Réflexions sur la Parole, chaque Dimanche...

Ce site est une réponse à l'exhortation de Benoît XVI Verbum Domini.
En ouverture du Synode qui a abouti à ce texte, le Saint Père déclarait :" Seule la Parole de Dieu peut changer profondément le coeur de l'homme et il est alors important que chaque croyant et chaque communauté entre dans une intimité toujours plus grande avec elle." Et il ajoutait: "c'est un don et une tâche incontournable de l'Eglise de communiquer la joie qui vient de la rencontre avec la personne du Christ, Parole du Dieu présent au milieu de nous."
L'annonce de la Parole dans un véritable élan missionnaire doit être le souci de tous les catholiques. On trouvera donc ici quelques réflexions et éclaircissements sur l'Evangile, au fil des Dimanches de l'année liturgique. Ces notes sont le fruit d'un travail de longue haleine sur la Bible, avec des prêtres, des exégètes, ou au sein d'équipes pastorales. Elles ont pour seule ambition de nous faire toujours plus apprécier la saveur de la Parole, de nous transformer toujours davantage en ces disciples au coeur brûlant qu'accompagna le Christ sur le chemin d'Emmaüs. Et de mieux nous préparer à la fraction du pain.

Année A : 3ème Dimanche de l'Avent

Année A : 3ème Dimanche de l'Avent

Sommaire

Actualité: dans l'Esprit saint et dans le feu

Evangile : Matthieu 11/2-11

Méditation : « Est-ce que les rebelles peuvent être heureux ? » (Dostoïevski : Les frères Karamazov)

Commentaire sur les versets retenus par la liturgie

Piste de réflexion : N’ayons pas peur du feu

 

A lire de toute urgence: Dostoïevsky, Les Frères Karamazov ("Le grand Inquisiteur")

Actualité

Dimanche dernier, nous avons commencé à réfléchir sur l'exemple que  trace l'engagement de Jean-Baptiste en tant que précurseur. Il fut précurseur de Jésus, et Matthieu insistait beaucoup sur sa personne comme sur sa mission. Mais, en rappelant son appartenance au temps nouveau qui commence avec le Messie, l'évangéliste faisait de lui le précurseur de tout apôtre et donc de tout chrétien. Le mouvement de l'histoire associe à notre foi une mission semblable à la sienne.

Le dynamisme des symbolismes qui esquissaient son action aidait à ce rapprochement. Nous aussi devons affronter un monde dont les perspectives religieuses sont devenues désertiques. Les chemins bien droits qu'il faut tracer ne sont pas orientés vers le ciel, mais vers le monde des hommes. En Jésus le Royaume s'est approché et a révélé en un témoignage sans ambiguïté le visage qu'il convenait de lui donner. Il nous revient désormais de traduire cette proximité du ressuscité en tous temps et en tous lieux.

Cette mission ne va pas de soi et, en se fondant sur l'exemple de Jean-Baptiste, Matthieu ne nous berce pas d'illusion. Il nous invite cependant à ne pas dramatiser en situant cet engagement dans le mouvement de la vie. Celui-ci met en œuvre quelques lois fondamentales qui rejaillissent sur toute histoire humaine, que ce soit notre histoire personnelle, l'histoire de nos sociétés ou l'histoire de l'Eglise. Il est donc normal que nous les retrouvions au long de l'évangile. L'une d'entre elles ressort nettement des orientations contrastées qui ont marqué les débuts du Précurseur: continuité et rupture déterminent l'enchaînement des événements. Telle était la clé de lecture des versets proposés au 2ème dimanche de l'Avent.

Selon le style qui est le sien, style très concret auquel nous nous habituerons progressivement, Matthieu poursuit aujourd'hui en abordant une autre loi fondamentale qui découle de la première. Il l'avait annoncé auparavant en une expression typiquement juive: la foi en Jésus "plonge dans l'Esprit-Saint et dans le feu". Lorsqu'on parle de l'Esprit, nous arrivons à percevoir un peu ce dont il s'agit, mais la question du feu se révèle bien mystérieuse. C'est pourtant sur cette question du feu qu'achoppe Jean-Baptiste dans le passage d'aujourd'hui. Et si l'évangéliste y insiste, c'est qu'il s'agit d'une difficulté constante à affronter.

Evangile

Evangile selon saint Matthieu 11/2-11

La diffusion du Royaume - le ministère de Jean-Baptiste

a) Qui est Jésus ?…  

1. les hésitations possibles

Jean, entendant dans sa prison les oeuvres du Christ, demandant par ses disciples, lui dit: "Toi, es-tu celui qui vient ou en attendons-nous un second?"

2.les signes

Répondant, Jésus leur dit :

" Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et regardez:

les aveugles recouvrent le regard et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds-muets entendent, et les morts se réveillent

et les pauvres sont instruits de la Bonne Nouvelle,

et heureux est celui qui n'achoppera pas en moi I "

b) Qui est Jean le messager ?…

1. le témoignage historique de Jean

Comme ceux-ci s'en allaient, Jésus commença à dire aux foules au sujet de Jean :

" Qu'êtes-vous allés voir au désert ? ...un roseau agité par le vent ?...

Alors qu'êtes-vous allés voir ? ... un homme habillé de vêtements délicats ? Mais ceux qui portent des vêtements délicats vivent dans les maisons des rois ...

Alors qu'êtes-vous allés voir ? ... un prophète? Oui, je vous le dis, et un homme supérieur à un prophète ...

2. la mission de Jean

C'est de lui qu'il est écrit : " Voici : Moi, j'envoie mon ange (messager) devant toi, il préparera le chemin devant toi " (Malachie 3/1)

En vérité, je vous le dis : il n'a pas existé, parmi les enfants des femmes, un plus grand que Jean-Baptiste.

Cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.


Méditation : « Est-ce que les rebelles peuvent être heureux ? » (Dostoïevski : Les frères Karamazov)

 

Gaudete in Domino : iterum dico, gaudete. (Soyez toujours joyeux dans le Seigneur; encore une fois, soyez toujours joyeux. (Introït grégorien du 3ème Dimanche de l’Avent)

C’est le dimanche de la joie. Le prêtre qui revêtait, depuis le début de l’Avent,  des ornements violets et sans fleurs,  tempère aujourd’hui ce rappel pénitentiel en prenant les ornements roses. (Pendant le carême, on  retrouvera le même signe  avec le dimanche du Laetare.)

Les ornements roses, ce sont les ornements de la rosée. Elle tombe du ciel comme une bénédiction : « Que Dieu te donne avec la rosée du ciel et de gras terroirs, abondance de froment et de vin nouveau » (Gn, XXVII 28). La rosée symbolise la parole divine reçue par les fidèles : « Que ma parole s'épande comme la rosée » (Dt. XXII 2).  Aussi,  pendant l’Avent, nous chantons : « Rorate cæli de super et nubes pluant justum ! » (Cieux, répandez d’en haut votre rosée et que les nuées fassent pleuvoir le juste !)

Gaudete ! Pourtant l’évangile de ce dimanche nous plonge dans une prison où croupit Jean-Baptiste, la forteresse de Machéronte, mille mètres au-dessus de la  mer Morte. Dans cette obscurité, le prophète s’interroge. N’avait-il pas attendu et annoncé un homme puissant, baptisant dans l’esprit et le feu ? Or voici que vient cet homme doux  qui « n’éteint pas la flamme vacillante ». Face au qu’est-ce que cela ?, (« ce que faisait le Christ »), étonnement préalable qui ouvre à la foi, Il envoie deux disciples poser au Christ la question fondamentale,  qui est donc celui-là ? La réponse engagera toute profession de foi sérieuse.

Jésus les rassure en leur montrant que la prophétie s’accomplit en Lui, par miracles discrets qui activent une foi confiante. Plus encore, Jésus célèbre Jean devant la foule. Ce prophète n’était point « un roseau agité par le vent », mais bien, tel que lui-même s’est compris, le messager envoyé pour préparer le chemin.

Alors, quelle joie ?

Ne nous trompons pas. La prison où Jean est enfermé, c’est nous-même. Les cris que nous entendons au fond de ce gouffre, ce sont les nôtres. Et les messagers que nous envoyons au Christ, ce sont nos incrédulités : qui es-tu ? Que nous puissions entendre ces questions, que nous puissions les poser et recevoir la réponse, c’est pure grâce de Dieu, obtenue pour nous par l’ultime sacrifice du Précurseur. Jean est inspiré, dépêché et consolé par le Christ, parce que le Christ inspire, dépêche et console par la réalité de son action même. En ce sens Jean-Baptiste est le modèle de tout chrétien.

Ce n’est pas Jean qui manque de courage, c’est nous qui enfermons son courage dans la geôle des fausses croyances. C’est nous qui nous érigeons comme obstacles, scandales, au Christ. Au lieu d’aplanir ses chemins. Et c’est une grâce obtenue par Jean, qu’il  nous envoie poser la question qui nous unira au Christ, et fera de nous « cet enfant », devenu plus grand que le plus grand parmi les hommes.

Il était nécessaire que Jean connût cette déréliction pour que l’humanité nouvelle se tournât vers Jésus et comprît qu’Il est le Christ. Par cette métanoia, l’homme entre dans la vraie joie de sa nouvelle naissance. Faute de quoi il se rendra toujours aux faux prophètes. Toujours les  prophètes de malheur séduiront par le mirage d’un faux bonheur.

Comment passons-nous à côté de la joie ? Par confusions messianiques. Ce fut vrai au temps de Jésus, cela reste vrai à chaque époque et pour chaque homme. Les formes diffèrent, le péché reste  identique : même ratage !

Qui attendons-nous ? Un maître. Un maître qui propose un ordre rassurant. Qui vient ? Un serviteur qui nous fait  don de la liberté : insupportable ! Libérez Barrabas !  Venez vite mes  très chères sœurs, mes trois Tentations chéries, mes trois Perpétuelles, mes trois Permanentes, mes trois Embusquées.

1. Comme  nous aimerions que le Christ change les pierres en pain ! Quelle adhésion unanime,  immédiate, nous apporterions à ce maître-là. Manque de chance, Il a préféré creuser une faim et une foi plus profondes.

2. Comme nous aimerions Le voir voltiger au-dessus du Temple. Quelle vérification, absolue, définitive ! Mais Il a préféré nous ouvrir à une connaissance et une espérance plus riches.

3. Comme nous aimerions qu’Il soumette la totalité des royaumes. Quelle sujétion agréable ! Quelle servitude reposante ! Mais il a préféré  nous offrir une liberté et une charité plus brûlantes.

C’est l’Esprit qui l’anime, et qu’Il donne. Et le feu ? Le feu naîtra de la friction entre l’Esprit et le monde, le monde avec ses épaisseurs, ses fantasmes, ses paresses… consumant ainsi nos  gloutonneries, nos illusions, nos soumissions….

La joie âpre que le Christ a dû ressentir en expédiant ces trois filles  du Diable, pour  faire don de cette victoire aux hommes. Mais que choisiront-ils ? C’est l’angoisse du Baptiste.  Puissent-ils  le choisir Lui, Le Christ, et non moi, dont la mission s’arrête à Ses pieds. Ce devrait être l’angoisse de tout chrétien : choisir l’Autre, sans cesse. Sacrifice suprême où l’on refuse d’instaurer en son nom propre  pour renvoyer au Verbe incarné par qui tout est restauré.

Quelle triste idée se font de  l’homme ceux qui le croient bâti pour une protection impérieuse  et non pour le tranchant d’une exigeante liberté. Pour l’avoir bien compris, Jean tombera sous le couperet du bourreau. Son martyre atteste sa prophétie ! Et la mort du Christ sur la Croix devrait mettre un terme à tous les sacrifices. On me tue par ce que j’ai dénoncé les puissances trompeuses ; on m’élimine par ce que j’ai montré la vérité. Mais vous, maintenant, vous savez….Il n’y a pas d’autre coupables que nous-mêmes,  et notre drame,  c’est que nous nous trompons de joie. Comprenez-vous maintenant ce qu’est le péché ? Cette compréhension vous libère.  Après cela, comment oser parler de la force aliénante, culpabilisante, du christianisme ?

Depuis le Christ, nous savons comment mettre fin au cycle infernal qui sacrifie le présent sous l’alibi d’un futur meilleur. Cycle atroce des épurations ! Depuis le Christ, nous savons comment débusquer les faux prophètes, ceux qui nous engourdissent en promettant du pain, du spectacle et des gardes.

Ce dimanche de Gaudete parle à chacun au plus profond de son âme, en ce lieu décisif  où se joue l’abolition de toute violence. Quelle est ta joie ? A nous tromper de salut, à le rechercher  sans cesse dans les faux bonheurs, sociaux ou individuels, nous finirons toujours par offrir notre cou au  Comité de salut public.

(C) 2013 Franck Laurent


Contexte des versets retenus par la liturgie

Matthieu compose son évangile selon une présentation dont il est facile de préciser le "rythme". Il procède par "développements" dont le thème est explicité en deux "ensembles": un exposé en enseignement oral est immédiatement confirmé par un témoignage historique. Nous trouvons là le rythme créateur du génie sémitique, dès le livre de la Genèse les initiatives de Dieu étaient ainsi présentées, "Dieu dit et cela fut"…

Le premier développement présente le "cœur de la Bonne Nouvelle", il s'agit du "Sermon sur la montagne". Prend place ensuite la mise en œuvre de cet enseignement par Jésus. Assez logiquement, Matthieu poursuit en traitant de la diffusion du Royaume à travers les lieux et les siècles. Notre passage appartient à ce deuxième développement. Les apôtres étant à la source de cette diffusion, l'enseignement oral porte d'abord sur la mission et les recommandations qui leur sont faites. Nous nous trouvons donc au deuxième volet, celui du témoignage historique.

Matthieu ne détaille pas l'histoire de cette période longue et difficile. Il en retient quelques points forts dont l'enchaînement amorce le mouvement qui, après Pâques, se poursuivra en extension universelle. Bien entendu, l'engagement du Baptiste est situé en premier point fort. L'évangéliste mentionnera ensuite l'incompréhension des contemporains; puis il analysera les oppositions latentes qui ont été la toile de fond du ministère de Jésus et préfigurent celles que rencontrera la mission des apôtres.

L'ambiance des "doutes" de Jean : le feu

Le passage d'aujourd'hui a été privé des quelques versets qui constituent sa conclusion. Il est nécessaire de les ajouter pour percevoir la portée de ce passage "selon Matthieu":

" Or, depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu'à maintenant, le Royaume des cieux est violent et des violents s'en emparent, car tous les prophètes et la Loi ont prophétisé jusqu'à Jean et, si vous voulez m'en croire, c'est lui, Elie qui doit venir"… "

En disposition littéraire, ces versets se situent en symétrie de la référence au livre de Malachie (3/1) concernant le "messager envoyé devant". Il faut lire cette référence en son entier pour en mesurer la portée. Le prophète compare ce messager au " feu d'un fondeur, à la lessive des blanchisseurs… il affinera les fils de Lévi comme on affine l'or et l'argent". L'image de la "violence" doit donc être appliquée à Jean. Ce rapprochement est accentué par la figure d'Elie: Sirac le Sage rend hommage à ce grand personnage de l'Ancien Testament (48/1) en recourant au même symbole : "Le prophète Elie se leva comme un feu et sa parole brûlait comme une torche… Toi qui fut désigné, dans les reproches pour les temps à venir, comme devant apaiser la colère avant qu'elle ne se déchaîne"…

L'ensemble de ce passage doit donc être situé dans la deuxième perspective qu'évoquait Jean-Baptiste dès le début de sa prédication: Jésus "baptise dans l'Esprit-Saint et le feu". Les deux choses pourraient être imaginées comme séparées. Effectivement, nous aurions tendance à comprendre le feu comme le feu du jugement dernier et c'est bien ainsi que le suggéraient les écrits prophétiques (Malachie 3/23). Matthieu en déplace le point d'impact et le relie à la venue du Royaume dès Jean-Baptiste. De même que Jean a été celui qui a facilité l'irruption de l'Esprit au baptême du Jourdain, il a été également "l'homme du feu", celui qui a été associé à cette seconde dimension. L'unité entre Jean et Jésus est à comprendre jusque-là. Il en sera de même pour la mission chrétienne.

Nous reviendrons sur cette idée. Mais ce n'est pas sans raison que Matthieu a situé Jean "dans sa prison"… ce n'est pas sans raison qu'il a présenté auparavant la mission des Douze comme suscitant les oppositions et les persécutions… ce n'est pas sans raison qu'il parlera ensuite des incompréhensions et des oppositions que Jésus lui-même va rencontrer après un premier temps qui semble favorable à sa mission. Un verset (10/34) a dissipé par avance certaines illusions messianiques: "N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive"…

Les références aux Ecritures

Chez Matthieu, les références aux Ecritures revêtent une grande importance et il est essentiel de les examiner avec soin. Nos mentalités modernes sont exposées à deux déviations. La plus grossière consiste à réduire l'auteur ancien au rôle de devin annonciateur de l'avenir. Cette restriction est devenue malheureusement habituelle. La seconde consiste à se limiter aux versets mentionnés.

En expression juive, il est indispensable de repérer le cadre d'où les références sont extraites et qui nous livre parfois la pensée de l'auteur de façon plus explicite que la citation elle-même. En raison de leurs longues études, les rabbins connaissaient l'ensemble des livres et, dans leurs discussions, il leur suffisait de quelques versets pour suggérer à l'esprit de leur interlocuteur la totalité du passage qu'ils citaient. On ne peut reprocher à Matthieu d'avoir cherché à traduire le message à des frères chrétiens qui partageaient sa culture et d'avoir emprunté les formes habituelles de celle-ci. Le cadre initial est donc aussi important que le texte et le texte lui-même invite souvent à poursuivre.

Nous pouvons appliquer ce conseil aux références qui sont rassemblées dans notre passage pour évoquer les "signes" de l'activité de Jésus. Il s'agit du prophète Isaïe et la "liste" paraît bien s'enchaîner. Pourtant il nous faut distinguer deux groupes d'activité, issus de deux "sources" légèrement différentes quant à leur cadre. Et c'est sur cette différence que repose la vraie réponse à Jean.

Bien entendu Matthieu ne pouvait savoir que le livre d'Isaïe avait été rédigé par trois auteurs successifs mais il ne pouvait qu'être attentif aux différents temps qui ressortent nettement de la simple lecture du document ancien.

Le premier groupe des signes est extrait de 35/5. Il s'agit du retour de l'exil à Babylone. Celui-ci devait nécessairement s'opérer à travers les steppes demi désertiques qui bordent le grand Désert oriental, d'où l'image d'une voie glorieuse ouverte par le Seigneur lui-même. L'ambiance est celle d'une libération opérée par Dieu, sans intermédiaire. Les aveugles, les sourds, les boiteux, les muets doivent participer à la joie générale. Il ne s'agit donc pas de "signes individuels" à proprement parler, mais d'ambiance messianique.

L'annonce de la Bonne Nouvelle se réfère à 61/1, reprenant 42/1. L'ambiance est différente. Le dernier auteur du livre d'Isaïe sait que le retour de l'exil n'a pas été la fin de l'histoire, il a été suivi de nombreuses désillusions. Il relance l'espérance en parlant d'une ouverture du peuple de Dieu à un accueil universel. Il évoque alors l'engagement d'un Messie personnel à qui cette mission est confiée: "L'Esprit du Seigneur est sur lui… c'est le Seigneur qui l'envoie porter la Bonne Nouvelle aux pauvres".

Jean-Baptiste connaissait les Ecritures. Il ne faisait pas la confusion "sentimentale" qui affecte souvent le mot "Bonne Nouvelle". Isaïe lui-même la définissait sans ambiguïté comme la "venue de Dieu", à la manière d'un "berger qui rassemble et fait paître son troupeau". Il s'agissait donc d'une présence définitive que Jésus incarnait. La mention des pauvres venait en second, car tout israélite savait que, lorsque les Ecritures parlaient des pauvres, il ne s'agissait pas d'abord de catégorie sociale mais de disponibilité spirituelle, d'ouverture pour accueillir la Parole.

Cet approfondissement des références est essentiel pour comprendre la question de Jean. Lorsqu'il entendait parler des premières guérisons de Jésus, il percevait nécessairement l'ambiance messianique qui semblait s'ouvrir. La question qu'il se posait était celle de la personne de Jésus comme représentative de l'ultime "venue". Et c'est sur ce point que Jésus lui répond affirmativement en citant le prophète: Oui, Jésus, "malgré" le style de ses premiers engagements est totalement "Emmanuel, Dieu avec nous".

Les confusions messianiques

Matthieu ne précise pas si cette présentation "à deux temps" a convaincu Jean-Baptiste. Nous n'avons aucune raison d'en douter. Il faut reconnaître qu'il n'en est peut-être pas de même pour nous. Aussi est-il bon de recourir à une information plus détaillée sur les conceptions messianiques en Palestine au temps de Jésus.

Contrairement à ce qu'ont avancé certains cantiques, l'unanimité était loin de caractériser l'attente du peuple juif. Les juifs ne disposaient pas d'un "portrait-robot" qu'ils n'auraient eu qu'à confronter avec la physionomie des prétendants. Tout était flou… le recours aux Ecritures, les dates éventuelles, le "style" que pourrait adopter l'intervention divine et donc le style de celui qui serait envoyé si cette hypothèse devait être retenue.

Les évangiles mentionnent trois des options qui semblent avoir été "majoritaires". L'opinion courante était favorable aux commentaires qui évoquaient le messie sous la figure de "roi", c'est-à-dire de chef militaire selon les conceptions de ce temps. D'autres esprits répugnaient à la violence au nom de leur foi juive ou par déception de l'histoire israélite passée sous régime monarchique. Ils étaient sensibles aux commentaires apocalyptiques du livre de Daniel à d'autres écrits récents; leur espérance portait sur un messie de "fin des temps". Enfin, discrètement, sans grand crédit auprès de leurs contemporains, quelques-uns s'appuyaient sur un petit nombre de textes bibliques, quelques versets d'Isaïe et quelques psaumes et en tiraient une troisième conception. Ils évoquaient la possibilité d'un Messie qui, en toute simplicité, prendrait sur lui notre humanité en une mission de "serviteur" selon le vocabulaire du prophète…

Les manuscrits de Qumran ont révélé l'existence d'un quatrième courant qui n'est pas sans éclairer indirectement la réflexion prêtée à Jean-Baptiste. Il est parlé de l'intervention de trois personnages: d'abord le Prophète qui annonce le temps messianique puis le règne simultané de deux Messies, un Messie sacerdotal, guide spirituel et un Messie royal, guide temporel de la communauté de salut.

La question "exacte" de Jean

En analysant les références, nous avons esquissé l'orientation qu'elles suggéraient. Il importe d'y revenir et de bien "serrer" la question que Matthieu prête à Jean-Baptiste. Ceci est d'autant plus important qu'il y voit l'anticipation des confusions qui guetteront souvent les chrétiens.

* Il ne s'agit pas d'abord de "doutes" concernant l'activité de Jésus, doutes qui remettraient en cause son engagement dans un projet messianique. Il s'agit de savoir si tout le projet messianique s'exprime dans ce qu'il est possible "d'entendre et de voir" en ce témoignage qui se déploie au niveau humain et historique.

* La réponse de Jésus est plus qu'affirmative, car elle invite à approfondir ce dont nous disposons comme un "donné fondamental". Le risque était grand, et il le reste, de limiter notre regard au nom de certains "rêves religieux" et d'estimer avoir dans l'évangile de simples "preuves" qui renvoient à autre chose de plus essentiel. Même si nous ne formulons pas les choses ainsi, il s'agit bien d'un second messie, projeté dans l'avenir.

* La "clé" qui évite cette fausse recherche tient dans la "Bonne Nouvelle" à savoir la certitude qu'en Jésus "Dieu est venu". Il est vrai, comme l'écrit Joseph Ratzinger (Foi chrétienne hier et aujourd'hui), que "les choses se présentent alors avec une singulière ambiguïté: ce qui parait d'abord être la révélation la plus radicale devient en même temps facteur d'obscurité extrême. En Jésus, Dieu s'est tellement rapproché que, de ce fait, semble-t-il, il cesse d'être Dieu pour nous. N'aurait-il pas été plus facile de nous élever au dessus des contingences de ce monde pour percevoir le mystère ineffable, au lieu qu'il faille nous limiter à une seule figure et placer le salut de l'homme et du monde sur le bout d'aiguille d'un point fortuit de l'espace et du temps".

* Pour Jean, un autre problème se posait. Au départ, il avait eu l'intuition que Jésus baptiserait "dans l'Esprit et dans le feu". Sur le premier point, les premiers enseignements de Jésus lui avaient donné raison, ils avaient nettement "plongé dans l'Esprit-Saint" ceux qui s'étaient mis à son écoute, mais où était passé le feu ? Sur ce point, fallait-il voir une "erreur" dans l'annonce des prophètes?… fallait-il réserver ce baptême à un deuxième messie ou à un deuxième "temps de Jésus"?… ou alors le témoignage historique de Jésus n'ouvrait-il pas à une conception originale du rapport entre Esprit-Saint et feu ?

Le texte d'aujourd'hui nous fournit la réponse. Au temps où il écrit, Matthieu sait qu'il ne s'est pas agi d'un deuxième "temps de Jésus", mais il est plus à même de "situer le feu" en rapport avec l'Esprit. C'était l'Esprit de Dieu dont témoignait Jésus en activité de bienfait et de douceur qui s'était révélé être en lui-même le feu qui remettait en question nombre de rêves et de fausses sécurités. De façon paradoxale, le feu avait jailli de l'impact de l'Esprit. Les deux éléments étaient donc à tenir ensemble.

Matthieu évoquera parfois le feu de la fin des temps. Mais il s'intéresse surtout au feu actuel, celui qui résulte d'une confrontation qu'il entrevoit comme universelle. Il en résulte une double conséquence pour les envoyés: une conséquence personnelle et une conséquence missionnaire. Jean-Baptiste en a été le meilleur exemple, d'où la deuxième partie de notre passage. En conséquence personnelle, l'évangéliste donne en exemple ses qualités essentielles: ferme conviction, dépouillement et courage dans la proclamation du message. En conséquence missionnaire, il prévient tout étonnement et surtout tout fléchissement face à cette apparente contradiction entre l'Esprit et le feu.

Quelques précisions de vocabulaire

- "heureux est celui qui n'achoppera pas en moi !"… Le mot est parfois traduit par "scandalisé", ce qui peut prêter à confusion en raison du sens moral qui est donné actuellement à cette expression. L'idée est celle d'un "obstacle" que l'on rencontre sur la route. Matthieu utilisera le même mot pour préciser la réaction négative des gens de Nazareth (13/5) : le "scandale" portera alors sur le fait que Jésus est "du pays" et que l'origine de sa "sagesse" et de son pouvoir de guérison se révèle mystérieuse.

- "le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui"… Il n'est pas possible de trancher entre plusieurs interprétations. Souvent, l'opposition est vue comme opposition entre Ancien et Nouveau Testament; mais Matthieu associe étroitement Jean et Jésus. Ce faisant le Baptiste est présenté comme appartenant au Nouveau. "Le plus petit" peut s'appliquer parfaitement à Jésus qui se fait "Serviteur" selon la référence à Isaïe. Dès le début de son ministère, le Baptiste l'avait affirmé: "celui qui vient derrière moi est plus fort que moi".


Piste possible de réflexion : N'ayons pas peur du feu…

L'Esprit et le feu = éléments complémentaires de toute éducation

Il est relativement facile de traduire en expérience courante le "point sensible" sous-jacent à la question posée par le Baptiste. Il suffit de faire appel aux conditions délicates qu'assument tous les parents durant les années où ils construisent l'éducation de leurs enfants. Eux aussi, sans recourir au même vocabulaire, sont affrontés à la même nécessité d'équilibrer l'Esprit et le feu.

Leur intention générale est bien de transmettre un "esprit" dont les composantes puissent être assimilées de façon personnelle. En un premier temps, ils s'efforcent d'en convaincre par une présentation qui en souligne les aspects positifs. Mais il apparaît très vite que, sur certains points, cette "conversion" n'est pas acquise automatiquement. A juste raison, nous condamnons le "système" rigide qui a pu marquer le passé et continue de marquer certaines civilisations; nous parlons facilement de "dressage" qui ne répond pas à la notion de personne. Mais nous sommes bien obligés de constater que l'absence de contrainte se révèle aussi dévastatrice dans les résultats; les rapports mutuels tout comme l'équilibre individuel face aux épreuves de la vie s'en trouvent affectés.

Force est donc d'allier l'Esprit et le feu. Et l'équilibre n'est jamais facile. Psychologiquement, Esprit et feu ne sont pas ressentis de façon identique. Le feu est moins facile à accueillir, à manier ou à porter et les dérives n'en sont que plus insidieuses. Et pourtant, si nous refusons le feu, c'est l'Esprit lui-même qui se trouve dévié de sa juste orientation.

Nous en disions quelques mots dimanche dernier en mentionnant nos hésitations légitimes à propos du ton qu'il convient d'adopter avec nos contemporains dans nos conversations courantes. C'est exactement cette question sur laquelle Matthieu nous invite à réfléchir

Le point exact des "doutes" de Jean-Baptiste

Il est évident que les conditions "historiques" dans lesquelles s'est trouvé Jean-Baptiste ont été différentes des nôtres. De plus il est normal que Matthieu  présente très concrètement les points d'appui que le Précurseur a trouvés dans sa formation juive. Mais ceci ne nous empêche pas de prêter attention à la question que pose le Précurseur.

* Gardons-nous de l'explication qui nous viendrait spontanément à l'esprit :  le "style" de Jésus aurait choqué Jean-Baptiste et l'aurait amené à douter de son "identité messianique". Il l'aurait trouvé trop accueillant aux pécheurs, pas assez percutant selon la vision qu'annonçait les prophètes.

Il est vrai, cette hypothèse n'est pas invraisemblable lorsqu'on connaît les confusions qui partageaient les esprits dans la communauté juive à propos du messie. Contrairement à ce qu'ont avancé certains cantiques, l'unanimité était loin de caractériser cette attente. Les Ecritures ne présentaient pas un "portrait-robot" auquel il aurait suffi de confronter la physionomie des prétendants.

Les évangiles mentionnent trois des options qui semblent avoir été "majoritaires". L'opinion courante était favorable aux commentaires qui évoquaient le messie sous la figure de "roi", c'est-à-dire de chef militaire selon les conceptions de ce temps. D'autres esprits répugnaient à la violence au nom de leur foi juive ou par déception de l'histoire israélite passée sous régime monarchique. Ils étaient sensibles aux commentaires apocalyptiques du livre de Daniel et leur espérance portait sur un messie de "fin des temps". Enfin, discrètement, sans grand crédit auprès de leurs contemporains, quelques-uns s'appuyaient sur un petit nombre de textes bibliques et évoquaient la possibilité d'un Messie qui, en toute simplicité, prendrait sur lui notre humanité en une mission de "serviteur" selon le vocabulaire du prophète.

Les manuscrits de Qumran ont révélé l'existence d'un quatrième courant qui n'est pas sans éclairer indirectement la réflexion prêtée à Jean-Baptiste. Les esséniens évoquaient l'intervention, à la fin des temps, de trois personnages: d'abord un Prophète qui annoncerait l'irruption du temps messianique puis le règne simultané de deux Messies, un Messie sacerdotal, guide spirituel et un Messie royal, guide temporel de la communauté de salut.

La question de Jean-Baptiste évoque une hypothèse semblable. Mais la portée qu'il lui donne est fort différente. Le Précurseur connaissait les Ecritures et il ne pouvait manquer de "lire" les interventions de Jésus en faveur des malades comme des signes d'un premier engagement messianique. L'enseignement de Jésus était bien révélateur d'un Esprit; ce n'est donc pas ce qui faisait problème à ses yeux. Le point sensible se situait au seuil de la deuxième dimension, la dimension de "feu", dont parlaient les Ecritures… les "signes de cet Esprit" ne semblaient pas le faire déboucher "tel quel" sur cette réalisation.

* Cette question était très pertinente. Il n'y avait rien d'illogique à concevoir la suite des desseins de Dieu sous forme d'un second messie auquel il reviendrait le soin plus spécifique "d'arracher tout arbre qui ne donne pas de bons fruits" et de "purifier à fond son aire".

La réponse de Jésus

Matthieu savait qu'il n'en avait pas été ainsi. C'est pourquoi, la réponse qui est faite à Jean dépasse les doutes de ce dernier et s'adresse à toutes les époques où un tel dédoublement hantera les esprits. Matthieu présente la réponse de Jésus en référence aux Ecritures. En raison de nos difficultés à faire jouer ce lien au passé, il est bon de l'exprimer en langage plus direct avant d'appuyer cette présentation sur le texte lui-même.

1°- L'erreur du Baptiste vient du déplacement qu'il tend à opérer vers le futur pour mesurer le présent du témoignage de Jésus. Ce dédoublement ne peut se faire qu'au détriment de la priorité qui doit être donnée à ce qui a été "entendu et regardé" dans le témoignage historique de Jésus. Il s'agit d'admettre que tout le projet messianique", esprit et feu, s'est exprimé dans ce témoignage et d'en tirer les conséquences. L'appel au futur tend à reléguer les enseignements et les engagements de Jésus au rang de simples preuves qui renverraient à quelque chose que nous considérons comme plus essentiel.

2°- Le témoignage historique de Jésus appelle à regarder autrement le lien entre l'Esprit et le feu. Les premiers engagements et les premiers enseignements risquent d'être mal interprétés. Les commentaires ne sont pas faux lorsqu'ils cherchent à préciser l'Esprit dont ils témoignent. Cette action première a en elle-même une efficacité mais elle éclaire une efficacité d'ensemble et il importe de suivre le mouvement.

3°- Il apparaît alors que, de façon paradoxale, le feu est amené à jaillir de l'impact de l'Esprit. Il s'agit d'un feu "actuel", les deux éléments "esprit et feu" sont à tenir ensemble en raison d'une base historique qui reste indiscutable : l'Esprit de Dieu dont a témoigné Jésus en activité de bienfait et de douceur a été reçu comme un feu qui remettait en question nombre de rêves et de fausses sécurités. Depuis ce temps, plus la parole "plonge dans l'Esprit" ceux qui le reçoivent, Esprit de Jésus bien entendu, plus elle les plonge dans le feu.

4°- Il devient alors évident que le "feu" dans lequel Jésus nous plonge présente un visage original, différent de celui que suscite l'imagination habituelle en évoquant une manifestation spectaculaire à la fin des temps. En réciprocité, cette originalité rejaillit sur l'Esprit lui-même. Elle devient comme un "test" qui permet d'authentifier sa source exacte.

Sur ce point, il est important de distinguer Luc et Matthieu. Luc adopte l'image du feu sous un aspect poétique, il l'applique à la propagation de l'évangile qui se communique de civilisation en civilisation. Matthieu lui donne le sens très concret de la division, de la confrontation "violente". "Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu'à maintenant, le Royaume des cieux est violent et des violents s'en emparent" C’est donc dans le cadre du témoignage de Jésus qu'il nous faut chercher l'accomplissement des Ecritures, y compris la mention du feu.

Les références aux Ecritures

Elles abondent dans ce passage et ne font que confirmer la présentation précédente. En effet, Matthieu fait appel à deux passages différents d'Isaïe.

- les premières références aux guérisons ne font qu'évoquer l'ambiance messianique qui a présidé aux engagements de Jésus, elles soulignent la libération des handicaps symboliques qui ralentissent la marche vers le salut, elles introduisent au baptême dans l'Esprit dont il était question antérieurement.

- la dernière référence concerne l'annonce de la Bonne Nouvelle et sa portée n'est pas identique. Le mot "Bonne Nouvelle" a été emprunté par les premiers chrétiens au prophète Isaïe qui en précise nettement le sens. Il ne s'agit pas d'un vague message d'amour, fut-il amour de Dieu pour les hommes, il s'agit de la "venue de Dieu parmi les siens", il correspond à l'annonce identique que font Jean et Jésus : le Royaume a été approché ou comme il sera précisé au Jourdain : "Jésus est le Fils, le bien-aimé"Il ne peut donc y avoir de présence plus intime et de révélation plus parfaite.

Le contexte de la réponse de Jésus

* L'évangéliste a préparé son lecteur à ce lien entre Esprit et feu en situant cet épisode dans un contexte d'oppositions. Avant ce passage, il intégrait dans les recommandations aux apôtres l'éventualité des persécutions. Il en tirait un sentiment très différent du fatalisme qui fait front contre les tempêtes. Bien que la situation soit celle "des brebis au milieu des loups", il conseillait d'allier la "prudence du serpent" à la sincérité "la colombe". Car c'est alors que "l'Esprit du Père parle" en ses témoins.

Après ce passage, il soulignera l'incohérence de "cette génération" qui refuse d'accueillir celui dont les "œuvres témoignent d'une nouvelle Sagesse. "Jean vient, ne mangeant ni ne buvant et on dit: il a un démon. Vien le Fils de l'homme, mangeant et buvant et on dit : voici un homme glouton et ivrogne, ami des publicains et des pécheurs". Suivront les affrontements sur les prescriptions du sabbat, les insinuations suggérant une influence démoniaque et l'attente d'un signe spectaculaire.

* Pour Matthieu, il ne s'agit pas là d'un accident de l'histoire particulier au "temps historique de Jésus". Il en sera ainsi de toute l'histoire qui s'ouvre avec l'engagement du Baptiste. Il entrevoit donc la mission des envoyés comme une confrontation de type universel qui les plongera "dans l'Esprit et dans le feu" de façons conjointes. Ils seront à la fois "porteurs d'Esprit et porteurs de feu". Bien entendu, ils devront donner priorité à l'Esprit mais ils n'auront pas à s'étonner du feu qui en résulte.

C'est ce feu qui risque de les faire reculer. C'est pourquoi, au plan personnel, ils devront prendre en exemple les qualités du Baptiste : ferme conviction, dépouillement et courage dans la proclamation du message. Et lorsqu'ils s'engageront au plan missionnaire, la réponse de Jésus préviendra tout étonnement et surtout tout fléchissement face à cette apparente contradiction entre l'Esprit et le feu.

Les "hésitations actuelles" à la lumière des "hésitations" de Jean Baptiste

La question de Jean-Baptiste peut-elle être traduite en des termes qui correspondent à notre actualité? Nous pouvons distinguer deux secteurs d'hésitations qui sollicitent une réponse de notre part, le premier secteur concerne les questions de notre entourage à propos de Jésus et le second secteur répond à la nécessité pour les chrétiens de "retrouver" Jésus.

* Les médias, en souci d'une information la plus complète possible, mettent nos contemporains en contact avec la pensée et l'engagement d'une multitude de "messies". Il s'agit plus de flashs que de vraie connaissance, mais il est inévitable que cette prolifération les amène à se demander ce qu'il faut-il penser des uns et des autres? Ils se tournent alors vers ceux qui semblent être les plus enracinés dans le passé occidental, à savoir les chrétiens, et nous posent une même question: la religion d'autrefois est-elle encore "valable", susceptible de répondre aux problèmes nouveaux du présent… ou faut-il en attendre une autre et quelle autre?

* Au sein des communautés chrétiennes, les confusions ont un autre visage, les hésitations ne sont pas tout à fait les mêmes mais elles n'en sont que plus subtiles. A la suite de la querelle catholiques-protestants, le "déisme" scolastique a acquis une place prédominante dans l'enseignement et l'expression liturgique. Les premiers siècles avaient déjà ouvert la porte à une "théologie d'en haut" inspirée de la culture grecque, mais ce fut alors un déferlement dans l'enseignement catholique face à l'humanisme qui marquait de nouvelles cultures. Il n'était pourtant pas besoin d'ajouter au sens pessimiste qu'avaient engendré les perturbations des siècles précédents.

Il en est ressorti un dédoublement qui a relégué le "visage" de Jésus soit dans les "hauteurs" d'un ciel lointain, soit dans le rigorisme d'un jugement final. Le même effort de retour aux sources s'impose donc.

* Dans un cas comme dans l'autre, point n'est besoin de partir dans de grandes théories philosophiques ou théologiques. Il suffit de revenir à l'évangile, au témoignage de Jésus, à ce qu'il a été donné "d'entendre et de voir". Autrement dit il nous suffit de proposer, tout simplement, "le baptême dans l'Esprit".

Parfois, nous bénéficierons fort heureusement d'adhésions enthousiastes. L'esprit actuel est d'ailleurs favorable à un tel renouvellement d'esprit. Mais nous ne pouvons nous étonner des pesanteurs qui bloquent le dialogue amorcé avec "les autres". Ceux qui hésitent en alléguant la vie de l'Eglise dans le passé ou dans le présent… ceux qui restent tributaires des quelques notions retenues d'un lointain catéchisme… ceux qui se sont construits une religiosité à leur mesure et s'y sont installés… etc…

Comment faire autrement que leur rapporter l'Esprit qui émane aujourd'hui d'un authentique "retour aux sources"? Mais comment ne pas paraître remettre en question la douce torpeur religieuse dont ils se satisfont? Car il s'agit bien de refuser "l'autre messie" qu'ils voudraient nous voir cautionner au nom de "l'évolution de la religion".

Mise à jour le Dimanche, 15 Décembre 2013 13:11
 
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