "à côté" de ces occupations. Nous savons par ailleurs que cette mise en œuvre en appelle à notre intelligence. Pour construire notre engagement nous ne cherchons pas une référence "miraculeuse", nous savons que l'exemplarité trop minutieuse est tout aussi inadéquate.

Et voici que Marie se présente à nous de façon tout à fait originale. Sainte Thérèse complétait sa réflexion d'une recommandation qui garde toute sa valeur. "On montre trop souvent la Sainte Vierge comme inabordable. Il faudrait la montrer imitable, pratiquant des vertus cachées, dire qu'elle vivait sa foi comme nous… C'est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas se borner à cela… Si, en entendant un sermon sur la Sainte Vierge, on est contraint, du commencement à la fin, de s'exclamer en soi-même et de dire Ah!… Ah!… cela ne porte pas à la faire aimer et à l'imiter ".

4. Notre timidité vis-à-vis de Marie vient également d'une hésitation à situer notre mission dans le sillage de la sienne. Il n'est pas contestable que, de multiples façons, son destin a été exceptionnel et que la manière dont elle y a correspondu nous incite à introduire une distance entre elle et nous. De ce fait il est spontané de nous fixer sur ses mérites et de nous référer à elle pour bénéficier de son intercession. Nous sommes alors tentés d'oublier que la mission d'une mère n'est pas seulement de donner la vie, elle est également de transmettre à ses enfants sa propre capacité d'engendrer et de poursuivre l'aventure de cette vie.

Sans recourir à de longs développements théologiques, il peut être utile de revenir à la simplicité de notre foi et de mieux situer l'efficacité de Marie pour que se réalise le salut dont nous sommes bénéficiaires. Le père Mersch l'a bien exprimé en quelques phrases.

"Ce salut a pour nom Jésus. L'essentiel, pour lui, c'était de vivre un témoignage profondément unitaire… parfaitement Dieu, parfaitement homme, parfaitement un. L'essentiel pour la Vierge a été de faire qu'il soit cela, en faisant qu'il soit parfaitement homme… Sans elle, Dieu aurait bien pu créer une humanité pour son Fils, mais elle n'aurait pas été de notre race; il aurait pu créer en cette humanité toutes les ressemblances possibles, mais ces traits communs auraient été comme des mensonges…

C'est en elle, en elle seule, que l'incarnation se présente en assomption du genre humain concret, notre assomption à tous en un des nôtres. Sans elle, l'Homme-Dieu ne serait pas mon frère, il n'aurait pas mon sang dans ses veines et mon hérédité derrière lui, et ce ne serait pas l'homme réel et concret qui serait, en lui, pleinement uni à Dieu… Et il ne serait pas totalement un avec les hommes; le lien avec Dieu ne les prendrait pas en eux-mêmes, ils ne deviendraient pas, en lui, pleinement participants de la nature divine, de la grâce, de la divinisation... "

Toutes proportions gardées, au cœur de l'incroyance actuelle, notre mission n'est-elle pas semblable. Faire en sorte que Jésus soit ce qu'il doit être dans le monde d'aujourd'hui comme il l'a été dans le monde d'autrefois. Les évangélistes nous rappellent l'importance de la Parole, Marie nous rappelle l'importance du quotidien, du tissu habituel qui donne, lui-aussi, un visage à la présence de Jésus ressuscité au milieu des siens.

Deuxième "approche" des textes : complémentarité écoute, réflexion, engagement…

Pour accueillir pleinement l'exemple maternel de Marie, il est également intéressant de remarquer une particularité de la présentation de Luc. La plupart des étapes qui marquent la vie de Marie sont déterminées par une Parole ou un événement qui sollicitent sa réflexion. Après un temps d'écoute et de méditation, l'écho de cette parole engendre de sa part une action positive.

Souvent la lecture ponctuelle des textes ne nous permet pas de saisir ce mouvement. Il peut être pourtant éclairant au moment où nous nous engageons dans une année nouvelle. Nous aussi, nous sommes fréquemment rejoints par la Parole du Seigneur. Pour nous aussi, elle n'est pas toujours évidente et nous invite à la réflexion. Mais cette réflexion ne nous dispense pas d'un engagement résolu malgré un avenir incertain.

1. L'Annonciation faisait plus que modifier l'avenir de Marie. Elle lui révélait la conception en elle de celui qui peut être dit "Fils du Dieu Très-Haut". Il ne s'agissait pas d'un idéal spirituel ou de grâces passagères. Quel que soit le mode supérieur de réalisation par action de l'Esprit, il s'agissait d'un fait qui la marquerait à jamais, personnellement et socialement.

Nous connaissons tous sa première réaction: "Je suis la servante du Seigneur", mais n'oublions pas la démarche qui s'ensuivit aussitôt: "s'étant dressée, en ces jours, elle se mit en route vers la maison d'Elisabeth" pour l'aider aux derniers mois de sa grossesse. Déjà elle se sentait engagée en rayonnement de sa maternité.

2. A la naissance de Jésus, l'évocation des bergers situait Jésus dans la référence au passé du peuple juif. Mais les espérances concernant ce Sauveur s'étaient exprimées de façons si diverses et souvent si majestueuses. Quelle route fallait-il prendre alors que le Sauveur, Christ-Seigneur, avait le visage d'un petit enveloppé de langes et couché dans une mangeoire?

Marie fait plus que "conserver ces événements dans sa mémoire". Elle choisit la route habituelle des coutumes juives. En procédant à la circoncision de Jésus et en le conduisant au Temple, elle amorce le style d'éducation que nous connaissons et qui nous paraît si naturel. Ce faisant, elle contribue à faire de l'incarnation de Jésus une authentique insertion parmi les hommes.

3. Il en est de même à l'écoute des paroles de Siméon. Pour Joseph et Marie, il y avait de quoi être étonné de la complexité qui était évoquée à propos du destin tragique de l'enfant. Mais, avant qu'il ne soit "signe de contradiction en Israël, révélant les pensées intimes de bien des cœurs", ils estiment qu'il est prioritaire de veiller à la croissance de l'enfant. Sans retard, ils s'investissent dans ces mille et une initiatives éducatives, ces mille et une marques d'affection familiales qui permirent à Jésus de "s'accomplir en sagesse".

4. L'épisode des Douze ans est encore plus instructif lorsque, en début d'année, nous pensons à notre propre dialogue avec ceux dont nous avons responsabilité. Marie et Joseph n'ont pas été dispensés des temps difficiles où l'oiseau prend son vol et cherche à se définir personnellement en élargissant les horizons qui ont été les siens jusque-là.

Luc n'hésite pas à nous dire "qu'ils ne comprirent pas ce que le jeune Jésus venait de leur dire". Mais il précise tout aussitôt que cela ne les empêche pas de retourner à Nazareth et de poursuivre leur mission. Ce n'est pas au Temple que l'adolescent "grandira en sagesse, en taille et en grâce", ce sera en un petit village de Galilée et dans l'ambiance d'un dialogue renouvelé. Pour Marie et Joseph tout autant que pour nous le temps a passé vite. Leurs problèmes de parents ont été d'authentiques problèmes semblables aux nôtres.

5. Les récits évangéliques nous livrent peu de renseignements sur l'attitude de Marie au temps de l'engagement public de Jésus. Luc est très discret sur les hésitations qui semblent avoir été les siennes. En deux passages il nous invite cependant à les percevoir en rapport avec la nouvelle situation qui était la sienne. Comme toute mère, elle se trouvait quelque peu dépassée par celui qu'elle avait mis au monde et qu'elle avait contribué à être ce qu'il était désormais pour ceux et celles qui mettaient leur foi en lui.

Comme la femme dans la foule, il semblait naturel de s'écrier: "Heureuse celle qui t'a porté et t'a nourri!" Sans dénigrer la valeur de cette béatitude, l'évangéliste lui ajoute un hommage plus dynamique. "Heureux ceux qui entendent la Parole de Dieu et qui la gardent!" Qui, plus que Marie, avait vécu cette unité entre Parole et engagement.

6. Rien n'obligeait Luc à citer Marie dans le cadre de la première communauté chrétienne. Et pourtant nous lui savons gré d'évoquer le rôle discret qu'elle sut poursuivre. Nul doute qu'il s'est agi bien plus que du souvenir. Depuis l'Annonciation, Marie avait poursuivi un travail de mûrissement face aux événements. Elle se trouvait naturellement en situation de maternité vis-à-vis de disciples qui, à leur tour, cherchaient à approfondir ce qu'ils avaient "vu et entendu".

Nous pouvons simplement admirer la discrétion qui était la sienne. Elle prenait place dans le groupe des femmes. Parmi elles se trouvaient celles qui avaient annoncé la résurrection et ranimé la flamme d'un groupe abasourdi par la mort de Jésus. Mais, depuis bien longtemps, Marie vivait de résurrection et, d'une certaine façon, la construisait discrètement avant qu'elle n'éclate au matin de Pâques…

Conclusion

Telles sont quelques facettes qui nous permettent de prendre conscience de la maternité de Marie. Ses visages ont été multiples et variés. Elle a épanoui Jésus de la façon la plus quotidienne et la plus efficace. Elle a épanoui ceux et celles dont elle s'est voulu "servante", que ce soit Elisabeth ou les apôtres. Au long des siècles, elle a épanoui tant de chrétiens qui ont su la situer sur leurs routes. En ce début d'année, elle ne peut manquer de nous épanouir, laissons-la nous aimer.

Nous pouvons emprunter à Thérèse une dernière citation. "On sait bien que la Sainte Vierge est reine du ciel et de la terre. Mais elle est plus mère que reine"

 
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