Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A: Dimanche de la Saint Famille

Année A : Fête de la Famille de Jésus

Sommaire

 

Actualité : une réflexion sur la famille ?

Evangile : Matthieu 2,13/23

Méditation : sept verbes pour bien éduquer (1/7)

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : parents et foi chrétienne

 

A lire d'urgence: Revue Christus, avril 2013. La nourriture

Actualité

En année A, les textes proposés pour le dimanche après Noël posent quelques problèmes dans leur rapport au thème qui a présidé à leur choix, à savoir une réflexion sur la famille. Les deux premières lectures sont dépendantes des conditions culturelles de leur milieu et de leur temps. Des évolutions importantes sont intervenues et  la réflexion des parents doit les prendre en compte. L'attitude chrétienne n'a jamais consisté à reproduire des modèles standards  sur cette question comme sur beaucoup d'autres. Bien au contraire…

Quant au texte d'évangile, il n'est pas loyal d'appuyer sur lui une réflexion "sérieuse" concernant la famille. Il parle d'autre chose et il importe de ne pas tomber dans le travers passé qui "jonglait" avec les textes. Ceux-ci ne peuvent être réduits à de simples illustrations faussement justificatives d'une pensée "conventionnelle". L'exode de Jésus en Egypte appartient au développement qui présente Jésus en nouveau Moïse récapitulant l'aventure du monde et d'Israël depuis la création. Certes le capital "génétique" que les parents transmettent à leur enfant peut faire l'objet d'une exaltation "mystique", mais il importe d'être plus réaliste.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 2/13-23

L'exode de Jésus à sa naissance

a) descente en Egypte

Comme ils (les mages) se retiraient, voici:

= l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en disant: "Te réveillant, prends auprès de toi le petit enfant et sa mère et fuis vers l'Egypte

et sois là jusqu'à ce que je te le dise, car Hérode va chercher le petit enfant pour le perdre"

= Or, se réveillant, il prit auprès de lui le petit enfant et se retira vers l'Egypte

et il était là jusqu'au décès d'Hérode

= afin que s'accomplit ce qui fut dit par le Seigneur par le prophète Isaïe, disant: 'D'Egypte, j'ai appelé mon fils'.

b) massacre des enfants de Bethléem: versets omis par la liturgie 

a') retour en Israël

Comme Hérode était décédé, voici:

= l'Ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Egypte en disant: "Te réveillant, prends auprès de toi le petit enfant et sa mère et va vers la terre d'Israël

car ils sont morts, ceux qui cherchent la vie du petit enfant"

= Or, se réveillant, il prit auprès de lui le petit enfant et sa mère et entra vers la terre d'Israël

Or, entendant qu'Archelaüs était roi de la Judée à la place de son père Hérode, il craignit de s'éloigner là.

Or, informé en songe, il se retira vers les territoires de la Galilée et venant, il habita dans une ville dite Nazareth.

= en vue que s'accomplit ce qui fut dit par les prophètes: 'Nazaréen, il sera appelé'.

 

Méditation: sept verbes pour bien éduquer. 1/7 "Avoir faim"

 

(...) les mères, ça fait du lait et des chansons, tout à la fois, pour le manger de la bouche et le manger de la cervelle. Jean Giono, Un de Baumugnes

 

Au chapitre 4 d’un livre magnifique : Bautizados con fuego, l’exégète espagnole Dolores Aleixandre, religieuse du Sacré Cœur de Jésus, livre sept verbes élémentaires pour accéder à l’eucharistie.

Avoir faim

Partager la table

Se souvenir

Remettre

Anticiper

Avaler Jésus

Bénir

Dans son numéro d’Avril 2013, la revue Christus reproduit ce chapitre dans une excellente traduction.

Puisque l’eucharistie est au cœur de notre vie chrétienne et que c’est dans l’eucharistie que nous devons puiser l’inspiration pour toute chose, je voudrais, paraphrasant Dolorès Aleixandre, appliquer ses sept clefs aux questions d’éducation.

Avoir faim, et donc ouvrir l’appétit, la condition préalable de toute éducation.

L’eucharistie est un repas. Pour prendre part à ce repas, la condition fondamentale est d’avoir faim. Je crois que la première  mission d’un éducateur est  d’éveiller l’appétit de l’enfant, en lui présentant de saines nourritures qui rassasieront sa chair et son esprit.

Rassasier la chair. Avec de bons aliments. C’est se soucier de développer le goût  des produits naturels, issus d’une agriculture de proximité  et cuisinés avec amour par la famille ou par des artisans. C’est proscrire, autant  que  possible (donc rendre possible le plus souvent possible), cette bouffe industrielle qui gave une partie de la planète et  en affame une autre. C’est également fuir le quick et le fast pour perpétuer les vertus du repas familial, pris en commun, lieu de réfection et d’échange, de détente et d’harmonie. Une communion en somme.  C’est  former des hommes de goût, qui savent apprécier des saveurs, et non générer des ogres qui engloutissent de la matière. La première des éducations, c’est celle que nous recevons du sein de notre mère  - ou du biberon qu’elle donne avec tendresse,  le don du lait d’amour, ce lait qui fut notre premier plaisir, plaisir de bouche, et par quoi commence toute relation, en attendant que bouche profère parole.

Rassasier l’esprit (et dans ce mot j’inclus la fonction intellectuelle), c’est d’abord s’interroger sur le désir profond qui sommeille en chaque être. Et ce désir, vous le savez et tout le monde le sait, mais beaucoup ont peur de le reconnaître, c’est le désir de Dieu bien sûr !  Désir de Dieu, et non désir d’être Dieu. Tout le drame éducatif se situe en ce point subtil de basculement : nourrir en l’enfant le désir de Dieu, et combattre en lui le désir d’être Dieu. N’en déplaise aux imbéciles, il faut donc susciter ce désir de Dieu, non par des catéchismes écoeurants, mais en sollicitant la part la plus profonde de chaque être, celle dont saint Luc dit qu’elle est la meilleure part et qu’elle ne saurait lui être enlevée.

Dans l’évangile, chaque fois que le Christ guérit un malade ou un possédé, c’est en réveillant chez cet être son  désir profond de cet être,  qui fut étouffé ou blessé. Il n’y a pas d’autres miracles. Ce travail est difficile car à cette agriculture intellectuelle et spirituelle, à cet artisanat pédagogique, le Monde s’oppose. La Société envahit constamment et méthodiquement le champ de nos désirs en inoculant, par goutte-à-goutte publicitaire ou raz-de-marée promotionnel, mille désirs parasites. Divertissements pascaliens qui nous laissent sans appétits, amorphes, repus, et finalement, puisque plus rien ne nous élève, déprimés ou dépressifs. Combien d’adolescents qui tombent dans un pas grand-chose, d’où nul vertige ne les saisit qui pourrait les sauver ! Plus tard, les mêmes, devenus adultes, n’auront bien sûr, pas une minute de libre…

Face à ce monde programmatique, il ne reste plus guère de place à l’espérance.  L’éducateur authentique  combat de toutes ses forces cet immobilisme fébrile, qui est à la vie de l’esprit ce que le piétinement est à la marche à pied. Avec  chaque élève, Il entreprend de  traverser ce désert et se met en marche, comme Elie, vers le Mont Horeb.

C’est une marche âpre, mais en cheminant un ange les réconforte avec du pain et de l’eau, « et avec la force de cet aliment, il marcha 40 jours et 40 nuits jusqu’à parvenir à l’Horeb, la montagne de Dieu » (I R 19,8).

Concrètement, quel pain donner à l’enfant ? Voici quelques morceaux :

- Le pain des contes traditionnels pour faire tressaillir son inconscient.

- Le pain des belles choses pour former son goût (le beau étant le plus sur chemin pour arriver au bien).

- Le pain des activités manuelles ou artistiques car on ne saurait comprendre ce qu’est l’homme sans éprouver les mystérieux rapports du corps et de l’esprit.

- Le pain du jeu. Du jeu inventé à partir d’un matériau minimum, support de l’imagination et de la créativité. (Proscrire les jeux qui ressortent du réflexe conditionné).

- Le pain de la randonnée, dans la nature, surtout dans la montagne,  pour lier effort et contemplation.

- La manne des grands récits de l’Ancien Testament ; le pain et le poisson de l’Evangile. Et de l’eucharistie…..

Et quelle eau ?

- L’eau qui coule de toute musique harmonieuse, et de la poésie, pour lustrer son âme.

- L’eau  de la solitude pour que le rêve et l’Esprit viennent se répandent en son être. (Laisser à l’enfant de grands moments sans occupation aucune, je n’ai pas peur de le dire, des moments d’ennui…..Désastre de ces mercredis surchargés d’activités….. Goûter au silence de la maison en se déconnectant de tout !)

- L’eau des grands textes très tôt appris par cœur (c’est-à-dire avec le cœur) ; ils seront comme des sources qui ruisselleront toute la vie.

- L’eau de la prière. Cette pluie qui vient de la parole de Dieu et fertilise la terre pour remonter au ciel en louanges.

C’est à dessein que je n’ai évoqué ici que des actions individuelles ou limitées à l’échange intra-personnel. Nous évoquerons les actions de groupe la semaine prochaine dans l’article : partager la table.

 

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

= Nous lisons ces versets selon Matthieu alors que nous avons encore en tête le "détail" de la naissance selon Luc. De nombreux télescopages nous menacent. D'autant plus que nous anticipons le déroulement des événements; nous lirons dimanche prochain, au jour de l'Epiphanie, l'épisode qui introduit et donne sens au texte d'aujourd'hui. En outre, la liturgie omet le centre de cet ensemble, alors que l'évangéliste en répartit les éléments selon la disposition littéraire du chiasme, répartition symétrique qui est commandée par l'importance de ce centre.

En voici le texte et la disposition :

b) massacre des enfants de Bethléem:

Alors Hérode, voyant qu'il avait été bafoué par les mages

= fut pris de fureur extrêmement et, envoyant des gens, il anéantit tous les garçons qui étaient à Bethléem et dans toutes ses régions

à partir de deux ans et en dessous, selon le temps qu'il s'était fait préciser par les mages

= Alors s'accomplit ce qui fut dit par Jérémie le prophète, disant: "Une voix en Rama fut entendue, pleur et lamentation nombreuse, Rachel pleurant ses enfants et elle ne voulait pas être consolée, parce qu'ils ne sont pas"

= Il nous faut rappeler la disposition générale qu'adopte le premier évangéliste, en "continuité et rupture" avec la vision d'Ancien Testament à laquelle il se réfère selon le modèle de pensée dont il hérite en formation sémite.

1. double genèse de Jésus, genèse héréditaire de "fils de David" par Joseph et genèse miraculeuse de "Sauveur" sous le mode de "Dieu avec nous" par action particulière de l'Esprit.

2. mention rapide de lieu : "Bethléem" et de temps : "aux jours du roi Hérode"

3. reprise symbolique en Jésus de toute l'aventure de l'humanité, récapitulée dans toute l'histoire d'Israël: la venue des mages à partir de l'Orient en appelle au jardin de la création comme à l'origine d'Abraham, patriarche fondateur du peuple… la descente en Egypte en appelle à la migration de Jacob et des premiers clans pour subsister comme au refuge qu'y trouvèrent les prophètes et l'élite juive aux heures dramatiques de leur destin… la persécution d'Hérode en appelle à l'esclavage qui détermina la mission de Moïse, en anticipation de la déportation à Babylone… le retour en Palestine en appelle au retour de l'exil, vu comme une nouvelle entrée en Terre promise.

= La composition générale de cet ensemble est donc marquée d'un genre littéraire particulier qui ne nous est plus familier puisqu'il présente de nombreuses différences avec les conceptions historiques de la pensée grecque dont nous héritons.

La composition particulière de notre passage se double d'une autre particularité de composition, celle du chiasme. En intégrant le centre, nous disposons d'un triptyque dont les volets sont rédigés selon une même présentation stéréotypée que l'évangéliste reprend du modèle littéraire habituel des annonciations.

Comme toujours chez Matthieu, les références d'Ecritures ne sont pas neutres et doivent être éclairées de leur contexte biblique. Le "centre" consacré au massacre des enfants n'échappe pas à cette loi de composition.

* La référence d'Osée (11/1): "D'Egypte, j'ai appelé mon fils" doit être reliée à la descente de Jacob en Egypte (Genèse 46/2):"N'aie pas peur, c'est Moi qui descendrai avec toi en Egypte, c'est Moi qui t'en ferai remonter". La continuité du projet divin est soulignée dans l'appel de Moïse (Exode 3/8): "Je suis descendu pour délivrer mon peuple de la main des Egyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays".

* La référence de Jérémie (31/15) doit être située dans un contexte de pleurs, mais aussi de consolation. Le prophète n'hésite pas à faire dire à Dieu: "J'entends, oui j'entends Ephraïm qui se lamente… Ephraïm est pour moi un fils cher, en mon cœur quel émoi pour lui.".

= En introduisant les textes de l'Epiphanie, nous reviendrons sur "la charge symbolique" qui était donnée à Moïse par l'enseignement rabbinique et que Matthieu reprendre naturellement en situant Jésus en "nouveau Moïse", dès sa naissance. Dans la généalogie, Il ne lui était pas possible de se référer directement à cette grande figure, nous pouvons estimer qu'il "compense" dans le deuxième volet consacré aux événements.

Il ne fait d'ailleurs que s'aligner sur la présentation des Ecritures et le lien artificiel qui relie le livre de l'Exode à celui de la Genèse. Par ailleurs, sa présentation se base sur les traits que donnait à la naissance de Moïse un conte familier à cette époque, traits fort différents de ceux que présente le récit de l'Exode.

Piste possible de réflexion : parents et foi chrétienne

A notre époque peut-être plus qu'aux siècles précédents, les questions familiales ont pris un relief important. Les sujets se rapportant à l'harmonie conjugale, à l'ambiance du foyer, à l'éducation des enfants sont traités avec une  grande franchise. Les parents ne peuvent donc que se réjouir en abordant le dimanche qui oriente leur réflexion en ce sens. Certes les difficultés sont permanentes, mais, dans la perspective d'une nouvelle année, il est sympathique de prendre un peu de hauteur par rapport aux soucis habituels…

Pourtant, il faut le reconnaître, les chrétiens sont hésitants pour rendre compte de l'apport de leur foi dans ce domaine. Fort heureusement, ils y puisent constamment pour dépasser  les handicaps d’un certain moralisme et d’un certain pessimisme. Mais ils sentent qu'il serait possible de mieux clarifier le "fonctionnement" de l'évangile afin de le rendre plus épanouissant et  de pouvoir le proposer en ce sens à ceux et celles qui les entourent.

Mettons les choses au point

N'hésitons pas à mettre les choses au point en ce qui concerne "le dialogue" entre foi chrétienne et évangile. C'est sous cette forme de "dialogue" qu'il  faut présenter le rapport entre les deux. Contrairement à d'autres traditions religieuses, comme la tradition juive ou la tradition musulmane, l'évangile nous livre apparemment peu de choses concrètes sur les problèmes familiaux.

* Il faut commencer par dénoncer les deux courants qui ont trahi cette discrétion et malheureusement continuent de la trahir dans l'esprit de nombreux contemporains. Croyant voir une "lacune" parmi les sujets abordés, certains se sont permis de "compléter" des textes soi-disant déficients.

Les uns ont idéalisé et spiritualisé un modèle idéal qu'ils prétendaient appuyer sur la famille de Jésus à Nazareth. Or, ce n'est pas sans raison que les évangélistes se sont bien gardés d'une telle assimilation. Non seulement la situation et la personnalité des membres de cette famille restent uniques, mais leur engagement ne canonise en rien le cadre social de la Palestine au premier siècle.

D'autres ont doublé l'évangile de principes… ceux-ci sont fort louables mais restent très dépendants du milieu culturel des commentateurs. Au fil des siècles, ces principes ont souvent revêtu un caractère d'absolu qu'ils n'avaient pas à l'origine. C'est ainsi que beaucoup de parents ont été jugés, ou se sont jugés eux-mêmes, coupables parce que des phénomènes nouveaux, comme la rupture des générations, remettaient en cause à leur insu la prétendue "réussite" attribuée au passé.

* C'est au nom même de l'évangile qu'il faut relativiser ces présentations et surtout leur refuser l'étiquette chrétienne. Il  faut redire, tout en les explicitant, les raisons pour lesquelles Jésus s'est bien gardé de traiter ce sujet de façon aussi précise que d'aucuns l'espéraient.

En premier lieu, il tenait à insuffler à son message un esprit de liberté et de responsabilité. Il a remis à notre intelligence et à notre réflexion le soin d'aborder nombre de questions et de décider de leur exercice pratique. L'éducation des enfants en est une. Le Christ a pris au sérieux une humanité dont il connaissait les faiblesses, mais dont il connaissait tout autant les capacités.

En second lieu, Il était bien conscient des conditions changeantes de ces problèmes. Il redoutait beaucoup plus les crispations sur un environnement nécessairement changeant et la peur des évolutions qui rythment le mouvement naturel de la vie et de l'histoire.

* Ceci ne signifie pas que Jésus "nous ait laissé dans le brouillard"…bien au contraire. Des sources jaillissent spontanément lorsque nous vivons l'approche normale de la foi chrétienne.

Première source : un état d'esprit centré sur la personne, la valeur, le devenir de chacun…

Théoriquement et pour ceux qui vivent déjà de la foi, cette source devrait être évoquée en priorité. Mais, dans nos conversations courantes avec nos contemporains, il faut admettre qu'il n'est pas facile de la faire ressortir car son action est diffuse. La plupart ont en tête quelques "clichés" relatifs à la position de Jésus face aux enfants sans se rendre compte de l'originalité qu'elle présentait à son époque. En outre, le romantisme est passé par là et une "pieuse" imagerie a hyper sentimentalisé cette attitude, ce qui n'ouvre pas à une vision plus exacte.

Ceci n'empêche pas les chrétiens de se réjouir à titre personnel d'être constamment au contact d'une Parole qui va à l'encontre de l'anonymat actuel et valorise la notion de personne aussi bien du côté de l'enfant que du côté des parents. Ceci a été particulièrement mis en valeur par Vatican II. Ainsi ce passage extrait du document concernant la Liberté religieuse. (n°3)

"La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, par le moyen de l'enseignement ou de l'éducation, échange et dialogue par lesquels les uns exposent aux autres la vérité qu'ils ont trouvé ou pensent avoir trouvée, afin de s'aider mutuellement dans la quête de la vérité. … La vérité une fois connue, c'est par un assentiment personnel qu'il faut y adhérer fermement…"

Deuxième source : le "vivier" pédagogique de l'Evangile…

Jésus, nous l'oublions facilement, a vécu lui aussi une mission d'éducation au service des apôtres. Certes il s'agissait d'une autre époque et il s'est bien gardé d'en faire une théorie… Certes il a mené cette mission auprès d'adultes et nous devons tenir compte de relations qui ne sont pas tout à fait du même ordre que celles que nous avons avec les enfants. Il n'empêche que nous disposons dans cet exemple d'un capital pédagogique qui débouche en multiples directions.

D'un point de vue humain d'abord, se dégage une ambiance d'éducation. Jésus a vécu en faveur de ses amis une communauté de tous les instants, chargée d'amitié et s'exprimant en un dialogue patient tout en se révélant énergique face à certaines options.  Il y a semé concrètement ce que sèment tous les éducateurs : harmonie et développement des richesses individuelles de chacun… sens du devenir et préparation aux milieux divers que réservait l'avenir… respect de la liberté et de l'originalité de chacun…

Du même point de vue humain, il est facile de faire ressortir ce que nos amis évangélistes ont eu souci d'éclairer dans leur présentation. De la multitude des faits, des paroles, des attitudes qui nous sont rapportés se dégage un faisceau de "lignes de force" qui dessine un projet éducatif. Le "potentiel universel" qu'il recèle est loin d'être négligeable et son intérêt se trouve renforcé par la manière dont il fut expérimenté par l’incarnation.

D'un point de vue chrétien, nous cherchons parfois bien loin ce qui nous est donné en toute simplicité comme source très simple d'initiative. Comment Jésus aurait-il pu révéler de façon plus explicite ce qu'il nous conseille et nous suggère qu'en réalisant cette "leçon de choses" où il s'est investi sans miracle et sans tricherie par rapport à notre humanité.

Bien entendu, ceci ne remplace pas notre réflexion et notre jugement pour construire, jour après jour, le cadre dans lequel il faut engager ce "capital" aujourd'hui. Mais, nous pouvons ressentir cet apport comme le centre de gravité de notre foi. En matière d'éducation, l'Esprit de Jésus ne vient pas "d'en-haut" à la manière dont beaucoup le conçoivent et l'attendent. Il se déploie dans la conjugaison de deux paroles créatrices. "Je suis avec vous" en toute confiance et amitié… éduquez-les comme j'ai éduqué mes amis en investissant les mêmes valeurs et en assumant les mêmes risques…

Troisième source : une "adaptation concrète" permanente dans le cadre de la messe

Tous en conviennent: la mission d'éducation est une mission délicate. L'affection en est la base indispensable mais elle n'est pas suffisante pour correspondre au "devenir perpétuel" qui marque cette prise de responsabilité. Un chantier permanent mobilise toutes les facettes de notre intelligence comme celles de notre affection: observation, intuition, réflexion…

Or la messe se présente comme un lieu privilégié fort bien adapté au ravitaillement permanent de notre vie concrète sous l'influx de la foi. Bien entendu, il s'avère nécessaire d'en retrouver le dynamisme et le rythme "normal". Mais son apport à la mission d'éducation constitue le meilleur exemple des bienfaits concrets que nous tirons de notre foi.

1er temps: le point sur la vie…

La messe se veut d'abord un temps de respiration. La vie courante nous emporte parfois si rapidement que nous avons du mal à surnager. "Venez vous reposer un peu" disait Jésus à ses apôtres au retour de leur mission. C'est bien ce qu'il nous dit aujourd'hui.

Ceci est particulièrement propice en matière d'éducation. Au long de la semaine, il  faut souvent répondre en urgence à certaines situations personnelles, à certaines réactions imprévues… Il ne s'agit pas de culpabiliser après-coup, il s'agit de prendre un peu de recul pour juger de la portée de nos engagements en positif comme en négatif, comme en relatif. Certaines tensions se trouvent alors ramenées à de justes proportions tandis que certaines réussites nous invitent à poursuivre nos initiatives. En cet effort de "mémoire", les "personnes" se rappellent à nous quant au champ très vaste de nos échanges, de nos dialogues, de nos services, de nos responsabilités, de nos influences. Inconsciemment peut-être, nous les situons en plus grande amitié ou affection.

Tout cela  rappelle l'accompagnement discret de Celui qui s'est livré, en nous et par nous, aux aléas qu'affronte toute existence humaine digne de ce nom. C'est avec lui que nous avons construit la semaine qui s'achève et c'est avec lui que nous allons construire la suite dans une confiance réciproque.

2ème temps: le ressourcement de pensée à la lumière de l'Evangile.

Le lien entre l'Evangile et notre vie agit en un double sens: parfois c'est la vie qui nous pose des problèmes et nous cherchons dans l'évangile des points de réflexion, nous rapprochons de nos situations des paroles ou des engagements de Jésus… Parfois, moins pressés par les événements, nous creusons l'Evangile pour en tirer des pistes générales que nous tenons "en réserve" en vue de mieux les incarner ultérieurement.

Dans un cas comme dans l'autre, la souplesse de cette référence permet de lui donner un impact positif. Les uns trouveront dans le texte d'évangile comme un "appel" qui les invitera à "creuser leur regard" sur les enfants, leurs possibilités, leur avenir… D'autres l'aborderont comme une semence qui leur permettra la construction intelligente d'une éducation à faire évoluer sans cesse… D'autres enfin y puiseront un ferment pour soutenir un travail déjà bien engagé…

Certains pourraient taxer ce ressourcement d'intellectuel et le différencier d'une "célébration spirituelle", il nous faut toujours revenir au témoignage initial et en rappeler la valeur. Les 8/10èmes des évangiles attirent notre attention sur une multitude de faits concrets. Pour les auteurs, il ne s'agissait pas d'appendices au dialogue que Jésus a amorcé avec les hommes. Il s'agit d'une authentique source de Lumière, de Vérité et de Vie engagée dans notre histoire pour l'épanouir.

3ème temps : les signes d'une présence "nourrissante"

Chacun vit en intimité personnelle son rapport à Jésus à travers les signes du pain et du vin, mais il est important de percevoir parfois plus explicitement tout ce qui nous est ainsi apporté.

* Pour traduire sa présence, Jésus a choisi des signes représentatifs de notre existence concrète et de celle des autres. Au long de l'éducation, cette réalité est parfois bien monotone ou même pesante en raison de l'éparpillement des occupations habituelles élémentaires. Et voici que le Christ la valorise discrètement; non seulement elle l'intéresse, mais c'est là qu'il nous rejoint parce que c'est là que se jouent la vie et l'avenir.

Il n'a pas voulu nous le signifier en mode "mystique" ou spectaculaire. Il a tenu à se situer au niveau "ordinaire". Non seulement nos activités sont valables, mais elles sont nécessaires et porteuses de multiples "germes" qui aident à l'éclosion d'un contexte d'amour. Il est certain que Jésus croit en nous encore plus que nous ne croyons en nous-mêmes.

* Le symbolisme de la nourriture suscite également une multitude d'éclairages concernant la manière originale dont Jésus chemine à nos côtés et inspire nos engagements. Il nous suffit d'y puiser : apparence sympathique… alliant le communautaire à l'individuel… engendrant une action intérieure spontanée pour bénéficier d'un apport de forces… appelée à être assimilée et profitable dans la mesure où se fera l'assimilation…

* Enfin, la "mémoire de l'engagement du Christ" à l'encontre des pesanteurs humaines habituelles peut soutenir à certaines heures plus délicates. Sous d'autres formes et à un moindre degré dramatique, les contre-courants sont toujours de même nature, il s'agit toujours de secouer une certaine passivité, de contrer les influences contraires ou les faux conseils du milieu environnant.

On se retrouve alors bien seul lorsqu'on veut construire quelque chose de réfléchi et de solide, sans céder à la facilité qui consisterait à reprendre simplement "ce qui s'est toujours dit et toujours fait" ou à céder devant les exigences. Bien entendu, nous n'avons pas à attendre des "miracles", tout passe par une humanité "normale" avec ses joies et ses incertitudes, ses espérances et ses déprimes. Mais l'accompagnement d'un Christ marqué de résurrection ne peut que dédramatiser les tensions présentes.

Conclusion

Tel est l'inventaire rapide des richesses dont les parents chrétiens sont bénéficiaires lorsqu'ils vivent leur foi. La plupart n'ont pas attendu ce dimanche pour les mettre en œuvre. Pourtant, dans le contexte actuel, nous pensons que ces quelques aperçus n'ont pu qu'intensifier leur volonté personnelle d'y puiser, encore et toujours.

Mise à jour le Dimanche, 29 Décembre 2013 12:46
 
Actualités

Ici, vous avez accès à toutes les actualités de JADE, maison d'édition de musique sacrée.
Le site de JADE est visible ici.

 
 
Contact

Vous pouvez nous contacter en cliquant ici.

 
 
Catéchèse & Pastorale

Vous trouverez ici divers articles concernant la Catéchèse et la Pastorale.
Veuillez suivre ce lien.

 
 
Sites amis

Le site de Monseigneur Thomas : www.thomasjch.fr