Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A: Fête de la Nativité du Seigneur

Année A : Fête de la Nativité du Seigneur

Sommaire

Actualité : pour parler de Noël sérieusement

Evangile: 2, 1-14

Méditation : le berger est un sourcier

Contexte des versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : à la lumière des contrastes et des signes

Annexes :

  1.  Les empereurs romains de la naissance de Jésus à la rédaction de Luc
  2.  Le recensement
  3.  Questions concernant la datation de la naissance du Christ

A lire d'urgence: L'iris de Suse,  de Jean Giono

Actualité

Comment parler sérieusement de Noël ?  Tout le monde semble s'appliquer à "récupérer" cette fête sous le couvert d'un prétendu "religieux", sans grand souci de correspondre à ce que représente cet événement dans l'histoire des hommes et à la présentation qui en a été faite par ceux qui mesurèrent après-coup l'importance de ce point initial.

Inviter à en vivre le réalisme dans l'ambiance doucement sentimentale de toute fin d'année, c'est paraître aller à contre-courant et c'est encourir le reproche si fréquent d'intellectualisme. La "règle du jeu" voudrait qu'on n'aille pas au-delà de la "religiosité" dont se contentent la majorité de nos contemporains.

Pourtant le creux de certains discours apparaît de plus en plus évident au regard de la "marche réelle du monde". Il n'est plus guère possible de se payer d'illusions ou de bonnes intentions. L'expérience est là : où est la paix malgré tant d'engagements positifs en sa faveur? Où est le retour de la foi malgré les bouleversements amorcés par le Concile?

Il est certain qu’on ne peut espérer une efficacité immédiate. Et pourtant cela vaut la peine de tenter le même sérieux que tentèrent nos frères évangélistes. Les meilleurs de nos contemporains ne soupçonnent même plus qu'il y a une autre approche et c'est en pensant à eux que nous pouvons travailler... et espérer.

Evangile

Evangile selon saint Luc 2/1-14

messe dite de la nuit

Cadre général de la naissance: datation : en ces jours-là 

Premier mouvement

1er temps : de Nazareth à Bethléem 

il arriva : un décret sortit de chez César Auguste, ordonnant que soit recensé tout l'univers - ceci fut un premier recensement comme Quirinius gouvernait la Syrie - et tous faisaient route pour être recensés, chacun vers sa propre ville.

Joseph aussi monta de la Galilée, de Nazareth vers la Judée, vers une ville de David appelée Bethléem - en raison de ce qu'il était de la maison et de la famille de David - pour se faire recenser avec Marie, celle qui lui avait été accordée en mariage, qui était enceinte.

2ème temps : naissance de Jésus  

Il arriva, pendant qu'ils étaient là, furent remplis les jours de son enfantement - et elle enfanta son fils, le premier-né

à la racine des anneaux suivants

elle l'enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire - parce qu'ils n'avaient pas de place dans la salle d'hôtes.

Démarche des bergers

Premier mouvement : annonce aux bergers schéma habituel des annonciations  

1er temps : les personnes en présence et leur situation délicate

Dans ce même pays étaient des bergers, vivant aux champs - veillant sans cesse les veilles de la nuit sur leur troupeau.

2ème temps : intervention du Seigneur 

L'ange du Seigneur survint à eux - et la gloire du Seigneur les enveloppa de clarté - et ils craignirent d'une grande crainte.

3ème temps : l'annonce proprement dite 

L'ange leur dit : ne craignez pas, car voici : je vous annonce la bonne nouvelle d'une grande joie, laquelle sera pour tout le peuple - il vous fut enfanté aujourd'hui un Sauveur qui est Christ Seigneur - dans la ville de David

4ème temps : le signe 

ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né, enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.

à la racine des anneaux suivants

Soudain arriva avec l'ange une multitude de l'armée céleste - en train de louer Dieu et en train de dire : "Gloire dans les hauteurs à Dieu et sur terre paix parmi les hommes (objets) de bienveillance !"

messe dite de l'aurore

Deuxième mouvement : visite des bergers 

Il arriva lorsque les anges se furent éloignés d'eux vers le ciel - les bergers parlaient les uns aux autres : certes, allons jusqu'à Bethléem et voyons cette parole qui se trouve arrivée, que le Seigneur nous fit connaître

Et ils vinrent s'étant hâtés - et ils découvrirent et Marie et Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire

Troisième mouvement : double témoignage des bergers  

ayant vu, ils firent connaître au sujet de la parole, celle qui leur avait été parlée au sujet de ce petit enfant. - Et tous ceux qui avaient entendu s'étonnèrent au sujet de ce qui leur avait été parlé par les bergers.

Or Marie conservait avec soin toutes ces paroles, les rencontrant dans son cœur.

Et les bergers retournèrent, sans cesse glorifiant et louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, selon qu'il avait été parlé à leur adresse.

Méditation : le berger est un sourcier

Je suis un berger, un peu sale et puant (manque d’eau).

Bergers ! Notre confrérie fait peur. Les scribes, les pharisiens, les sadducéens ne nous aiment guère, nous allons  rarement à la synagogue (trop loin) et ne pratiquons pas les ablutions rituelles (quand il y a de l’eau, on préfère boire) ; les gens des villes se méfient de nous, nous sommes pauvres, on nous accuse de chaparder.

Purifications, ordinations, lois morales, ce n’est pas notre truc, même si nous  les respectons parce que nous connaissons l’ordre des choses. La nature a des lois dures. Et le troupeau doit être mené. Mais quand je contemple l’aube ou le coucher du soleil, quand je joue lentement de ma flûte, quand je pars à la recherche de la brebis perdue, j’ai le pressentiment très net et très certain que la vraie vie est ailleurs… plus belle,  plus grande  que la simple soumission à des valeurs….Une ascèse qui sacrifierait tout à je ne sais quel Ordre  pourrait  être la plus vide des victoires spirituelles.

Aussi,  je n’ai pas été si surpris ce soir d’apercevoir cet ange. Notre métier nous apprend l’attention. Et je me suis mis en route avec les autres, tous très obéissants, parce que nous avions la certitude que cela en valait la peine et que cette nuit n’était pas une nuit comme les autres : les étoiles brillaient d’une lueur inhabituelle, on lisait de la joie dans leur splendeur.

C’était aussi un sacré ange, un ange exceptionnel, nimbé d’une très vive clarté. Nous avons eu peur, mais il nous a tout de suite rassurés. Une bonne nouvelle qui nous attendait dans la ville de David. Après quelques palabres,  nous nous sommes vite mis en route car ce que nous pressentions confusément dans le coucher de soleil, l’air de la flûte et la brebis perdue, venait d’ advenir sous la forme d’un enfant emmailloté dans une crèche. Enfin une vraie réponse !

Je suis sale et puant mais je suis vide et j’ai faim, aussi vous ne pouvez pas comprendre combien j’étais avide de me rassasier à cette mangeoire. Une multitude d’autres anges me confirma bientôt dans cet appétit.

Nous sommes arrivés dans une première salle, mais l’enfant entouré de ses parents (une très jeune femme illuminée par la lumière du berceau,  et un homme qui se tenait dans l’ombre) nous attendait dans une seconde salle, en fait une étable. Un âne et un bœuf le réchauffait  de leurs naseaux.

Enfant ! Nous aussi nous étions comme cet enfant. On ne disait rien, on attendait, où plutôt nous nous avions la révélation qu’il n’y a avait plus rien à attendre, qu’il suffisait maintenant de se laisser remplir par cette grâce, que notre vie et l’histoire de monde allait se jouer autour de cette effusion, entre ceux qui la recevraient et ceux qui la refuseraient.

Nous sommes revenus à nos troupeaux en chantant. A tue-tête ! Nous avions touché l’horizon !

Quelque chose avait changé. Nous avions été plongés dans une grâce et une joie qui nous faisaient entrer de plain-pied dans l’éternité, non celle qu’on  prépare ou  mérite, celle qu’on vit ici et maintenant.

L’éternité ici et maintenant. C’est sans doute ce que méditait en son cœur cette toute jeune femme illuminée par son enfant. Je repense sans cesse à elle, à la plénitude spirituelle qui émanait de son attitude. Loin des gymnastiques ritualistes !

C’était ruisselant.

Je suis sale et puant, mais j’ai reçu  cette eau lustrale.

 

 

 

 

Contexte des versets retenus par la liturgie

Luc entremêle deux anneaux: il insère dans l'anneau qui présente le cadre général de la naissance de Jésus un deuxième anneau qui présente la démarche des bergers selon le schéma habituel des annonciations.

Il poursuivra le cadre général en composant un deuxième mouvement évoquant le rite juif de la circoncision puis les rites juifs de la présentation au Temple. Il conclura en mentionnant le retour à Nazareth.

 

Piste possible de réflexion : à la lumière des contrastes et des signes

Lorsque nous entendons pour la nième fois ce texte de la naissance de Jésus, il faut bien avouer qu'il n'éveille pas en nous un désir intense d'une meilleure connaissance des faits et des personnes en présence. Depuis notre plus tendre enfance, nous connaissons le scénario, nous admettons facilement qu'il a reçu quelques amplifications folkloriques mais nous pensons inutile d'y revenir. Finalement, pour beaucoup, il est devenu neutre, sans saveur ni couleur autres qu'un "coup de cœur" en fin d'année.

Ceci nous empêche sans doute d'entendre les protestations de notre ami saint Luc lorsqu'il constate le gâchis dont est victime un texte dont il avait soigneusement travaillé la présentation.

1°. Une meilleure connaissance des faits

Au lieu de prendre pour argent comptant les inventions farfelues du Moyen Age, il nous suffit pourtant de revenir à la sobriété "historique" des premiers versets de ce passage.

Les choses sont claires. La naissance est intervenue au printemps des années 6 ou 7 avant notre ère, au village de Bethléem perturbé à ce moment par un recensement provincial. Une jeune femme a mis au monde un garçon. Le fait n'avait rien de dramatique sinon qu'il avait été précédé d'un long parcours depuis la Galilée. La famille de Joseph avait accueilli le couple avec la chaleur qui caractérise l'hospitalité juive et elle avait entouré cette naissance de toute la délicatesse que la mentalité de cette région portait aux enfants.

Peu de gens alors soupçonnaient l'avenir. Localement, Marie et Joseph étaient sans doute les seuls à connaître le mystère d'une conception qui en faisait les acteurs de l'avenir messianique. Mais, dans leur esprit, rien n'était vraiment précis quant au déroulement de celui-ci.

Matériellement il n'y eut que le fait banal d'une naissance ordinaire. L'époque bouillonnait d'espérance et d'attente; la plus petite étincelle aurait été spontanément amplifiée comme en témoignent les prétendus messies qui surgissaient régulièrement. Or lorsque Jésus commencera à prêcher, personne ne fera référence à quoi que ce soit. Bien au contraire, il lui sera demandé des signes et on lui objectera sa simplicité.

Tel est l'enchaînement très simple que nous lisons dans le canevas initial: un déplacement vers Bethléem, la naissance de l'enfant, les rites juifs dans le cadre du Temple, la remontée à Nazareth.

2°. Une meilleure connaissance du genre littéraire

C'est à partir de ce canevas que Luc nous invite à réfléchir. Il est facile de percevoir qu'il le surcharge en adoptant un style différent. Comme Matthieu, il recourt à un genre littéraire qu'aimaient beaucoup les anciens pour exprimer la profondeur des événements, le genre symbolique.

C'est parce que ce fait a été banal qu'il éclaire ce qui sera perçu par la suite dans la parole, l'action, l'engagement de Jésus adulte, à savoir un nouveau "visage de Dieu". Nous ne devons jamais oublier que ces textes ont été écrits à la lumière de la vie publique, de la mort et de la résurrection de Jésus. Les auteurs sont les premiers à nous le rappeler en multipliant les rapprochements évocateurs. Ils n'ont pas cherché à nous piéger en présentant deux visages contradictoires de Dieu, un visage merveilleux à la naissance et un visage d'humanité par la suite. Ils ont voulu nous traduire la cohérence d'une simplicité qui se retrouvera d'un bout à l'autre du témoignage.

C'est ce qui fait l'originalité d'une présentation où Luc a su se garder de toute dérive en faisant jouer les contrastes et les signes.

3°. Les contrastes

* L'empereur-dieu et le nouveau-né

Ce n'est pas sans raison que Luc présente soigneusement l'auteur du recensement. Il n'y a aucune raison de douter que ce recensement, quelle que fût sa forme, ait eu lieu sous le gouvernement d'Octave, petit neveu de Jules César, qui régna de 31 avant notre ère à 14 après notre ère. Mais il est utile de rappeler que c'est lui qui, en 27, se déclara premier empereur, "empereur à vie", et revendiqua pour cette fonction le titre nouveau "d'Auguste", c'est-à-dire "digne de révérence" à l'égal d'un dieu. Luc renforce d'ailleurs cet orgueil en parlant d'un ordre qui bouleverse "tout le monde habité" dont il se prétend ainsi le maître.

Un contraste est ainsi suggéré entre l'empereur et l'enfant. Lorsque l'évangéliste écrit, vers 80, une inversion s'est opérée. Pas moins de sept empereurs ont succédé à Octave, "jonglant" avec le pouvoir politique dans un enchaînement souvent dramatique. Celui qui avait pris place parmi les hommes de façon discrète, acceptant de "faire route" selon les conditions que lui imposaient les prétentions dérisoires des puissants, est désormais proclamé "Fils de Dieu" par la communauté chrétienne et son message s'est répandu à travers tout le bassin de la Méditerranée, prémices de son extension "jusqu'aux extrémités de la terre" (Actes 1/8)

* L'empereur-dominateur et le Sauveur

L'empereur gouverne par ordre et en dominateur. Le recensement visait plus qu'une perspective statistique en vue du calcul de l'impôt. Il affirmait l'autorité politique et religieuse de Rome sur "tout l'univers". Pour les juifs, il ravivait les souvenirs d'une grandeur nationale désormais disparue malgré les promesses faites aux ancêtres et les espérances qu'elles continuaient de susciter. .

Et voici qu'une autre gloire, venant du ciel et non de Rome, "enveloppe de clarté". Le message ne comporte pas d'exigence, il se présente comme "Bonne Nouvelle" destinée à susciter une "grande joie pour tout le peuple". Le Seigneur se déplace parmi les hommes en "Sauveur" sous la forme la moins contraignante, la forme d'un nouveau-né. Rien n'est imposé quant à la démarche qui doit y correspondre.

4°. Les signes

* premier-né, enveloppé de langes, couché, dans une mangeoire

Par trois fois, Luc reviendra sur ces quatre traits. C'est dire s'il tient à ce que nous les percevions comme révélateurs de ce qui doit être au cœur de la foi. Il faut reconnaître que bien peu de lecteurs lui prêtent une attention semblable. Pour beaucoup, le signe essentiel se présente sous un aspect tellement simple qu'il est devenu un non-signe, une simple remarque descriptive.

L'évocation de la résurrection surgissant de la passion devrait pourtant nous venir spontanément à l'esprit.

Jésus premier-né… selon l'extension que traduira l'hymne de la lettre aux Colossiens (1/15): Christ tout à la fois "image du Dieu invisible, premier-né de toute créature" et "premier-né d'entre les morts"... Création et résurrection se rejoignent en sa personne.

Jésus enveloppé de langes et couché. Comme Luc le suggère en son vocabulaire, tels sont les signes qui seront ceux de la passion. Lorsque "l'anneau historique d'ensemble" se refermera, Jésus "sera roulé dans un linceul" avant d'être déposé dans "une tombe où personne encore n'avait été couché" (23/53). Ce drame scellera son éviction au temps où il "n'y aura plus de place" pour qu'il puisse "séjourner" dans le cadre juif de son époque.

Jésus reposant dans une mangeoire… La veille de sa mort, il exprimera le profond désir de "manger la pâque avec ses disciples dans la salle d'hôtes" que lui prêtait un de ses amis (22/11). Depuis ce temps, le signe du pain partagé reste à jamais pour les chrétiens le signe qui résume le passé, le présent et l'avenir de leur relation permanente à Jésus… signe "ordinaire" lui aussi et pourtant signe privilégié depuis les disciples d'Emmaüs jusqu'à aujourd'hui… C'est à ce signe que nous le reconnaissons et c'est en recevant ce signe que nous nourrissons nos vies de la densité d'humanité que recèle son témoignage.

* les bergers

C'est alors qu'entrent en scène les bergers. N'en faisons pas un folklore alors qu'il est si facile d'en percevoir le symbolisme en portée universelle. Car, Luc tient à nous rappeler que tous les "bergers" de l'aventure judéo-chrétienne se retrouvent à cette naissance. Il vaut la peine de les détailler en les reliant aux trois étapes qu'évoque le récit complet de leur intervention.

= Luc pense d'abord aux Anciens: Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David, Amos et à tous ceux qui façonnèrent l'histoire d'Israël, "dans la nuit" qui précéda l'incarnation de Jésus.

Ils furent tous bergers fidèles "selon le cœur de Dieu" (Jérémie 3/15), veillant sur le troupeau que Dieu s'était choisi et leur avait confié pour préparer l'avenir du salut… A tous, peut s'appliquer l'hommage de l'épître aux Hébreux (11/13): "ils moururent tous sans avoir reçu l'objet des promesses, mais ils l'ont vu et salué de loin".

= Luc pense aussi à ceux qui accueillirent la prédication de Jésus.

Malgré leurs prestigieux ancêtres, au début de notre ère, les bergers représentaient une des classes les plus méprisées dans la société du temps; il leur était reproché de ne pas respecter le sabbat et de ne pas fréquenter régulièrement la synagogue. Ce furent des gens simples qui se révélèrent sensibles au message et à l'action de Jésus, "peuple des pauvres" dont parlaient les prophètes et qui vinrent à lui, "en hâte", "le pressant pour entendre sa parole" (5/1), nullement déconcertés par sa proximité.

C'est dans ce milieu que Jésus choisit ses premiers compagnons. Il lui fut reproché de fréquenter les publicains et les pécheurs (15/2), de partager ses repas avec des convives de toutes origines. Et pourtant ce sont eux dont le fidèle souvenir permet à jamais de le "découvrir" en son témoignage historique... "Heureux étaient-ils - et heureux sommes-nous - car leurs yeux ont su regarder! De nombreux prophètes et rois avaient voulu voir ce qu'ils regardaient et cela ne leur avait pas été donné." (10/23)

= Luc ne peut oublier les missionnaires qui lui portèrent la foi. Aussi tient-il à relier au symbolisme des bergers ceux qui furent les premiers annonciateurs de l'Evangile, "petit troupeau, auquel le Père a eu la bienveillance de donner le Royaume" (12/32)

Leur mission a bien comporté deux temps, un temps de prédication et un temps d'organisation. Ils n'eurent d'autre souci que d'être "au service de la parole", estimant comme l'affirmeront Pierre et Jean devant le Sanhédrin (Actes 10/24), "qu'ils ne pouvaient pas ne pas publier ce qu'ils avaient vu et entendu". Quant à l'organisation qu'ils donnèrent à leurs communautés, elle s'inspira toujours de l'activité du "berger qui part à la recherche de la brebis perdue jusqu'à ce qu'il la retrouve".

* l'Ange du Seigneur et la communauté céleste

Les deux mentions contribuent à exprimer la dimension divine de cette naissance. La première fait intervenir l'Ange du Seigneur, formule habituelle pour désigner le Seigneur en respectant sa transcendance. Elle mentionne "la gloire du Seigneur" autre manière biblique de désigner la présence divine. La Bonne Nouvelle concerne un engagement renouvelé puisqu'il s'agit d'un "Sauveur" qui est "Christ Seigneur".

La multitude de la communauté céleste amplifie cette importance et surtout ajoute l'idée que la joie de la naissance dépasse les limites de notre monde. Tout l'univers, visible et invisible, terrestre et céleste, s'y trouve associé.

Conclusion

Voilà donc le texte qui nous est proposé par Luc. Il se suffit à lui-même sans qu'il soit besoin d'y ajouter quoi que ce soit de "merveilleux" sous la pression d'un imaginaire facilement trompeur. Il nous invite à accueillir ce Jésus qui demeure parmi nous dans la même simplicité.

Annexes

 

Les empereurs romains de la naissance de Jésus à la rédaction de Luc

Auguste (31 avant notre ère - 14 de notre ère) : Octave était devenu, après sa victoire sur Antoine à Actium (en 31 avant notre ère) le seul maître du vaste empire romain. Après les multiples convulsions qui avaient marqué le règne de ses prédécesseurs, la population aspirait à la paix. Il fut effectivement un grand souverain, menant une politique sage et modérée. Il instaura un pouvoir centralisateur fort, sut maintenir le calme dans les territoires conquis, favorisa l'essor naissant de la littérature latine : Horace, Virgile, Tite-Live…

Sa position fut confortée par la décision du Sénat qui éleva au rang des dieux son père adoptif César. En 27, il reçut du même Sénat les pleins pouvoirs et c'est alors qu'il ajouta à son nom celui d'Auguste, appellation qui était jusque-là réservée aux dieux.

Une inscription, datant de 9 avant notre ère et retrouvée à Priène (Asie Mineure), remercie la providence divine "qui nous a donné Auguste, rempli de force pour le bien des hommes et envoyé comme sauveur pour nous et nos descendants…" Elle ajoute: "le jour de sa naissance fut pour le monde le commencement de bonnes nouvelles (en grec évangiles) qui émanent de lui."

Tibère, son fils adoptif lui succéda (14-37) : il continua la même politique sans grande originalité personnelle. Sous son gouvernement, Ponce-Pilate fut établi procurateur en Judée et Samarie (26-36)

Caligula (37-41) accentua la prétention impériale à se situer au même niveau de dignité que les dieux. Il fut emporté par une révolution de palais fomentée par ses nombreux ennemis.

Claude (41-54) oncle du précédent, s'efforça de gouverner honnêtement, exception faite des mesures qu'il prit contre les juifs romains. Il fut empoisonné par son épouse Agrippine qui voulait mettre sur le trône Néron, le fils d'un premier mariage.

Néron (54-68) évolua rapidement vers un règne débridé et cruel, inspiré d'une soif de pouvoir insatiable. C'est lui qui désigna Vespasien et son fils Titus pour rétablir l'ordre en Palestine. Il se donna la mort pour échapper à une conspiration ourdie contre lui.

Il s'ensuivit une grande confusion pour la succession, entre Galba soutenu par ses soldats en Espagne, Othon soutenu par les prétoriens de Rome et Vitellius soutenu par les légions de Germanie. Vespasien (69-79), engagé dans la reconquête de la Palestine, revint à Rome et réussit à s'emparer du pouvoir.

Titus (79-81) son fils, vainqueur du siège de Jérusalem (70), lui succéda.

Domitien (81-96), frère du précédent, accentua l'aspect personnel d'un pouvoir qu'il concevait comme illimité et devant être l'objet d'une soumission aveugle. Il mourut assassiné.

Le recensement

Il s'agissait d'une inscription au registre officiel de Rome : nom, profession, fortune concernant tous les habitants des provinces. Un des buts en était le calcul des impôts et des forces utilisables en temps de guerre.

En certaines régions occupées par les romains, dont la Palestine, le recensement entraînait une complication, car l'inscription n'était pas faite au lieu de résidence, mais au pays d'où était originaire la famille à laquelle on appartenait. En Israël, les traditions familiales avaient toujours été très fortes mais elles l'étaient devenues encore plus depuis l'exil; la nation avait échappé à la disparition politique, mais elle restait menacée en ses particularités, religieuse et culturelle, sous la pression des occupations étrangères qu'elle devait subir. Depuis Esdras (452) les autorités faisaient tout pour maintenir la pureté de la foi (et de la race).

Le recensement dont il est question au moment de la naissance de Jésus soulève quelques difficultés historiques, celles-ci ressortent principalement de l'aspect universel que Luc lui donne

Il le situe " sous le gouvernement de Quirinius "… Nous connaissons par ailleurs ce Publius Sulpicius Quirinius: sénateur, ancien consul, ancien combattant d'Afrique, légat impérial en Syrie, ami de Tibère, Tacite parle même du procès scandaleux qu'il intenta à sa femme lors de sa répudiation. Nous savons qu'il était chargé de la politique romaine dans le Proche-Orient dès l'an 12 avant notre ère et qu'il fut le conseiller du jeune Caïus César, petit-fils d'Auguste, dans les premières années de notre ère…mais nous ne trouvons pas trace d'un gouvernement "officiel" de Quirinius en Syrie au temps d'Hérode.

Durant les années qui intéressent la naissance du Jésus, les noms des gouverneurs sont établis avec certitude : Sentius Saturninus (9-6 avant notre ère) - Quintilius Varus (6-4 avant notre ère) - le successeur de Varus n'est pas connu - Volutius Saturninus (4-5 de notre ère) - Coponius (6-8 de notre ère)

Par ailleurs, les recensements généraux faisaient l'objet d'inscriptions qui nous permettent de mieux les connaître. Ainsi une inscription d'Auguste à Ancyre (Ankara) mentionne trois recensements faits par cet empereur : en 726 de Rome (28 ans avant notre ère ), en 746 ( 8 ans avant ), en 767 ( 14 ans après ). S'agissait-il de recensements pour tous les habitants de l'Empire ou pour les seuls romains ? La mention ne le précise pas ...

Flavius Josèphe (appuyé par une mention des Actes des Apôtres 5/37 ) parle d'un recensement fait par Quirinius comme gouverneur de Syrie, mais en l'année 6 de notre ère.

Si l'on s'en tient à un aspect historique strict, plusieurs possibilités se dégagent et ne peuvent être départagées: ou bien il ne s'agit pas de Quirinius, mais d'un autre gouverneur de Syrie. Dans ce cas, il ne se serait pas agi d'un recensement général, mais d'un recensement partiel de la province, nous savons par Tertullien que les gouverneurs avaient pouvoir d'en organiser… ou bien Luc a confondu deux recensements : celui de Quirinius en l'an 6 de notre ère, recensement général et cet autre recensement en l'an 6 avant notre ère, notre auteur aurait reporté sur lui les caractéristiques du précédent.

Les précisions précédentes ne font pas intervenir le genre littéraire du récit de Luc, particulièrement la dimension symbolique des oppositions entre César "le divin", se prétendant roi de tout l'univers, et Jésus, naissant simplement au cœur des bouleversements provoqués par ces prétentions. Certes, il nous faut toujours maintenir la distinction entre plan historique et plan symbolique, mais nous savons qu'il s'agit là d'une exigence moderne qui ne s'imposait pas à l'esprit des auteurs anciens.

 

Questions concernant la datation de la naissance du Christ

Historiquement, les premiers calculs nous viennent de Denys le Petit (Dyonisius Exigus) moine scythe de Dobrogéa, très érudit, canoniste, traducteur et grand connaisseur du monde grec. Il vivait à Rome au VI° siècle (500 - 545)

Il est important de préciser les données qu'il fit intervenir dans ses calculs.

* ce ne furent pas les indications de Matthieu et de Luc qui concordent dans la mention: " Jésus est né à Bethléem, au temps du roi Hérode ". Sans doute, Denys était-il dans l'impossibilité de dater la mort du roi Hérode !

* il prit en considération le verset 3/1 de Luc qui nous renseigne avec exactitude sur les débuts de la prédication de Jean-Baptiste. L'évangéliste précise : 15ème année du règne de l'empereur Tibère-César. L'empereur précédent est mort le 19 août de l'an 768 de la fondation de Rome ; la quinzième année court donc du 19 août 782 au 19 août 783 ... ou sans doute du 1er octobre 782 si l'on tient compte de la coutume de la province de Syrie qui plaçait le premier jour de l'an à cette date (ce qui ne changeait rien pour ce point).

* Denys est parti de cette base et l'a complétée de l'indication Luc 3/23 : " Jésus, lors de son baptême, était âgé d'environ 30 ans ". Négligeant le mot "environ" et prenant avec exactitude le renseignement, il ajoute un an par rapport au début de la prédication de Jean (il pensait que cette prédication avait couvert plusieurs mois pour aboutir au baptême du Christ vers Janvier, donc l'année suivante). Il obtient ainsi 784. Il recule de 30 par rapport à cette date.

* Il en conclut la naissance de Jésus en l'an 754 de l'ère romaine (selon la légende de la fondation de Rome).

Les erreurs de Denys le Petit

Celui-ci ne disposait pas de la documentation que nous avons actuellement sur les systèmes chronologiques de l'histoire de l'Orient et de l'Antiquité classique. Par ailleurs, au sortir d'une période fortement perturbée par les invasions barbares, les érudits n'étaient pas nombreux et leurs travaux ne faisaient pas l'objet d'un débat critique. Aussi, en certains domaines, leurs approximations prenaient rapidement figure de certitudes.

= Tibère était déjà associé à Auguste deux ans avant la mort de ce dernier. Nous savons maintenant que les usages de l'empire romains considéraient l'associé du souverain comme souverain lui-même. Il faudrait donc déjà reculer de deux ans.

= La mort d'Hérode nous est connue par l'historien juif Josèphe dans son livre "les Antiquités juives". Il nous raconte les détails de sa fin: sa peur d'être détrôné et les conséquences sanglantes qui en résultèrent pour ses proches ; la maladie qui l'emporta, peu avant la Pâque, aux bains de Callichoé où il passa les derniers mois de son existence. Hérode ayant eu de nombreux rapports avec le pouvoir impérial duquel il détenait son autorité, Josèphe permet ainsi une datation référée au calendrier romain.

Il est donc possible de dater le règne d'Hérode de l'an 714 de Rome - décret du Sénat le nommant roi de Judée - à l'an 750. Josèphe mentionne également que cette mort intervint au moment d'une éclipse de lune, ce qui confirme 750.

= Le verset de Luc "environ trente ans" laisse une certaine marge. La trentaine était requise par la coutume juive pour entrer dans la vie publique, l'évangéliste situe ainsi Jésus en parfaite harmonie avec le cadre de son époque.

= De façon plus approximative, on a pris l'habitude de compter deux ans avant la mort d'Hérode en s'appuyant sur le texte de Matthieu : "Hérode envoya tuer, dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans, d'après la date qu'il s'était fait préciser par les mages" (2/16). Mais le genre littéraire du récit des mages ne permet pas de faire intervenir ce délai avec rigueur.

Persistance de cette erreur

Il semble que cette erreur ait été perçue depuis longtemps. Elle parut sans conséquences pratiques et les choses furent laissées dans l'état. Il est certain que, de nombreux siècles s'étant écoulés depuis cette "fixation" chronologique, les rectifications représentaient un travail impressionnant.

Fixation de la date de célébration

Les traces les plus anciennes de célébration se retrouvent en Orient à la date du 6 Janvier: "fête des Epiphanies, apparitions ou manifestations du Seigneur". Y sont regroupées trois commémorations : naissance de Jésus, adoration par les mages et baptême par Jean-Baptiste. Dans le courant du 4ème siècle, toutes les églises d'Orient observaient cette date.

A Rome, le premier document qui mentionne une célébration est un calendrier publié en 354 par Philocalus. Il la place au 25 décembre sous le nom de Noël. Il doit refléter une pratique établie au début du siècle ou quelque temps auparavant.

Pour harmoniser ces deux traditions différentes, un compromis en forme de dédoublement se généralisa: l'Occident adopta peu à peu l'Epiphanie et l'Orient, malgré quelques réticences, adopta Noël. Ce fut chose faite vers la fin du 4ème siècle, mais il importe de noter qu'en Occident le 6 Janvier n'eut jamais le caractère d'une fête de la naissance de Jésus, elle se situe plutôt en complément. .

Plusieurs hypothèses ont été avancées, par la suite, pour expliquer ces dates.

* Les plus connues mentionnent le rapport au symbolisme de la lumière, mais cette référence semble s'être établie de façon beaucoup plus complexe qu'on ne l'avance parfois. Les anciens étaient sensibles à des considérations, astronomiques et symboliques, qui étaient fortement dépendantes des connaissances et des modèles de pensée de leur temps. De ce fait, beaucoup de leurs raisonnements échappent à la "logique" de nos esprits modernes. On ne peut cependant les ignorer pour comprendre l'interprétation sous-jacente à leurs choix.

Initialement, il semble que ce soit la date de la mort du Christ qui ait déterminé la date de sa naissance. Au début du 4ème siècle, certains écrits mentionnent le vendredi-saint au 25 Mars. Ce jour était d'autant plus facilement admis qu'il coïncidait avec l'équinoxe de printemps, anniversaire de la création du monde selon une idée universellement répandue. Toujours dans l'esprit de l'époque, le Christ n'avait pu passer sur terre qu'un nombre entier d'années, car les fractions sont des imperfections qui ne cadrent pas avec le symbolisme des nombres. L'incarnation devait donc avoir eu lieu le 25 Mars, comme la passion. L'incarnation étant comptée à partir du premier instant de la grossesse de Marie, la naissance du Christ devait avoir eu lieu le 25 Décembre.

La date du 6 Janvier pourrait s'expliquer à partir du même raisonnement. Mais, c'est à la résurrection du Christ qu'il aurait été donné priorité; le monde ayant été créé à l'équinoxe, la pleine lune, quatorze jours plus tard, serait le vrai symbole de l'origine des choses.

* Le rattachement au symbolisme de la lumière est très ancien. Les Pères de l'Eglise évoquent souvent Jésus comme le soleil, le "nouveau soleil" qui assure la victoire définitive de la lumière sur les ténèbres. Une très ancienne mosaïque romaine (3ème siècle) représente le Christ-soleil sur un char triomphal.

Depuis fort longtemps des fêtes païennes se sont inspirées du rythme de la lumière solaire; décroissante jusqu'au solstice d'hiver, elle reprend alors vigueur pour un nouveau cycle. Aurélien (empereur de 270 à 275) avait institué à cette date la fête du "Soleil renaissant et invaincu" (Natalis solis invicti) ; elle donnait lieu à de joyeuses orgies… Il y eut peut-être conjonction entre la symbolique et le souci de mettre fin à certains débordements.

Mise à jour le Mercredi, 25 Décembre 2013 12:39
 
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